L'idée de ce verset est celle-ci : « Je ne juge personne, par la raison que celui qui croit n'est pas jugé, et que celui qui ne croit pas s'est déjà jugé lui-même. » Comme on l'a bien dit : « C'est ici la justification par la foi et la condamnation par l'incrédulité[1]. » - Jésus ne juge pas le croyant, parce que celui qui accepte le salut qu'il apporte n'est plus sujet au jugement. Meyer, Hengstenberg, etc., et nos traducteurs rendent encore ici le mot κρίνειν par condamner. Weiss, Keil, Westcott reconnaissent que ce sens est arbitraire. Le passage 5.24 montre qu'il est contraire à la vraie pensée de Jésus. Juger, c'est, après une enquête détaillée des actes prononcer sur leur auteur une sentence judiciaire décidant de son innocence ou de sa culpabilité. Or, le Seigneur déclare que le croyant, étant déjà introduit dans la vie éternelle, ne sera point soumis à une enquête de ce genre. Il comparaîtra bien, d'après Romains 14.10 et 2 Corinthiens 5.10, mais pour être reconnu sauvé et recevoir sa place dans le royaume (Matthieu ch. 25)). Que si la foi soustrait l'homme au jugement, il n'y a rien là d'arbitraire. Cela résulte justement de ce que, par le jugement intérieur de la repentance qui précède et suit la foi, le croyant est introduit dans la sphère de la sanctification chrétienne qui est un jugement continuel de soi-même et par conséquent l'anticipation libre du jugement (1 Corinthiens 11.31). - Le présent οὐ κρίνεται, n'est point jugé, est celui de l'idée. - Jésus ne juge pas le non croyant, parce que celui qui refuse de croire trouve son jugement dans ce refus même. Le mot ἤδη, déjà, et la substitution du parfait (κέκριται) au présent (κρίνεται) montrent bien que Jésus pense ici à un jugement de nature spirituelle, qui s'exerce dès ici-bas sur celui qui rejette le salut offert en Christ. Un tel homme a prononcé lui-même, par son incrédulité et sans que Jésus ait eu besoin d'intervenir judiciairement, sa sentence. Il s'entend de soi-même que cette sentence est une sentence de condamnation. Mais le mot ne le dit pas. Le sens est : l'un ne doit pas être jugé ; l'autre l'est déjà ; par conséquent le Fils n'a pas à intervenir personnellement pour juger. - L'emploi fait ici de la négation subjective (le premier μὴ) appartient, selon Bæumlein, au déclin de la langue. Selon Meyer, cette forme a au contraire son sens régulier : « en ce qu'il ne croit pas, » ou « par la raison qu'il ne croit pas. » Le titre de Fils unique fait ressortir la culpabilité de ceux qui repoussent un tel être et l'œuvre qu'il accomplit. Plus le Sauveur est glorieux, plus il est grave de se détourner de lui. Plus il est saint, divin dans toute son apparition, plus l'incrédulité envers lui témoigne d'un sens profane. - Son nom : la révélation qu'il nous donne de son essence (voir à 1.12). - Le parfait μὴ περίστευκεν, n'a pas cru, désigne non l'acte de ne pas croire, mais l'état qui en résulte : « Parce qu'il ne se trouve pas dans la position favorable d'un homme qui a donné sa confiance à un tel être. » Le μὴ est employé ici, comme chez les écrivains grecs postérieurs (Lucien, par exemple), pour désigner la cause dans la pensée de celui qui parle. - La séparation morale entre les hommes, décrite v. 18, constitue le jugement dans son essence : c'est là l'idée développée dans les v. 19 à 21. Par la position que prennent les hommes à l'égard de Jésus, ils se classent eux-mêmes en réprouvés (v. 19-20) ou sauvés (v. 21). - Jusqu'ici, Jésus a prouvé qu'il ne jugeait pas, mais en opposant au jugement extérieur attendu un jugement moral auquel nul ne songeait. C'est ce jugement qu'il expose maintenant.
Notes
[1] H. Jacottet.