1 Or, avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue pour passer de ce monde au Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin. 2 Et pendant qu’ils étaient à souper, le diable ayant déjà mis dans le cœur de Judas Iscariote, [fils] de Simon, de le livrer, – 3 [Jésus], sachant que le Père lui avait misa 3a litt. : donné. toutes choses entre les mains, et qu’il était venu de Dieu , et s’en allait à Dieu , 4 se lève du souper et met de côté ses vêtements ; et ayant pris un linge, il s’en ceignit. 5 Puis il verse de l’eau dans le bassin, et se met à laver les pieds des disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. 6 Il vient donc à Simon Pierre ; et celui-ci lui dit : Seigneur, me laves-tu, toi, les pieds ? 7 Jésus répondit et lui dit : Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le sauras dans la suite. 8 Pierre lui dit : Tu ne me laveras jamais les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n’as pas de part avec moi. 9 Simon Pierre lui dit : Seigneur, non pas mes pieds seulement, mais aussi mes mains et ma tête. 10 Jésus lui dit : Celui qui a tout le corps lavé b 10b ou : Celui qui est baigné. n’a besoin que de se laver c 10c mot spécial employé pour le lavage d’une partie du corps seulement, piedsou mains. les pieds ; mais il est tout net ; et vous, vous êtes nets, mais non pas tous. 11 Car il savait qui le livrerait ; c’est pourquoi il dit : Vous n’êtes pas tous nets.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
Troisième partie. Ch. 13 - 17 Le Fils de Dieu et les siens. Jésus lave les pieds des disciples et éloigne Judas. Chapitre 13. 1 à 20
Le lavement des pieds.
Les mots : avant la fête de Pâque ne renferment qu'une indication vague de la date du dernier souper (verset 2) que Jésus fit avec ses disciples, et par conséquent de sa mort, qui eut lieu le lendemain.
Comme nous abordons, avec le Jean 13, le récit de la Passion du Sauveur, c'est ici le lieu de donner une vue d'ensemble de cette question chronologique, l'une des plus obscures que soulève l'histoire évangélique. La tradition unanime désigne le vendredi comme le jour où Jésus mourut. […]
v. 1 · Godet · 18/10/2026
Les mots avant la fête de Pâques se rattachent à la détermination précédente : six jours avant la Pâque (12.1), mais avec une différence d'expressions qui ne peut être accidentelle. Là il était dit : « Avant la Pâque » mot qui désignait, comme d'ordinaire, le repas pascal au soir qui terminait le 14 nisan (Exode ch. 12 ; Lévitique 23.5 ; Nombres 28.16). Ici Jean dit : « Avant la fête de Pâques ; » ce terme plus large comprend sans doute toute la journée du 14 nisan, où l'on enlevait le levain des demeures Israélites, et que l'on comptait déjà par cette raison dans les jours appartenant à la fête . […]
v. 2 · Bible annotée · 18/10/2026
Non pas après le souper comme traduisent à tort nos versions ordinaires : mais, grec un souper étant venu , au moment où l'on venait de se mettre à table. (verset 4 et 12.)
Même la leçon reçue, qui porte le participe aoriste, ne signifie pas : un repas ayant eu lieu mais : étant arrivé et en cours d'exécution (Weiss).
Il est probable qu'il faut lire le participe présent, selon le texte de Sin., B, adopté par la plupart des critiques.
De l'absence d'article devant souper plusieurs interprètes concluent que l'auteur ne considère pas ce souper comme le repas pascal. […]
v. 2-3 · Godet · 18/10/2026
Et d'abord la détermination temporelle : un repas ayant eu lieu . La leçon alex. γινομένου, ayant lieu , me paraît inadmissible. Cette expression ne pourrait guère se rapporter qu'au repas pascal : « Pendant que ce repas avait lieu, Jésus se lève. » Mais il faudrait pour cela que l'article τοῦ, le , pût manquer, c'est-à-dire que le substantif fût suffisamment déterminé par ce qui précède, ce qui n'est pas le cas, puisque les premiers mots du v. 1 : « avant la fête de Pâques, » sont plutôt propres à écarter l'idée du repas pascal qu'à la faire naître. […]
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce quatrième trait de l'introduction nous montre que Jésus va agir dans la pleine conscience de son éternelle divinité.
Ce sentiment est rendu ici par trois déclarations d'une sublime grandeur.
La première exprime l'autorité et la puissance divines : il sait que le Père lui a remis (grec donné ) toutes choses entre les mains . (Comparer Matthieu 28.18)
La seconde nous révèle sa préexistence éternelle : il est (grec) sorti de la part de Dieu . (Comparer Jean 8.42)
La troisième nous montre en Jésus le pressentiment de la gloire divine dont il va reprendre possession : il va à Dieu . (Verbe au présent ; comparez Jean 17.5)
Et c'est avec cette conscience de sa grandeur divine que Jésus va condescendre à faire l'œuvre d'un esclave !
v. 4-5 · Godet · 18/10/2026
Le v. 3 nous a d'avance initiés au sens de cet acte. Au besoin, cela pourrait suffire pour le motiver. Aussi Ewald et Meyer n'y cherchent-ils aucun motif extérieur. Cependant, Jésus n'agit pas, en général, par une simple impulsion du dedans : il obéit à une occasion donnée dans laquelle il discerne le signal du Père. Saint Luc nous raconte, 22.24-27, que dans ce repas une dispute survint entre les disciples sur la question de savoir à qui appartenait entre eux le premier rang. Sur quoi Jésus leur dit : « Le premier parmi vous doit prendre la place du dernier. […]
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
Quel contraste entre les pensées du verset 3 et cette scène du verset 4.
Avec quelle émotion Jean la décrit jusque dans ses moindres détails ! Il la rend vivante et tout à fait actuelle par ces verbes au présent : il se lève, pose ses vêtements (vêtements de dessus, le manteau, qui l'aurait gêné dans son action, et il ne garde que la tunique, costume des esclaves), puis il verse de l'eau dans le bassin , celui qui se trouvait là et servait à cet usage.
Même cette expression il se mit , que Jean n'emploie presque jamais, a quelque chose de solennel. […]
v. 6 · Bible annotée · 18/10/2026
Pierre, dont l'âme ardente est pleine de vénération et d'amour pour le Sauveur, a compris la leçon qu'il veut donner à ses disciples ; il a honte et il exprime son sentiment en relevant le contraste criant par ces deux mots : Toi, à moi ! Et le titre de Seigneur, que Jésus va approuver et réclamer, (verset 13) rend le contraste encore plus complet.
- Il est dit d'abord : il commença , puis : il vient donc à Simon Pierre ; ce disciple ne fut donc pas le premier auquel Jésus lava les pieds.
Les mots et celui-ci manquent dans quelques manuscrits.
v. 6-11 · Godet · 18/10/2026
Il faut bien remarquer que cet entretien avec saint Pierre survient dans cette scène comme un épisode inattendu. Οὖν, donc (v. 6) : en allant de l'un à l'autre d'après l'ordre dans lequel ils étaient assis. La conséquence naturelle à tirer de ce donc est que Pierre ne fut pas le premier auquel Jésus lava les pieds ; il n'était donc pas assis à côté de lui (comparez v. 24). - Le sentiment de vénération qui provoque cette résistance de Pierre s'exprime dans l'antithèse des pronoms σύ, tu , et μου, me , et dans le titre : Seigneur . Ici, comme Matthieu 16.22, c'est le respect qui produit dans la conduite de cet apôtre le manque de respect. - L'antithèse de ἐγώ et σύ (moi… tu ) (v. […]
v. 7 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : tu le connaîtras après ces choses , ou après ceci.
Quelques interprètes ont supposé que Jésus désignait par là le moment ou Pierre serait éclairé par l'Esprit de Dieu. Mais il est plus simple de rapporter ces mots à l'explication que Jésus allait donner à ses disciples. (verset 12 et suivants)
- Cette parole est d'une application universelle à toutes les voies du Seigneur que nous ne comprenons pas au moment même.
v. 8 · Bible annotée · 18/10/2026
Jamais , grec en éternité .
Il y a dans ce refus absolu de Pierre une véhémence bien en harmonie avec son caractère. Pierre montre sa vénération et son amour pour le Maître ; mais il oublie que le premier devoir d'un disciple c'est l'obéissance. Sa présomption lui cache son ignorance (tu ne sais pas ), et l'empêche de recevoir avec confiance la promesse de Jésus (tu comprendras dans la suite ).
La réponse de Jésus à la première objection de son disciple était pleine de douceur et de bonté. Sur son refus réitéré il lui parle d'un ton sévère. […]
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
Pierre a-t-il compris la pensée profonde de son Maître ? Dans ce cas, sa réponse signifie : "Seigneur, ne me lave pas seulement les pieds , mais purifie-moi dans tout mon être !" C'est ainsi que quelques interprètes (Tholuck, Luthardt) comprennent le disciple.
D'autres pensent au contraire que Pierre sans se donner le temps de réfléchir, (Marc 9.5,6) mais saisi, effrayé à la pensée d'être exclu de 1a communion de son Sauveur, se livre à lui avec l'impétuosité de son caractère et dépasse le but, parce qu'il conserve encore sa volonté propre, tout en obéissant.
C'est ainsi que Olshausen, Meyer, Astié interprètent la pensée de ce disciple. Il est, en effet, difficile de croire que Pierre se soit élevé d'emblée à l'idée d'un renouvellement spirituel.
v. 10 · Bible annotée · 18/10/2026
Var. du Sin. : n'a pas besoin de se laver, il est pur tout entier.
- Jésus ne désapprouve pas le zèle de son disciple ; il rectifie avec douceur l'erreur dans laquelle il était, et il profite de cette erreur même pour ajouter à la leçon qu'il voulait d'abord donner aux siens, (verset 8, 2e note) un enseignement nouveau.
Laver les pieds était un acte par lequel le Sauveur s'humiliait. Laver aussi les mains et la tête , l'être tout entier , donnait à l'acte un autre caractère. […]
12 Quand donc il eut lavé leurs pieds et qu’il eut repris ses vêtements, s’étant remis à table, il leur dit : Savez-vous ce que je vous ai fait ? 13 Vous m’appelez maître et seigneur, et vous dites bien, car je le suis ; 14 si donc moi, le seigneur et le maître d 14d celui qui enseigne., j’ai lavé vos pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. 15 Car je vous ai donné un exemple, afin que, comme je vous ai fait, moi, vous aussi vous fassiez. 16 En vérité, en vérité, je vous dis : L’esclave n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’envoyé e 16e ailleurs aussi : apôtre. plus grand que celui qui l’a envoyé. 17 Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux si vous les faites. 18 Je ne parle pas de vous tous ; moi, je connais ceux que j’ai choisis ; mais c’est afin que l’écriture soit accomplie : « Celui qui mange le pain avec moi a levé son talon contre moi » f 18f Psaume 41:10 .. 19 Je vous le dis dès maintenant g 19g à partir de ce temps-ci., avant que cela arrive, afin que, quand ce sera arrivé, vous croyiez que c’est moi. 20 En vérité, en vérité, je vous dis : Celui qui reçoit quelqu’un que h 20h litt. : qui que ce soit que. j’envoie, me reçoit ; et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé.
v. 12-17 · Godet · 18/10/2026
Jésus ne craignait rien tant pour son Eglise que les prétentions hiérarchiques. Les disciples savaient que leur Maître établissait un règne. Ce mot seul était propre à réveiller chez eux des idées de domination dans le sens terrestre ; c'est pourquoi il leur montre que, dans ce règne, le moyen de monter, c'est de descendre, et le chemin de la première place, c'est de se mettre sans hésiter à la dernière. - Au v. 13, vous m'appelez signifie proprement : Vous me désignez ainsi quand vous m'adressez la parole : toi, le Maître . De là les deux substantifs au nominatif. Le titre de Maître se rapporte à l'enseignement ; celui de Seigneur , à la domination sur la vie entière. […]
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? en avez-vous saisi la signification profonde ?
C'est par cette question que Jésus introduit l'instruction qu'il veut donner à ses disciples. Ceux-ci l'appelaient ordinairement Rabbi, Maître , celui qui enseigne, et Jésus réclamait ce titre pour lui seul, dans son acception la plus élevée. (Matthieu 23.8)
Ils l'appelaient encore le Seigneur , nom qui devait prendre pour eux un sens de plus en plus religieux, car c'est par ce vocable que la version grecque des Septante traduit constamment le nom de Jéhovah. […]
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
Donc, vous, serviteurs et apôtres , vous ne devez pas vous refuser à des actes d'humilité et d'amour que votre Seigneur et Maître vient d'accomplir.
Jésus aimait cette comparaison qu'il emploie souvent ailleurs, dans des applications diverses. (Jean 15.20,Matthieu 10.24,25 ; Luc 6.40)
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
Entre savoir et, faire , il y a un abîme ; le premier à lui seul, rend coupable, le dernier rend heureux , car il donne au disciple un trait précieux de ressemblance avec le Maître : l'humilité et l'amour.
- On voit que Jésus en exhortant les disciples à imiter son exemple passe sous silence le sens particulier que la résistance de Pierre l'avait amené à donner à son action (versets 8-10, notes.)
La raison en est bien simple, c'est que, lui seul, au moyen de son sang et de son Esprit, peut purifier le pécheur de ses souillures. Nous ne pouvons avoir à cette œuvre qu'une part très indirecte pour d'autres en les amenant à Jésus. Dans ce sens, l'exemple nous concerne aussi.
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
Je ne dis point cela de vous tous , c'est-à-dire, que vous êtes heureux, (verset 17) car il en est un au milieu de vous qui ne le sera jamais. En effet, je sais très bien quels sont ceux que j'ai choisis , je les connais, je les pénètre jusqu'au fond. Ce n'est donc point par erreur que j'ai choisi Judas, mais afin d'accomplir le dessein de Dieu, prédit dans les Ecritures. (Voir la note suivante et comparez Jean 6.64,70, note.)
- Plusieurs interprètes ont entendu ce choix dans le sens de l'élection pour le salut. Mais le contexte et les deux passages que nous venons de citer ne sont pas favorables à cette opinion.
Grec : mais (il en est ainsi) afin que l'Ecriture soit accomplie . […]
v. 18-19 · Godet · 18/10/2026
L'idée du bonheur des disciples qui marchent dans la voie de l'humilité évoque dans le cœur de Jésus le sentiment d'un contraste : il y a là un être qui, indomptable dans son orgueil, se prive de ce bonheur et attire sur lui le contraire de la μακαριότης (v. 17). - Ἐξελεξάμην, j'ai choisis , est rapporté par Reuss à l'élection pour le salut ; dans ce sens ce terme ne s'appliquerait pas à Judas. Ce serait une nouvelle preuve du prédestinatianisme de Jean. Mais rien ne ressort plus au contraire dans tous ces récits que la responsabilité et la culpabilité humaine. […]
v. 19 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : que, je suis .
Que je suis tout ce que je vous ai révélé sur ma personne, le Messie, le Fils de Dieu, le Sauveur. (Voir sur cette expression Jean 8.24,28,58 notes.)
- Jésus tient à avertir ses disciples de la trahison de Judas, (versets 11,21) craignant que leur foi en lui ne fût ébranlée s'il ne la leur avait pas prédite et s'il leur paraissait, à la fois, la dupe et la victime de ce crime horrible.
v. 20 · Bible annotée · 18/10/2026
Voir, sur ces paroles, Matthieu 10.40, note.
Ici, on ne voit pas au premier abord comment elles s'adaptent à l'ensemble du discours.
Quelques exégètes sont allés jusqu'à penser qu'elles n'étaient qu'une reproduction déplacée du passage de Matthieu. Parmi ceux qui rejettent avec raison cette supposition, les uns MM. Weiss et Godet rattachent cette solennelle déclaration (en vérité, en vérité ) au verset 16 et alors elle signifierait : Si le serviteur, l'envoyé ne doit pas vouloir être plus que le Maître et le Seigneur, celui-ci, de son côté, veut l'élever jusqu'à sa hauteur l'égaler à lui, comme lui est égalé au Père qui l'a envoyé . […]
v. 20 · Godet · 18/10/2026
La relation entre cette parole et les précédentes est si peu claire que Kuinoel et Lücke ont proposé d'envisager ce verset comme une glose tirée de Matthieu 10.40. Meyer, Hengstenberg pensent qu'en face de la trahison de Judas, Jésus voulait encourager ses apôtres en leur rappelant la grandeur de leur mission, Bæumlein dit : « Un fragment d'un plus grand tout, auquel appartenait peut-être l'institution de la sainte Cène. » Luthardt et Keil mettent cette parole en rapport avec l'ablution des pieds : les disciples doivent apprendre de Jésus à rendre le même service à ceux qu'il leur enverra. […]
21 Ayant dit ces choses, Jésus fut troublé dans [son] esprit, et rendit témoignage et dit : En vérité, en vérité, je vous dis que l’un d’entre vous me livrera. 22 Les disciples se regardaient donc les uns les autres, étant en perplexité, [ne sachant] de qui il parlait. 23 Or l’un d’entre ses disciples, que Jésus aimait, était à table dans le sein de Jésus. 24 Simon Pierre donc lui fait signe de demander lequel était celui dont il parlaiti 24i pl. ont : et lui dit : Dis quel est celui dont il parle. . 25 Et lui, s’étant penché sur la poitrine de Jésus, lui dit : Seigneur, lequel est-ce ? 26 Jésus répond : C’est celui à qui moi je donnerai le morceau après l’avoir trempé. Et ayant trempé le morceau, il le donne à Judas Iscariote, [fils] de Simon. 27 Et après le morceau, alors Satan entra en lui. Jésus donc lui dit : Ce que tu fais, fais-le promptement. 28 Mais aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui avait dit cela ; 29 car quelques-uns pensaient que, puisque Judas avait la bourse, Jésus lui avait dit : Achète ce dont nous avons besoin pour la fête ; ou, qu’il donne quelque chose aux pauvres. 30 Ayant donc reçu le morceau, il sortit aussitôt ; or il était nuit.
v. 21 · Bible annotée · 18/10/2026
21 à 30
Jésus éloigne le traître.
Après avoir dit ces choses , c'est-à-dire après la sérieuse instruction que Jésus venait de donner à ses disciples, (versets 12-20) sa pensée se reporte avec douleur sur Judas, il en est troublé en son esprit .
Deux fois déjà, il a fait allusion au crime de ce malheureux (verset 11 et 18) ; maintenant le moment est venu d'en avertir directement les disciples ; il le fait avec la plus grande solennité.
C'est un témoignage qu'il rend en ces termes si graves : En vérité, en vérité , puis il révèle ce fait inouï : l'un de vous me livrera .
Cette révélation, nécessaire aux disciples, (verset 19) est aussi rapportée par les trois premiers évangiles, dans les mêmes termes. (Matthieu 26.21 ; Marc 14.18 ; Luc 22.21)
Preuve évidente que Jean raconte le même souper que les synoptiques. (Comparer verset 36 et suivants.)
v. 21-22 · Godet · 18/10/2026
L'émotion de Jésus ne provient d'aucune impression personnelle, comme la crainte de la mort, la douleur de l'affection froissée ou la pitié pour le traître ; il y aurait, comme 12.27, le terme ψυχή, âme . Le régime τῷ πνεύματι, en son esprit , montre que cette émotion a son siège dans une région plus élevée que celle de la sensibilité naturelle, même la plus noble. C'est, comme 11.33,38, un saisissement de nature religieuse, une espèce d'effroi qu'éprouve son cœur pur au contact de l'instrument de ce crime satanique et à l'approche de son invisible auteur. Sur cette différence entre ψυχή, l'âme , et πνεῦμα, l'esprit , voir à 12.27. […]
v. 22 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : étant en perplexité pour savoir duquel il parlait.
L'impression douloureuse que les disciples reçurent de cette révélation est exprimée avec beaucoup plus de force dans les premiers évangiles : "Ils furent fort attristés, et ils se mirent chacun d'eux à dire : Seigneur, est-ce moi ?" (Matthieu 26.22) C'est le trouble où ils étaient qui leur inspire cette question.
v. 23 · Bible annotée · 18/10/2026
Chez les Orientaux, on se mettait à table à demi couché sur le côté gauche et appuyé sur les coussins d'un divan.
Celui qui se trouvait à la droite de son voisin, était donc penché sur son sein . (Luc 7.38, note.)
- Jean, évitant de se nommer, se désigne par ces mots : celui que Jésus aimait . (Jean 19.26 ; 20.2 ; 21.7,20)
"Il lui paraît plus précieux d'être aimé du Sauveur, et de rester ignoré, que de devenir célèbre sous son propre nom." Gerlachap.
Jésus aimait tous ses disciples, (Jean 15.14) mais Jean était évidemment pour lui un ami particulier, auquel il dévoilait ses intimes pensées et qui les comprenait le mieux.
v. 23-24 · Godet · 18/10/2026
Chez les anciens, on était à table couché plutôt qu'assis, les convives ayant le bras gauche appuyé sur un coussin, de manière a soutenir la tête, le bras droit libre pour manger, et les pieds étendus en arrière. Chaque convive avait ainsi la tête rapprochée de la poitrine de son voisin de gauche : cette position était celle de Jean par rapport à Jésus, dans ce dernier repas. La tradition unanime de l'Eglise primitive désigne en effet Jean comme le disciple auquel s'applique le v. 23. Notre évangile lui-même ne permet pas d'en douter ; nous l'avons démontré dans l'Introduction (⇒ et suivantes). Cela ressort du ch. 21 (comparez v. 2 avec v. 7 et 20-23). […]
v. 24 · Bible annotée · 18/10/2026
Pierre , profondément affligé de ce qu'il vient d'entendre, toujours ardent dans ses impressions, ne peut garder le silence.
Il fait donc signe à Jean de demander à Jésus duquel d'entre eux il parlait .
- Une variante de B, C, Itala porte : "Pierre lui fait signe lui dit : Dis quel est celui dont il parle." Mais cela supposerait que Jean le savait, et d'ailleurs, puisque Pierre devait lui faire signe , cela prouve qu'il était trop éloigné de lui pour lui parler .
Le texte reçu, A, D, majusc, est donc préférable.
v. 25-27 · Godet · 18/10/2026
La leçon reçue ἐπιπεσών (qui se trouve dans le Sinaït., l'Alexandr. etc.), s'étant penché , proprement jeté , indique un mouvement brusque, conforme à la vivacité du sentiment qui le produit. Elle convient parfaitement, pourvu qu'on n'ajoute pas οὕτως, ainsi , comme le font Tischendorf, Meyer, ce qui est absolument dénué de sens. Le οὕτως ne peut se soutenir qu'avec la leçon ἀναπεσών : « assis à table comme il l'était ; ce serait une allusion au v. 23 : dans le sein de Jésus ; ainsi Bæumlein. Mais la leçon ἀναπεσών a pu aisément provenir de 21.20 et l'adverbe ὅυτως avoir été ajouté pour compléter ce participe, qui seul n'aurait été qu'une répétition du v. 23. […]
v. 26 · Bible annotée · 18/10/2026
Deux variantes sont à noter dans les versets 25,26 :
1° Sin., D, majuscules portent : Celui-ci donc s'étant penché .
Le texte que nous avons adopté avec Westcott et Hort, Nestle, Weiss, est celui de B, C.
2° Ces deux derniers manuscrits ont la leçon admise au verset 26 ; les autres portent : à qui je donnerai le morceau l'ayant trempé .
Dans le repas de la Pâque, le père de famille donnait aux convives des morceaux de pain trempés dans un brouet de fruits cuits. (Matthieu 26.23, note) En donnant ainsi le morceau à Judas, Jésus le désignait à Jean ; mais en même temps, il adressait un suprême appel à la conscience du traitée. […]
v. 27 · Bible annotée · 18/10/2026
Alors , ce mot, effacé par la plupart de nos versions, (Sin., D l'omettent) marque, nous l'avons dit, le moment fatal.
Mais il ne faudrait pas voir dans le fait exprimé par ces mots : Satan entra en lui , une action magique du morceau de pain. Jean ne dit pas : avec le morceau, mais : après le morceau.
La prise de possession du cœur de Judas par Satan s'explique, au contraire, d'une manière toute psychologique. Judas, en cédant à ses passions, à l'avarice, (Jean 12.6) avait ouvert son cœur à l'influence du démon ; puis, se voyant déçu dans son ambition, irrité de ne pas trouver en suivant Jésus ce qu'il avait espéré, il n'éprouva plus pour lui qu'une sorte de répulsion et de haine. […]
v. 28 · Bible annotée · 18/10/2026
Aucun . M. Godet pense que Jean s'excepte tacitement lui-même.
M. Weiss n'est pas de cet avis. Il estime que Jean, aussi bien que les autres, ne dut pas comprendre la portée de l'ordre de Jésus, parce qu'il ne pouvait se douter que la trahison de Judas fut si proche, et que Jésus lui-même l'invitait à la consommer.
v. 28-30 · Godet · 18/10/2026
La parole de Jésus à Judas (verset 27b) n'est point une permission (Grotius) : c'est un ordre. Mais, dit-on, Jésus aurait donc poussé Judas dans l'abîme, en lui parlant de la sorte. Jésus n'avait plus rien à ménager, puisque, dès ce moment décisif, il n'y avait pas de retour possible pour Judas. La soirée était déjà avancée (v. 30), et Jésus avait besoin du peu de temps qui lui restait pour achever son œuvre auprès des siens. Judas s'imaginait dans son orgueil tenir la personne de son Maître entre ses mains. Jésus lui fait sentir qu'il n'est, ainsi que le nouveau maître auquel il obéit, qu'un instrument. […]
v. 29 · Bible annotée · 18/10/2026
Jean donne cette double supposition de quelques-uns des disciples comme une preuve qu'ils n'avaient pas compris.
- C'est ici le second passage de notre évangile (comparez verset 1, note) d'où l'on tire un indice que ce repas ne pouvait avoir lieu le soir du 14 Nisan, selon la chronologie des synoptiques ; car comment acheter ce qu'il fallait pour la fête , puisque la fête était commencée par son acte le plus important, et que, dès lors, des achats ne devaient plus être permis ?
Les défenseurs de la date fournie par les synoptiques répondent qu'il s'agissait de provisions pour toute la durée de la fête. […]
v. 30 · Bible annotée · 18/10/2026
D'après Matthieu 26.21 et Marc 14.18, l'entretien touchant Judas, pendant lequel Jésus lui donna le morceau trempé, eut lieu avant l'institution de la cène, et comme ici on voit que ce disciple sortit aussitôt qu'il eut pris le morceau, il est clair qu'il ne participa pas à la cène qui, du reste, ne fut célébrée qu'après le repas de la Pâque.
Luc seul rapporte ces événements de manière à autoriser une conclusion différente, mais il est probable qu'il ne suit pas l'ordre chronologique. (Comparer Luc 22.21, note.)
Il était nuit ! Non seulement dans la nature, mais plus encore dans l'âme de Judas. On sent aussi dans cette remarque du témoin oculaire, que Jean avait conservé de ce moment une impression ineffaçable.
"Sa narration, comme l'observe M. Godet,est toute parsemée de pareils traits, qui ne s'expliquent que par la vivacité du souvenir personnel." (Jean 1.40 ; 6.59 ; 8.20 ; 10.23)
31 Lors donc qu’il fut sorti, Jésus dit : Maintenant le fils de l’homme est glorifié j 31j litt. : a été glorifié., et Dieu est glorifié k 31k litt. : a été glorifié. en lui. 32 Si Dieu est glorifié l 32l ici encore litt. : a été glorifié. en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même ; et aussitôt il le glorifiera. 33 Enfants, je suis encore pour un peu de temps avec vous : vous me chercherez ; et, comme j’ai dit aux Juifs : Là où moi je vais, vous, vous ne pouvez venir, je vous le dis aussi maintenant à vous. 34 Je vous donne un commandement nouveau, que vous vous aimiez l’un l’autre ; comme je vous ai aimés, que vous aussi vous vous aimiez l’un l’autre. 35 À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous. 36 Simon Pierre lui dit : Seigneur, où vas-tu ? Jésus lui répondit : Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant, mais tu me suivras plus tard. 37 Pierre lui dit : Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? Je laisserai ma vie pour toi. 38 Jésus répond : Tu laisseras ta vie pour moi ! En vérité, en vérité, je te dis : Le coq ne chantera point, que tu ne m’aies renié trois fois.
v. 31 · Bible annotée · 18/10/2026
Entretiens de Jésus avec ses disciples. 31 à 38
La séparation prochaine. L'amour fraternel, consolation des disciples.
v. 31-32 · Godet · 18/10/2026
Ces deux versets sont comme un cri de soulagement qui s'échappe du cœur de Jésus à la vue du traître qui s'éloigne. Plusieurs documents retranchent οὖν, donc , ce qui permettrait de lier, avec beaucoup de commentateurs, les mots ὅτε ἐξῆλθεν à la proposition précédente : « Il était nuit quand il sortit. » Mais cet appendice oiseux affaiblirait la gravité solennelle de cette courte proposition : « Or il était nuit. » Et le verbe λέγει, il dit , viendrait aussi trop brusquement. Il faut donc lire ὅτε οὖν : *Quand donc il fut sorti, Jésus dit. […]
v. 32 · Bible annotée · 18/10/2026
Maintenant ! Le départ du traître, sorti pour accomplir son œuvre de ténèbres, cause à Jésus un immense soulagement.
Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié .
Ce verbe au passé embrasse toute la vie écoulée du Sauveur jusqu'à ce moment, cette vie de renoncement, de souffrances, d'obéissance, de dévouement efficace, d'activité puissante, par laquelle le Fils de l'homme a été glorifié dans le cœur de ceux qui l'ont reconnu comme l'envoyé de Dieu. (Jean 11.4 ; 12.28, 2e note.) […]
v. 33 · Bible annotée · 18/10/2026
De ces hauteurs de sa gloire, Jésus revient à ses pauvres disciples qu'il va quitter bientôt : je suis peu de temps encore avec vous , et sympathisant à leur tristesse, c'est avec une effusion de tendresse qu'il leur parle : petits enfants ! (C'est le seul passage de nos évangiles où Jésus emploie ce terme.)
Il sent le vide immense et douloureux qu'il va laisser dans leur cœur et dans leur vie : Vous me chercherez , avec un ardent désir de retrouver nos relations actuelles. (Jean 20.15. Comparer Luc 17.22) […]
v. 33-35 · Godet · 18/10/2026
Le terme de tendresse τεκνία, mes petits enfants , ne se trouve nulle part ailleurs dans nos évangiles ; c'est ce bientôt du v. 32 impliquant la séparation prochaine qui le lui inspire. Les disciples lui apparaissent comme des enfants qu'il va laisser orphelins sur la terre. Quel vide dans leur vie que celui qui résultera de la disparition de Jésus ! Il ressent lui-même dans toute sa vivacité ce qu'ils éprouveront : « Vous me chercherez ; vous voudrez me rejoindre. […]
v. 34 · Bible annotée · 18/10/2026
Dans cette tristesse de la séparation, Jésus fait à ses disciples, comme première compensation de son absence, un don infiniment précieux : l'amour fraternel .
Il est vrai qu'il s'agit d'un commandement ; mais c'est un commandement qu'il se charge lui-même d'accomplir dans leur cœur et dans leur vie. C'est même en cela qu'il est nouveau .
Ce mot a singulièrement occupé les exégètes. […]
v. 35 · Bible annotée · 18/10/2026
L'amour, un amour semblable à celui de Jésus, est la seule preuve que l'homme est sous une influence divine, qui triomphe de tous les penchants égoïstes de son cœur.
La connaissance peut être acquise par des pécheurs endurcis, la foi s'allie souvent à une vie asservie aux passions, les œuvres sont accomplies par divers motifs ; l'amour seul, unissant les enfants de Dieu les uns aux autres, comme il les unit à leur Sauveur et, par lui, au Père céleste, est une marque certaine de leur participation à la nature divine.
A ceci , dit Jésus, tous connaîtront ; et plus loin il voit dans cette unité des siens un moyen d'amener le monde à la foi. (Jean 17.21)
v. 36 · Bible annotée · 18/10/2026
Pierre a compris que le Maître va les quitter pour être glorifié ; (versets 32,33) il a même compris vaguement que le chemin qui le conduira a la gloire, c'est la mort. (verset 37)
Mais, comme cette pensée, qui le remplit de tristesse, est encore enveloppée d'obscurité, dans la vivacité de ses impressions il l'interrompt par cette question : Où vastu ? bientôt suivie d'une autre : Pourquoi ne puis-je pas te suivre ?
Il y a encore beaucoup d'ignorance, mais il y a aussi le plus vif amour pour son Maître dans ces questions. Elles sont inspirées par les mêmes sentiments qui le portaient à résister à Jésus quand celui-ci voulait lui laver les pieds. (versets 6-9) […]
v. 36-38 · Godet · 18/10/2026
Ce qui a surtout frappé Pierre, dans les paroles précédentes, c'est la pensée du v. 33 : « Vous ne pouvez venir où je vais. » Jésus va à la gloire ; Pierre n'en doute pas (v. 32) : pourquoi donc, après avoir marché avec lui sur les eaux et avoir gravi avec lui la montagne de la transfiguration, ne pourrait-il le suivre dans sa gloire, pour revenir bientôt avec lui sur la terre quand il établira son règne ? Pierre avait dit uniquement : Où vas-tu mais évidemment comme un enfant qui, en demandant à son père : Où vas-tu ? veut dire : Ne puis je pas aller avec toi ? Jésus a compris l'intention de sa question et y répond en disant : Tu ne peux pas . […]
v. 37 · Bible annotée · 18/10/2026
Pierre est parfaitement sincère en parlant ainsi. Et pourtant, quel douloureux contraste entre cette déclaration si pleine d'assurance et la réponse de Jésus ! (verset 38)
v. 38 · Bible annotée · 18/10/2026
Cet avertissement précis n'empêcha point la chute du présomptueux disciple.
Il paraît pourtant avoir fait impression sur lui, car, dès ce moment et jusqu'à la fin de ces entretiens, il ne reprend plus la parole.
Voir, sur ce dialogue avec Pierre, Matthieu 26.33-35 ; Marc 14.29-31 ; Luc 22.31-34, notes.
Après cette interruption, Jésus reprend son discours destiné à consoler ses disciples et à les préparer à la communion spirituelle avec lui. (Jean 14.1 et suivants)