1 Mais il y avait un homme d’entre les pharisiens, dont le nom était Nicodème, qui était un chef des Juifs. 2 Celui-ci vint à lui de nuit, et lui dit : Rabbi, nous savons que tu es un docteura 2a ailleurs : maître (maître qui enseigne). venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que toi tu fais, si Dieu n’est avec lui. 3 Jésus répondit et lui dit : En vérité, en vérité, je te dis : Si quelqu’un n’est né de nouveau b 3b non seulement de nouveau, mais entièrement à nouveau, comme d’une nouvelle source et origine de vie ; comp. Luc 1:3 : « depuis le commencement »., il ne peut voir le royaume de Dieu . 4 Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? 5 Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te dis : Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu . 6 Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit. 7 Ne t’étonne pas de ce que je t’ai dit : Il vous faut être nés de nouveau. 8 Le vent souffle où il veut, et tu en entends le son ; mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va : il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. 9 Nicodème répondit et lui dit : Comment ces choses peuvent-elles se faire ? 10 Jésus répondit et lui dit : Tu es le docteur c 10c ailleurs : maître (maître qui enseigne). d’Israël, et tu ne connais pas ces choses ? 11 En vérité, en vérité, je te dis : Nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage. 12 Si je vous ai parlé des choses terrestres, et que vous ne croyiez pas, comment croirez-vous, si je vous parle des choses célestes ? 13 Et personne n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le fils de l’homme qui est dans le ciel. 14 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi il faut que le fils de l’homme soit élevé, 15 afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il d 15d pl. omettent : ne périsse pas, mais qu’il. ait la vie éternelle. 16 Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. 17 Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde afin qu’il juge le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui. 18 Celui qui croit en lui n’est pas jugé, mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu . 19 Or c’est ici le jugement, que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises ; 20 car quiconque fait des choses mauvaises hait la lumière, et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient reprises ; 21 mais celui qui pratique la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, qu’elles sont faites en Dieu .
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
Chapitre 3.
1 à 21
Entretien de Jésus avec Nicodème.
Les commentateurs se donnent beaucoup de peine pour rattacher, chacun à sa manière, ce récit aux faits qui précèdent.
Jean, pensentils, veut donner une preuve de cette parfaite connaissance que Jésus avait du cœur de l'homme ; (Jean 2.24,25) Ou bien, il veut montrer en Nicodème un exemple de cette foi qui ne se fondait que sur les miracles ; (Jean 2.23) Ou encore, il introduit ce trait comme une exception à l'attitude pleine de réserve que Jésus avait prise ; (Jean 2.24) ou, enfin, Jean reproduit et résume dans cette relation les importantes révélations que Jésus a données, dans les premiers temps de son […]
v. 1 · Godet · 18/10/2026
Le nom de Nicodème, quoique d'origine grecque, n'était pas inusité chez les Juifs. Le Talmud fait mention à plusieurs reprises d'un personnage de ce nom (Nakdimon), appelé aussi Bounaï, compté au nombre des disciples de Jésus. C'était l'un des quatre plus riches habitants de la capitale. Sa famille tomba dans le plus grand dénuement. Il doit avoir vécu encore au moment de la ruine de Jérusalem. Cette dernière circonstance, rapprochée du grand âge de Nicodème au temps du ministère de Jésus, rend douteuse l'identité de celui-ci avec le personnage dont parle le Talmud. […]
v. 2 · Bible annotée · 18/10/2026
Du fait qu'il vint vers Jésus de nuit , on a conclu que Nicodème était un homme timide, et il est resté comme le type de ceux qui cèdent à la crainte de se compromettre. Notre texte ne suffirait pas à lui seul pour fonder cette opinion ; mais le soin que prend notre évangéliste de rappeler cette circonstance toutes les fois qu'il parle de Nicodème ne laisse guère subsister de doute à cet égard. (Jean 7.50 ; 19.39)
Ce serait bien à tort, toutefois, qu'on le jugerait trop sévèrement pour cela. […]
v. 2 · Godet · 18/10/2026
Quel était le but de cette visite ? Ces premiers mots de Nicodème ne sont qu'un préambule : il serait inutile d'y chercher la révélation du but de sa démarche. Kopp a supposé qu'il venait espionner le Seigneur. Mais Jésus le traite comme une âme honnête, et Nicodème se montre sincère dans le cours de l'entretien, et plus tard encore. Meyer a pensé qu'il venait s'enquérir du moyen d'être sauvé. Mais en bon Juif et pieux pharisien il ne doutait nullement de son salut. […]
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
Jésus répondit aux pensées que Nicodème n'avait pas encore eu le temps d'exprimer, et qui avaient trait au royaume de Dieu . (Voir sur ce terme Matthieu 3.2, note.)
C'était, en effet, le grand sujet qui préoccupait tout Israélite pieux. Mais quel renversement des idées de Nicodème : avec les pharisiens, dont il était (verset 1) il attendait un royaume extérieur, national, politique. Jésus lui présente un royaume invisible, dans lequel on entre par une transformation morale. […]
v. 3 · Godet · 18/10/2026
Le rapport de cette réponse à la parole de Nicodème a été diversement saisi, précisément parce que celui-ci n'avait pas achevé d'exprimer sa pensée. Meyer, conformément à sa supposition indiquée plus haut, interprète ainsi cette réponse : « Toute œuvre particulière est impropre à ouvrir la porte du royaume de Dieu ; il faut une régénération radicale. » Mais nous avons vu que Nicodème, le pharisien, ne pouvait venir avec la pensée que suppose Meyer. B.-Crusius et Weiss, partant du titre de docteur qu'il lui a donné, pensent que Jésus veut dire : « Ce n'est pas d'un nouvel enseignement seulement que tu as besoin, c'est d'une nouvelle naissance. […]
v. 4 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : peut-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? Nicodème ne s'arrête qu'au verbe naître sans prendre garde au circonstanciel d'en haut il le répète deux fois, tant il lui paraît présenter une idée incompréhensible et absurde. Et c'est précisément cette absurdité qu'il relève dans sa question.
Il n'est pas nécessaire d'excuser sa méprise en disant qu'il était troublé par la brusque déclaration de Jésus, ni de réduire sa question à signifier : "Tu n'entends pourtant pas ce mot naître dans son sens littéral et matériel ?" Nicodème pose intentionnellement, peut-être avec un sourire ironique, une question absurde, pour montrer que la pensée de Jésus lui […]
v. 4 · Godet · 18/10/2026
Cette parole est aux yeux de plusieurs critiques modernes un chef-d'œuvre d'invraisemblance. Reuss pense que « l'on a bien tort de chercher à donner à cette réponse un sens tant soit peu plausible ou excusable. » Schleiermacher propose d'expliquer ainsi : « Il est impossible, à mon âge, de recommencer une nouvelle vie morale . » Tholuck, Bæumlein, Hengstenberg, à peu près le même : « Ce que tu me demandes est aussi impossible que de ce qu'un homme rentre… » Ces explications affaiblissent évidemment le sens du texte. Meyer pense que c'est l'embarras où la parole de Jésus plonge Nicodème qui lui fait énoncer quelque chose d'absurde. […]
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
Par ces paroles lumineuses et profondes, Jésus élève la pensée de Nicodème bien au-dessus du matérialisme qui a inspiré sa question, il lui indique les moyens par lesquels seuls peut s'accomplir la naissance spirituelle dont il lui a parlé.
Ces moyens sont : l'eau et l'Esprit . L'un est le symbole, l'autre la réalité. Nicodème, qui connaissait les Ecritures, ne pouvait pas être entièrement étranger au fait ainsi décrit dans les termes mêmes des prophètes. (Ezéchiel 36.25-27 ; Jérémie 33.8 ; Zacharie 13.1) […]
v. 5 · Godet · 18/10/2026
Les mots d'eau et d'Esprit , substitués à ἄνωθεν (dès l'origine ), indiquent à Nicodème les facteurs nouveaux et par conséquent la nature toute différente de cette seconde naissance. Le premier terme : d'eau , convient mieux à l'idée d'une naissance nouvelle qu'à celle d'une, naissance céleste . - Le spiritualisme, embarrassé par le caractère matériel de ce premier moyen, a souvent cherché à le confondre avec le second. Ainsi Calvin paraphrase l'expression d'eau et d'Esprit par le terme d'aquæ spiritales ; il s'appuie sur l'expression baptême d'Esprit et de feu (Luc 3.16). Mais le sens spirituel du mot feu ne pouvait faire doute dans cette locution. […]
v. 6 · Bible annotée · 18/10/2026
Par ce contraste profond entre la chair et l'Esprit , reproduisant nécessairement chacun son semblable, Jésus explique et motive la sentence qui précède.
Le mot chair désigne l'homme naturel, tel qu'il naît, grandit et vit, depuis que, par la chute, le péché a envahi notre humanité. (Comparer Romains 1.3 ; 7.14, notes.)
Le mot est pris ici dans son sens moral mais il renferme, en outre, la notion de l'infirmité, de la souffrance et de la mort qui sont la suite du péché. Or, d'un tel homme assujetti à la chair, il ne peut naître que des êtres en tout semblables à lui. […]
v. 6 · Godet · 18/10/2026
La transition logique du v. 5 au v. 6 est cette idée sous-entendue : « Le royaume de Dieu ne peut qu'être de nature spirituelle comme Dieu lui-même. » Donc, pour y entrer, il faut être non chair , comme chaque homme l'est par sa première naissance, mais esprit, comme il le devient par la nouvelle naissance. - Le mot chair (voir ⇒ et suivantes), pris en lui-même, n'implique pas nécessairement la notion de péché. Et l'on pourrait certainement soutenir avec Weiss qu'il s'agit ici simplement de l'insuffisance de la naissance naturelle, même dans l'état d'innocence, pour rendre l'homme apte au royaume divin. […]
v. 7 · Bible annotée · 18/10/2026
voir verset 3, note.
Il vous faut ,"toi et ceux au nom desquels tu as parlé." (verset 2) Bengel.
La nécessité de cette naissance d'en haut est absolue pour tous.
v. 7-8 · Godet · 18/10/2026
Par l'expression : vous naissiez , Jésus s'exempte lui-même de cette condition générale. Il a dû croître spirituellement sans doute (Luc 2.40,52) ; mais il n'a pas eu besoin de renaître. Le don du Saint-Esprit à son baptême n'a pas été une régénération, mais le couronnement d'un développement antérieur parfaitement normal sous l'influence constante de l'Esprit. - Jésus dirige l'attention de Nicodème sur un fait qui, tout comme la nouvelle naissance, échappe à l'observation sensible, et que l'on ne constate que par ses effets, le souffle du vent. Le mot grec πνεῦμα a, aussi bien que le mot hébreu רוח, le double sens de vent et d'esprit . […]
v. 8 · Bible annotée · 18/10/2026
Pour dissiper si possible l'étonnement de Nicodème, Jésus peint l'action de l'Esprit par une comparaison empruntée à la nature. Cette comparaison s'offrait à lui dans le terme même qui, en hébreu et en grec, désigne l'esprit et qui signifie en même temps vent. Il personnifie le vent (il souffle où il veut) et fait remarquer qu'on le constate par ses effets (le bruit , grec la voix ), bien qu'on ne sache ni d'où il vient ni où il va. (Ecclésiaste 11.5)
Il en est de même de l'œuvre de l'Esprit ; celui en qui elle s'accomplit a conscience de la transformation qui s'opère en lui, il la constate par ses effets, mais il ignore de quelle manière elle s'accomplit. […]
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
C'est à tort qu'on a pensé que, par cette nouvelle question, Nicodème s'obstine dans son opposition à ce que lui enseigne Jésus. Nous dirons plutôt avec R. Stier :"Maintenant il interroge réellement, au lieu de contredire."
Il ne nie point ; mais il confesse que, pour lui même, il est étranger à ces choses : il voudrait savoir comment elles se réalisent (ce qui n'est pas la question), et être assuré de leur possibilité.
Comment peuvent-elles se faire ? On ne questionne pas ainsi, sans un retour sur soi-même et le désir sérieux de s'instruire.
Aussi Jésus, malgré le reproche qu'il va lui adresser, (verset 10) condescendra-t-il à lui donner abondamment les enseignements et les lumières dont il a besoin.
v. 9-10 · Godet · 18/10/2026
Nicodème ne nie point ; mais il se reconnaît étranger à toute expérience de l'action de l'Esprit. C'est au tour de Jésus de s'étonner. Il constate avec surprise une telle ignorance spirituelle chez celui qui représente en ce moment devant lui l'enseignement de l'ancienne alliance. On a trouvé de l'amertume dans cette réponse ; elle n'exprime, qu'un légitime étonnement. Des passages tels que Jérémie 31.31 ; Ezéchiel 36.26-28 ; Psaume 143.10-11, n'auraient-ils pas dû préparer Nicodème à comprendre la puissance du souffle divin ? Mais les pharisiens s'étaient attachés à l'éclat du royaume plutôt qu'à sa sainteté . […]
v. 10 · Bible annotée · 18/10/2026
Jésus s'étonne, à son tour, et il ne craint pas d'exprimer cet étonnement, au risque d'humilier son interlocuteur, en lui faisant sentir que jusqu'ici il avait négligé la source où il aurait pu puiser les lumières qui lui manquent.
Comme docteur d'Israël (le docteur, l'article défini montre que Jésus le considère comme représentant du corps enseignant dans sa nation), il aurait dû avoir compris, pour lui-même et pour d'autres, par les Ecritures, les vérités religieuses que Jésus lui enseigne. (Ezéchiel 11.19,20 ; 36.26,27 ; 37.1 et suivants ; Jérémie 31.31-34 ; Esaïe 44.3-5)
v. 11 · Bible annotée · 18/10/2026
Jésus insiste, et il veut maintenant faire sentir à Nicodème qu'il y a en lui et dans ses pareils (vous ), non seulement de l'ignorance, mais de l'incrédulité.
En effet, non seulement ils n'ont point pénétré dans le sens profond des Ecritures qui les auraient éclairés, mais voici un témoignage , rendu avec la plus entière certitude (ce que nous savons ), reposant sur une intuition immédiate de la vérité divine (ce que nous avons vu ), un témoignage affirmé dans les termes les plus solennels (en vérité, en vérité ), et ce témoignage, ils ne le reçoivent point . (Comparer Jean 3.32 ; 1.11) […]
v. 11 · Godet · 18/10/2026
La formule amen, amen (« en vérité ») annonce, comme toujours, une vérité que Jésus puiser au plus profond de sa conscience et qui, se présentant comme une révélation à l'esprit de l'interlocuteur, doit triompher de ses préjugés ou de ses doutes. - l'enseignement rabbinique travaillait sur la lettre des Ecritures mais ne se mettait point en contact avec la vérité essentielle qu'elle renfermait (5.39). […]
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
"vous ne recevez pas notre témoignage, (verset 11) que sera ce donc quand je vous parlerai de choses beaucoup plus élevées ?"
Les choses terrestres sont celles qui ont lieu sur la terre (sens du mot grec), à la portée de l'homme, ou dans l'homme même, quelle qu'en soit d'ailleurs la nature. (1Corinthiens 15.40 ; 2Corinthiens 5.1 ; Philippiens 2.10 ; Jacques 3.15)
Or, même la régénération dont Jésus a parlé à Nicodème appartient à ce domaine, parce qu'elle s'accomplit sur la terre et dans l'expérience même de l'homme, qui peut en éprouver le besoin et savoir quant elle a été réalisée en lui. […]
v. 12 · Godet · 18/10/2026
Lorsqu'un maître dit à son élève : « Si tu ne me comprends pas sur ce point comment me comprendras-tu sur cet autre ? » on doit supposer que le disciple s'attend à être instruit sur ce dernier. Il faut donc conclure de cette parole de Jésus que les choses célestes sont à ses yeux celles qui préoccupent Nicodème et sur lesquelles celui-ci était venu l'interroger : la personne du Messie, la nature de son règne, la manière dont il fondera et accomplira cette grande œuvre, soit en Israël, soit dans le monde païen. Et en effet, ce sont précisément là les questions auxquelles Jésus répond dans la seconde partie de l'entretien qui va suivre. […]
v. 13 · Bible annotée · 18/10/2026
"Et ces choses célestes, nul ne peut vous les révéler, si ce n'est le Fils de l'homme." C'est ainsi que Meyer d'après de Wette, indique simplement et clairement le sens de ce verset et son rapport avec le verset qui précède.
M. Godet le fait en ces termes qui présentent l'autre face de la même vérité :"Sans la foi à mon témoignage, point d'accès pour vous aux choses célestes."
Ces paroles de Jésus reproduisent, au fond, la pensée exprimée au Jean 1.18 "Personne ne vit jamais Dieu, le Fils unique qui est dans le sein du Père est celui qui nous l'a fait connaître." (Voir la note.) […]
v. 13 · Godet · 18/10/2026
La question : « Comment croirez-vous ? » (v. 12) impliquait, dans la pensée de celui qui la posait, la nécessité de la foi. Le v. 13 justifie cette nécessité. L'idée intermédiaire est celle-ci : « En effet, sans foi à mon témoignage, il n'y a pas d'accès pour vous à ces choses célestes que tu désires connaître. » Καί : et pourtant . Olshausen, de Wette, Lücke, Luthardt, Meyer, trouvent dans le v. 13 la preuve non de la nécessité de la foi à la révélation contenue dans l'enseignement de Jésus, mais de celle de la révélation en général. Mais cette thèse est trop purement théorique pour trouver place dans un pareil entretien. […]
v. 14-15 · Godet · 18/10/2026
Les interprètes donnent de καί, et , des explications plus ou moins forcées. Lücke : « Je puis révéler (v. 11-13), et je le dois (v. 14-16). » Olshausen : « Je ne donne pas seulement ma parole , mais ma personne. » De Wette : « Jésus passe du théorique au pratique. » Meyer, Luthardt : « Il a parlé de la nécessité de la foi ; il parle maintenant de sa douceur. » Weiss : « C'est ici un nouveau motif de croire. L'élévation de Jésus ne donnera le salut qu'au moyen de la foi. » Tout cela est trop artificiel. A notre point de vue, la liaison est plus simple : le καί, et , et aussi, ajoute un second mystère divin au premier, le décret de la rédemption à celui de la révélation . […]
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
Par les déclarations des verset 1 et suivants, Jésus s'efforce d'initier Nicodème à ces "choses célestes," (verset 12) que lui seul pouvait révéler. (verset 13)
Le verset 13 énonçait un premier motif de croire, en légitimant Jésus comme révélateur ; le verset 14 ajoute (et ) à ce premier motif un second, en le présentant comme rédempteur.
Pour rendre accessible à Nicodème le mystère de son œuvre rédemptrice, Jésus emprunte à l'Ancien Testament (Nombres 21.5-11) un magnifique symbole bien connu de son interlocuteur ; et, se l'appliquant à lui-même, il en fait une prédiction très claire de sa mort. […]
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce verset explique le précédent (car ;) il élève la pensée au-dessus des symboles et montre dans le mystère de la croix la révélation de l'amour éternel de Dieu.
Il y a dans cette parole plus à adorer, à croire, à aimer qu'à expliquer.
Dieu a tellement aimé : cet amour est le principe et la source suprême du salut. Il a aimé le monde , ce monde déchu, pécheur, en révolte contre lui ; il a aimé notre humanité tout entière à laquelle il destinait cette manifestation de son amour. […]
v. 16 · Godet · 18/10/2026
C'est ici l'ἐπουράνιον le mystère céleste par excellence. Jésus dévoile la source de l'œuvre rédemptrice qu'il vient de décrire : c'est l'amour de Dieu même. Ce monde , cette humanité déchue dont Dieu avait laissé la plus grande partie en dehors du gouvernement et de la révélation théocratiques, et que les pharisiens vouaient à la colère et au jugement, Jésus le présente à Nicodème comme l'objet de l'amour le plus infini : « Dieu a tellement aimé le monde… » Le don que Dieu lui fait, c'est le Fils , non pas seulement le Fils de l'homme, comme il était appelé v. 13 et 14 en rapport avec son humanité, mais son Fils unique . […]
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
Jésus confirme dans ces paroles (car ) que le but de sa venue dans le monde était bien de manifester l'amour éternel de Dieu, (verset 16) et non de juger le monde .
Le dessein de cet amour est si universel, que le monde entier pourrait être sauvé par Jésus-Christ.
Cette universalité du salut est exprimée encore de la manière la plus solennelle par la triple répétition du mot monde . (Comparer Luc 19.10)
Mais Jésus, en proclamant ainsi le but miséricordieux de sa venue, est bien éloigné de nier, comme on l'a prétendu, le jugement dernier, qui, au contraire, lui est réservé pour la fin des temps et qu'il annonce de la manière la plus solennelle. […]
v. 17 · Godet · 18/10/2026
Car : le but de l'envoi du Fils, tel qu'il est indiqué dans ce verset, prouve que cet envoi est bien une œuvre d'amour (v. 16). Le mot monde est répété trois fois avec emphase. Nicodème doit entendre de façon à ne plus l'oublier que la bienveillance divine embrasse toute l'humanité . L'universalisme de Paul est en germe dans ces versets 16 et 17. - La première proposition, par sa forme négative, est destinée à exclure l'idée juive d'après laquelle le but immédiat de la venue du Messie était d'exercer le jugement sur les peuples païens. - Nos versions traduisent en général κρίνειν dans le sens de condamner : Meyer lui-même défend encore ce sens. […]
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
Puisque le Fils de Dieu est venu, non pour juger, mais pour sauver, celui qui croit en lui , qui a embrassé en lui la grâce divine, qui s'est donné à lui, n'est point jugé .
Le jugement a bien dû s'exercer dans sa conscience, par la vérité, et l'amener à la repentance, mais maintenant il en est affranchi et il respire dans l'atmosphère de la grâce et de l'amour divins, il en a le témoignage au dedans de lui. (1Jean 5.10)
Jésus confirme abondamment cette précieuse parole en déclarant que le croyant est affranchi, même du jugement final, (Jean 5.24) où il ne comparaîtra que pour voir constater au grand jour son état d'âme. […]
v. 18 · Godet · 18/10/2026
L'idée de ce verset est celle-ci : « Je ne juge personne, par la raison que celui qui croit n'est pas jugé, et que celui qui ne croit pas s'est déjà jugé lui-même. » Comme on l'a bien dit : « C'est ici la justification par la foi et la condamnation par l'incrédulité[1]. » - Jésus ne juge pas le croyant, parce que celui qui accepte le salut qu'il apporte n'est plus sujet au jugement. Meyer, Hengstenberg, etc., et nos traducteurs rendent encore ici le mot κρίνειν par condamner . Weiss, Keil, Westcott reconnaissent que ce sens est arbitraire. Le passage 5.24 montre qu'il est contraire à la vraie pensée de Jésus. […]
v. 19 · Bible annotée · 18/10/2026
Jésus pénètre plus profond encore dans l'âme humaine et y découvre la nature et la cause du jugement. C'est que la lumière , c'est-à-dire la vérité et la sainteté divines, sont apparues dans le monde par la venue du Sauveur, et qu'en présence d'un tel Etre, une décision, une crise, un jugement s'opère en toute âme : ou elle aime la lumière et se donne à Celui qui la fait resplendir, ou elle aime mieux les ténèbres , c'est-àdire l'erreur, le mensonge, le mal, et elle s'y réfugie pour se livrer à ses œuvres qui étaient mauvaises et qui le restent. Le verbe à l'imparfait montre que ces œuvres étaient déjà mauvaises avant le jugement intérieur dont il s'agit.
"En rejetant Jésus l'homme se juge. L'enquête la plus rigoureuse sur toute sa vie ne constaterait pas mieux sa disposition opposée au bien, que ne le fait son incrédulité." Godet.
v. 19 · Godet · 18/10/2026
En rejetant Jésus, l'homme se juge. L'enquête la plus rigoureuse sur toute sa vie ne constaterait pas mieux sa disposition hostile au bien que ne le fait son incrédulité. Cette sentence qu'il prononce sur lui-même, l'acte judiciaire final n'aura plus qu'à la ratifier (5.28-29). - Pour le faire comprendre, le Seigneur se désigne ici comme la lumière , c'est-à-dire le bien manifesté, la sainteté divine réalisée en face de la conscience humaine. L'attitude que prend l'homme par rapport à lui, révèle donc infailliblement sa tendance morale la plus intime. […]
v. 20 · Godet · 18/10/2026
La nuit régnait au moment où Jésus parlait ainsi. Combien de malfaiteurs ne profitaient pas de ces ténèbres pour poursuivre leurs buts criminels ! Et ce n'était pas accidentellement qu'ils avaient choisi cette heure-là. Telle est l'image de ce qui se passe dans le monde moral. L'apparition de Jésus est pour le monde comme le lever du soleil ; elle manifeste le vrai caractère des actions humaines : d'où il résulte que, lorsque quelqu'un fait le mal et veut y persévérer , il tourne le dos à Jésus et à sa sainteté. Si sa conscience venait à être illuminée par cette clarté, elle l'obligerait à renoncer à ce qu'il veut garder. […]
v. 21 · Bible annotée · 18/10/2026
Ces deux versets (versets 20,21) confirment et développent (car ) la grande vérité morale exprimée au verset 19. Quiconque se livre à des œuvres mauvaises ou fait le mal non seulement n'aime pas la lumière , (verset 19) mais il la hait , parce qu'elle révèle, accuse et condamne les dispositions intimes de son cœur, et il se garde bien de venir à la lumière, c'est à dire, de s'approcher de Jésus ; car il sait que ses œuvres seraient reprises , convaincues de culpabilité, comme devant un tribunal. […]
v. 21 · Godet · 18/10/2026
L'amour sincère du bien moral prédispose à la foi ; car Jésus est le bien personnifié. Il y a dans l'humanité, même avant l'apparition du Christ, des hommes qui, quoique atteints comme les autres, du mal inné, réagissent contre leurs penchants mauvais et poursuivent avec une noble ardeur la réalisation de l'idéal moral qui brille devant eux. Jésus les appelle ici ceux qui font la vérité . Saint Paul, d'accord aussi en ce point avec saint Jean, les décrit comme ceux qui, en persévérant dans les bonnes œuvres, recherchent la gloire, l'honneur et l'incorruptibilité (Romains 2.7). […]
22 Après ces choses, Jésus vint dans le pays de Judée, et ses disciples [avec lui] ; et il séjourna là avec eux, et baptisait. 23 Et Jean aussi baptisait en Énon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau ; et on venait, et on était baptisé. 24 Car Jean n’avait pas encore été jeté en prison. 25 Il y eut donc une discussion entre quelques-uns des disciples de Jean et un Juif, touchant la purification. 26 Et ils vinrent à Jean, et lui dirent : Rabbi, celui qui était avec toi au-delà du Jourdain, à qui tu as toi-même rendu témoignage, voilà, il baptise, et tous viennent à lui. 27 Jean répondit et dit : Un homme ne peut rien recevoir, à moins qu’il ne lui soit donné du ciel. 28 Vous-mêmes, vous me rendez témoignage que j’ai dit : Ce n’est pas moi qui suis le Christ, mais je suis envoyé devant lui. 29 Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui assiste et l’entend, est tout réjoui à cause de la voix de l’époux ; cette joie donc, qui est la mienne, est accomplie. 30 Il faut que lui croisse, et que moi je diminue. 31 Celui qui vient d’en haut est au-dessus de touse 31e ou : de tout. . Celui qui est def 31f de(dans tout le verset) avec le sens de ayant par nature son origineici-bas. la terre est de la terre, et parle [comme étant] de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tousg 31g ou : de tout. ; 32 [et] de ce qu’il a vu et entendu, de cela il rend témoignage ; et personne ne reçoit son témoignage. 33 Celui qui a reçu son témoignage, a scellé que Dieu est vrai ; 34 car celui que Dieu a envoyé parle les paroles de Dieu , car Dieu h 34h qqs. omettent : Dieu. ne donne pas l’Esprit par mesure. 35 Le Père aime le Fils, et a misi 35i litt. : donné. toutes choses entre ses mains. 36 Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéitj 36j ou : ne croit pas. au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.
v. 22 · Bible annotée · 18/10/2026
22 à 36
Jésus en Judée. Dernier témoignage de Jean-Baptiste.
Après cela , c'est-à-dire après ce premier séjour à Jérusalem (Jean 2.13 et suivants) où eut lieu l'entretien avec Nicodème. (verset 1 et suivants)
Jésus quitte la capitale, où sa manifestation dans le temple et les miracles qu'il avait accomplis n'avaient pu lui assurer l'adhésion générale ni l'approbation des autorités théocratiques. Il en a conclu que l'œuvre de préparation accomplie par Jean-Baptiste doit se poursuivre encore et il s'y associe lui-même, il se rend dans les campagnes de la Judée pour séjourner là quelque temps avec ses disciples . Là aussi, il joint à la prédication le baptême . […]
v. 22 · Godet · 18/10/2026
Μετὰ ταῦτα rattache d'une manière générale ce morceau à 2.23-25 : « A la suite de cette activité de Jésus à Jérusalem. » - Ἰουδαία la terre de Judée, désigne la campagne , en opposition à la capitale. - Les imparfaits il séjournait et il baptisait indiquent que ce séjour fut d'une certaine durée. - L'expression il baptisait est déterminée plus exactement 4.2 : « Toutefois ce n'était pas Jésus lui-même qui baptisait, mais ses disciples. » L'acte moral appartenait à Jésus ; l'opération matérielle se faisait par les disciples. Si ces deux passages se trouvaient dans deux évangiles différents, la critique y verrait aussitôt une contradiction et l'on accuserait de partialité harmonistique celui qui chercherait à la résoudre. L'intention du narrateur dans notre passage est uniquement de placer ce baptême sous la responsabilité de Jésus.
v. 23 · Bible annotée · 18/10/2026
Jean continuait son œuvre, parce qu'à ses yeux le royaume de Dieu. en vue duquel il prêchait et baptisait, n'était pas encore établi. Il lui fallait, pour mettre un terme à sa mission, un ordre de Dieu ; il le reçut bientôt par le fait de son emprisonnement.
- On n'a que des conjectures sur la situation précise de ces deux localités Enon et Salim . Le premier de ces noms est dérivé probablement d'un mot hébreu qui signifie les sources , et le second est dans les Septante la transcription du nom hébreu de Schilchim , qui veut dire les conduites d'eau, les ruisseaux .
Cette double signification est en harmonie avec cette observation de l'évangéliste, qu'il y avait là beaucoup d'eau .
On en a conclu, avec raison, qu'alors Jean ne baptisait pas dans le Jourdain, sans quoi cette remarque eût été superflue.
Les deux noms Schilchim et Aïn se trouvent réunis dans une énumération des villes de "la contrée du midi" de Juda. (Josué 15.32)
v. 23 · Godet · 18/10/2026
En , d'où Enon , désigne une source . On peut aussi faire avec Meyer de la terminaison on l'abrégé du mot jona , colombe ; ce nom signifierait la source de la colombe . Cette localité se trouvait dans le voisinage d'une ville nommée Salim . La situation des deux endroits est incertaine. Eusèbe et Jérôme, dans l'Onomasticon , placent Enon à 8 000 pas au sud de Bethséan ou Scythopolis, dans la vallée du Jourdain, sur les confins de Samarie et de la Galilée, et Salim un peu plus à l'occident. Et en effet l'on a retrouvé dans cette région une ruine portant le nom d'Aynûn (Palestine-Exploration-Report , 1874). Il faudrait conclure de là que ces localités se trouvaient en Samarie. […]
v. 24 · Bible annotée · 18/10/2026
L'évangéliste explique comment l'activité de Jean-Baptiste pouvait continuer encore.
Mais pourquoi cette observation était-elle nécessaire ? Evidemment parce que le récit des deux premiers évangiles (Matthieu 4.12,Marc 1.14) qui ne suivaient point un ordre chronologique rigoureux, laissait croire que l'emprisonnement de Jean-Baptiste avait eu lieu avant le premier retour de Jésus de Judée en Galilée, immédiatement après son baptême.
Or notre évangéliste, qui rapporte (Jean 1.44) un premier voyage en Galilée et (Jean 4.3,43 et suivants) un second voyage, distinguant ainsi ces deux retours, que la tradition synoptique avait fondus en un seul, rétablit l'ordre chronologique de ces premiers temps de l'activité du Sauveur, et nous apprend que la prédication du Précurseur eut lieu, quelque temps encore, simultanément avec celle de Jésus.
v. 24 · Godet · 18/10/2026
Cette observation de l'évangéliste étonne, parce que rien dans ce qui précède n'est propre à la motiver Le fait de l'incarcération déjà accomplie de Jean-Baptiste n'était en aucune façon supposé dans le récit antérieur. C'est donc ailleurs que dans notre évangile qu'il faut chercher la raison pour laquelle l'évangéliste croit devoir rectifier un malentendu existant à ce sujet, comme il le fait par la remarque du v. 24. […]
v. 25 · Bible annotée · 18/10/2026
Selon le texte reçu, cette dispute des disciples de Jean aurait eu lieu avec des Juifs , mais la plupart des documents sont en faveur du singulier, un Juif .
Le pluriel se lit dans plusieurs anciennes versions et chez Origène, mais parmi les manuscrits il n'a pour lui que le Sin., et des minuscules.
L'évangéliste ne dit pas qui était ce Juif .
Cette discussion avait pour objet la purification , c'est-à-dire le baptême. Il s'agissait probablement d'après le contexte, de décider lequel des deux baptêmes, celui de Jean ou celui de Jésus, était le plus efficace.
De là une sorte d'irritation chez les disciples de Jean, et leur démarche auprès de leur Maître. (verset 26)
v. 25 · Godet · 18/10/2026
L'occasion du discours suivant fut une discussion provoquée par la concurrence des deux baptêmes voisins. Οὖν, donc , indique cette relation. - L'expression : de la part des disciples , montre que les disciples de Jean furent les provocateurs. - La leçon de la plupart des Mjj., Ἰουνδαίου, un Juif , au lieu de Ἰουδαίων, des Juifs , est généralement préférée aujourd'hui. Je l'accepte, sans pouvoir me convaincre entièrement de son authenticité. […]
v. 26 · Bible annotée · 18/10/2026
Ces paroles respirent la jalousie : Celui à qui tu as rendu témoignage , que tu as recommandé avec un désintéressement si généreux, (grec) voici, celui-là baptise !
Il cherche à te supplanter par une concurrence directe ! Et ils ajoutent avec l'exagération du dépit : et tous vont à lui !
On comprend ces sentiments chez des hommes sincères mais peu éclairés vivement attachés à leur maître et qui n'avaient pas cru en Jésus. Mais quel contraste entre de telles dispositions et l'admirable humilité qui ressort de chaque mot de la réponse de Jean !
v. 26 · Godet · 18/10/2026
Il y a de l'amertume dans ces paroles. Les mots : « auquel tu as rendu témoignage, » font ressortir la générosité dont Jean a fait preuve envers Jésus : « Voilà comment tu as agi toi (σύ) ; et voici comment il agit, lui (ὁῦτος). » Ἴδε, voici , relève ce qu'il y a d'inattendu dans un tel procédé : « Il baptise, tout comme toi : ainsi, non content de s'affirmer, il cherche à t'annuler. » Le baptême était un rite spécial, introduit par Jean, et qui distinguait son ministère de tout autre. En se l'appropriant, Jésus semblait usurper le rôle propre de son devancier et vouloir l'effacer absolument. […]
v. 27 · Bible annotée · 18/10/2026
Jean exprime en ces mots une vérité générale, absolue. (Comparer Jacques 1.17)
Mais à qui l'applique-t-il ?
Les uns répondent : A lui-même ; il n'a aucune prétention à avoir ou à être rien de plus que ce qui lui a été départi. (Bengel, Lücke, Hengstenberg, Godet.)
D'autres, à Jésus ; il n'aurait pas les succès dont les disciples de Jean étaient jaloux, si ceux-ci ne lui avaient été donnés du ciel . (De Wette Meyer, Astié, Weiss, Holtzmann.) D'autres enfin, à Jean et à Jésus tout ensemble, chacun d'eux devant remplir la mission qui lui a été assignée de Dieu. (Tholuck, Luthardt, Keil.)
Il nous semble que la première de ces explications est le plus en harmonie avec le verset 28 où Jean continue à parler de lui-même et de ce qui ne lui a pas été donné.
v. 27 · Godet · 18/10/2026
Jusqu'au v. 30, qui est le centre du discours, l'idée dominante est celle de la personne et de la mission du précurseur. D'après cela, il paraît naturel d'appliquer spécialement la sentence générale du v. 27 à Jean-Baptiste. On l'excite à se défendre contre Jésus qui le dépouille. « Je ne puis prendre ? répond-t-il, que ce que Dieu m'a donné, » en d'autres termes : « Je ne puis m'assigner moi-même mon rôle ; me faire l'époux quand je ne suis que l'ami de l'époux. » Ainsi Bengel, Lücke, Reuss, Hengstenberg, moi-même 1re éd.). […]
v. 28 · Bible annotée · 18/10/2026
Les disciples de Jean ne pouvaient pas ignorer les déclarations si positives de leur maître (Jean 1.20-34) sur son rapport avec le Messie.
Eux-mêmes viennent de faire allusion (verset 26) au témoignage rendu par Jean. Aussi se contente-t-il de leur dire : Vous-mêmes m'êtes témoins .
v. 28 · Godet · 18/10/2026
Jean s'applique expressément à lui-même la maxime du v. 27. Le fait dont se plaignent ses disciples, il les en a avertis dès le commencement. Il leur a toujours dit qu'il ne lui était pas donné d'être le Christ, que sa mission n'allait pas plus loin que de lui frayer la voie. Il en appelle sur ce point à leur propre souvenir et se décharge ainsi de toute responsabilité à l'égard de leur humeur jalouse envers Jésus. Les mots : vous m'êtes témoins , semblent faire allusion à leur propre parole, au v. 26, où ils ont rappelé la conduite de Jean à l'égard de Jésus. - Puis il leur explique par une comparaison le sentiment qu'il éprouve et qui est si différent du leur :
v. 29 · Bible annotée · 18/10/2026
Le Précurseur montre encore, par une belle et touchante image, quelle est sa position subordonnée à l'égard du Sauveur : Lui est l'époux , à qui appartient l'épouse , c'est-à-dire l'Eglise qu'il a rachetée. Jean n'est que l'ami de l'époux , mais cela suffit pleinement à sa joie .
Cette image, Jean l'avait trouvée dans l'Ancien Testament ; (Esaïe 54.5 ; 62.5 ; Osée 2.16 et suivants) mais quelle vue profonde fallait-il qu'il eût, et de l'Ecriture, et du Messie, pour appliquer à ce dernier ce que les prophètes avaient dit de l'union de l'Eternel avec son peuple ! […]
v. 29 · Godet · 18/10/2026
Sa position est subordonnée à celle de Jésus, mais elle a aussi ses privilèges et sa joie propre, et cette joie lui suffit parfaitement. Νύμφη, l'épouse , est la communauté messianique que Jean-Baptiste devait former en Israël pour ramener à Jésus ; νύμφιος, l'époux , désigne le Messie et, s'il est permis de parler ainsi, le futur de cette fiancée spirituelle. Le nom de Jéhova signifie précisément : Celui qui sera ou viendra . D'après l'A. T., en effet, l'Éternel ne voulait confier à aucun autre qu'à lui-même ce rôle d'époux, et la venue du Messie sera l'apparition suprême de Jéhova lui-même (⇒) ; comparez Esaïe 54.5 ; Osée 2.19 ; Matthieu 9.15 ; 25.1 et suiv. […]
v. 30 · Bible annotée · 18/10/2026
Admirable conclusion de la similitude qui précède ! expression d'humilité la plus touchante qui soit sortie de la bouche d'un serviteur de Dieu !
Jésus grandira en effet, son règne s'étendra sur le monde entier, toute puissance lui sera donnée au ciel et sur la terre ! Et Jean va bientôt voir diminuer sa mission, son influence, sa vie même, qui ira s'éteindre dans un cachot.
Il faut , dit-il ; telle est, envers Jésus et envers lui-même, la souveraine volonté de Dieu ! […]
v. 30 · Godet · 18/10/2026
C'est ici le mot qui forme le lien entre les deux parties du discours, annonçant la seconde et résumant la première. - L'ami de noces avait au commencement de la relation le rôle principal, c'était lui seul qui paraissait. Mais, à mesure que la relation se développe, son rôle diminue ; il doit s'effacer pour laisser l'époux devenir le seul . C'est là la position de Jean-Baptiste ; il l'accepte et n'en désire pas d'autre. Nul n'eût inventé cette admirable parole, devise permanente de tout vrai serviteur de Christ.
Ici Bengel, Tholuck, Olshausen et d'autres font cesser le discours du Baptiste et commencer les réflexions de l'évangéliste. […]
v. 31 · Bible annotée · 18/10/2026
Jean-Baptiste confirme et généralise le contraste absolu qu'il vient d'établir entre le Sauveur et lui.
Celui qui vient d'en haut , le Fils de Dieu, est au-dessus de tous , de tous les hommes. de ses serviteurs les plus éminents, fusent-ils prophètes ou apôtres.
C'est ce que confirme abondamment l'expérience ; aucun des plus excellents serviteurs ne supporte la moindre comparaison avec le Maître. […]
v. 31 · Godet · 18/10/2026
A sa propre nature terrestre Jean oppose l'origine céleste de Jésus. Ἅνωθεν, d'en-haut s'applique ici, non à la mission. - car celle de Jean est aussi d'en-haut, - mais à l'origine de la personne. Le tous désigne les employés divins en général. Tous, comme Jean lui-même (v. 30), doivent être éclipsés par le Messie. Les mots trois fois répétés : de la terre , expriment énergiquement la sphère à laquelle Jean appartient et dont il ne peut sortir. La première fois, ils se rapportent à l'origine (ὢν ἐκ) : un simple homme ; la seconde, au mode d'existence (ἐστί) : comme étant, de la terre, il reste terrestre dans toute sa manière d'être, de sentir et de penser (comparez l'antithèse v. […]
v. 32 · Bible annotée · 18/10/2026
Celui qui vient du ciel , et parle de ce qu'il a vu et entendu a une connaissance immédiate et parfaite de ce qu'il affirme (comparez verset 11 et 13, notes).
Grand contraste avec "celui qui est de la terre !"
- Comment Jean peut-il ajouter cette réflexion attristée : mais personne ne reçoit son témoignage . On venait de lui dire : "Tous vont à lui," (verset 26) lui même a exprimé toute sa joie de voir les prémices de l'Eglise se réunir autour du céleste époux. (verset 29) […]
v. 32 · Godet · 18/10/2026
Le καί, et , est omis par les alex., et sans doute avec raison les asyndeta sont fréquents dans ce discours - De l'origine céleste de Jésus résulte la perfection de son enseignement. Il est en communion filiale avec le Père. Quand il parle des choses divines, il en parle en témoin immédiat. Cette parole est l'écho de celle de Jésus au v. 11. En la reproduisant le précurseur déclare que Jésus n'a rien affirmé sur lui-même qui ne soit l'exacte vérité. Mais comment pouvait-il la connaître ? Nous croyons avoir répondu à cette question dans l'explication du v. 29. - Par les derniers mots, Jean confirme le jugement sévère que Jésus avait porté sur la conduite du peuple et de ses chefs (v. […]
v. 33 · Bible annotée · 18/10/2026
Celui qui a reçu dans son cœur par une foi vivante, le témoignage rendu par Jésus-Christ (grec) a par là même scellé, certifié au moment de son sceau, le fait que Dieu est vrai ou véridique.
C'est ce qu'explique (car ) le verset 34, en affirmant que le témoignage de Jésus est celui de Dieu même : Celui que Dieu a envoyé parle les paroles de Dieu lui-même.
La foi, la confiance du cœur est en elle même, de la part du croyant, une attestation de la véracité de Dieu, tandis que celui qui ne croit pas Dieu, "le fait menteur." (1Jean 5.10)
Le verbe sceller , employé dans un sens figuré et spirituel, revient souvent dans le Nouveau Testament (Jean 6.27 ; 1Corinthiens 9.2 ; 2Corinthiens 1.22, etc.)
v. 33-34 · Godet · 18/10/2026
Il y a néanmoins quelques croyants, et quelle n'est pas la grandeur et la beauté de leur rôle ! Σφραγι'ζειν : sceller , légaliser un acte en y apposant son sceau. C'est là ce que fait le croyant par rapport au témoignage que rend le Christ ; en se rangeant parmi ceux qui l'acceptent, il a l'honneur d'associer une fois pour toutes sa responsabilité personnelle à celle du Dieu qui parle par son envoyé. En effet, ce certificat de vérité, décerné à Jésus par le croyant, remonte jusqu'à Dieu même. C'est ce qu'explique le v. 34 (car ). Les paroles de Jésus sont tellement celles de Dieu que certifier la vérité de celles-là, c'est attester la véracité de Dieu lui-même. […]
v. 34 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : Car Dieu (ce mot manque dans Sin., B, C, il est probablement une glose) ne donne pas l'Esprit avec mesure .
Ce qui n'est pas donné avec mesure , est donné sans mesure , avec une abondance infinie, comme Dieu donne.
Mais à qui le donne-t-il ainsi ? Evidemment à Celui qu'il a envoyé, (verset 34) à son Fils qu'il aime et à qui il a remis toutes choses. (verset 35)
Aussi est-ce avec raison que toutes nos versions suppléent le pronom lui , qui n'est pas dans le grec, et sans lequel cette phrase générale"n'aurait aucun sens." (De Wette.)
En effet aucun prophète n'a reçu l'Esprit de Dieu d'une manière infinie et permanente. Chaque croyant le reçoit dans la mesure que Dieu lui dispense, le Fils de Dieu seul en a toute la plénitude. (Colossiens 1.19)
En parlant de ce don de l'Esprit, Jean-Baptiste pense sans doute à ce dont il a été témoin au baptême de Jésus. (Jean 1.32)
v. 35 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : a donné tout dans sa main , l'a mis en sa puissance.
C'est dans cet ineffable rapport d'amour qui l'unit au Père, que le Fils possède non seulement la plénitude de l'Esprit, mais toutes choses .
"Tout ce qui est à moi, est à toi, et ce qui est à toi, est à moi." (Jean 17.10 ; 13.3 ; 17.2 ; Matthieu 11.27 ; 28.18 ; 1Corinthiens 15.27 ; Ephésiens 1.22)
v. 35 · Godet · 18/10/2026
L'asyndeton entre ce verset et le précédent peut se rendre par cette forme emphatique : « C'est qu'aussi le Père aime… » La communication absolue de l'Esprit résulte de l'incomparable amour que le Père a pour le Fils. Ces mots sont comme l'écho de la divine allocution que Jean avait entendue au baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » - Le terme ἀγαπᾷ, aime , est pris dans le sens absolu, comme les expressions a envoyé et les paroles . - Jésus s'était servi du terme de Fils , en parlant avec Nicodème, v. 15-18 ; le Psaume 2 l'appliquait déjà au Messie dans les v. […]
v. 36 · Bible annotée · 18/10/2026
Telle est la conclusion pratique de tout ce qui vient d'être dit du Fils de Dieu , la foi en lui ou l'incrédulité à son égard ont des conséquences qui se prolongent jusque dans l'éternité.
Croire en lui c'est avoir actuellement la vie éternelle . (A et non aura .)
Lui-même est la vie ; (Jean 14.6) être avec lui, par la foi, dans une communion vivante, c'est posséder, en lui, cette vie impérissable qui, un jour, s'épanouira pleinement dans le ciel. (Jean 5.24)
- Mais quels contrastes entre cette déclaration et la sentence qui suit ! […]
v. 36 · Godet · 18/10/2026
Voilà la conséquence pratique à tirer de la grandeur suprême du Fils. Ces derniers mots présentent une grande analogie avec la fin du Psaume 2 : « Rendez hommage au Fils, de peur qu'il ne s'irrite, et que vous ne périssiez sur cette voie, lorsque, dans peu de temps, s'enflammera sa colère ; mais bienheureux sont ceux qui se confient en lui. » Seulement Jean, à l'inverse du psalmiste et de Jésus lui-même (v. 19-21), commence par les croyants pour finir par les incrédules. C'est qu'il veut donner un sévère et dernier avertissement à ses disciples et à la nation tout entière. […]