Jésus ne craignait rien tant pour son Eglise que les prétentions hiérarchiques. Les disciples savaient que leur Maître établissait un règne. Ce mot seul était propre à réveiller chez eux des idées de domination dans le sens terrestre ; c'est pourquoi il leur montre que, dans ce règne, le moyen de monter, c'est de descendre, et le chemin de la première place, c'est de se mettre sans hésiter à la dernière. - Au v. 13, vous m'appelez signifie proprement : Vous me désignez ainsi quand vous m'adressez la parole : toi, le Maître. De là les deux substantifs au nominatif. Le titre de Maître se rapporte à l'enseignement ; celui de Seigneur, à la domination sur la vie entière. C'est la reproduction des titres rabbi et mar que les élèves juifs donnent à leurs maîtres. Le titre le plus élevé, celui de Seigneur, est placé le second, conformément à la gradation naturelle. Le T. R. s'accorde ici avec les alex. - C'est de ces mots : Car je le suis, que Jean a proprement tiré le εἰδως, sachant, du v. 3. - Depuis le quatrième siècle, l'Eglise a trouvé, dans les v. 14 et 15, l'institution d'un rite ; et l'on sait ce que cette cérémonie est devenue, là où elle est encore matériellement pratiquée[1]. Mais ni le terme ὑπόδειγμα, exemple, ni le pluriel ces choses (v. 217) ne conviennent à l'idée d'une institution ; et, au v. 15, Jésus aurait dû dire ὅ, ce que, au lieu de καθώς, comme. S'abaisser pour servir, et servir pour sauver : voilà l'essence morale de cet acte, son élément permanent. La forme était accidentelle et, comme nous l'avons empruntée à la situation donnée, par conséquent passagère. L'ablution des pieds dont il est parlé 1 Timothée 5.10 est un devoir d'hospitalité et n'est qu'en relation morale avec la prescription des v. 14 et 15. - Le sens de la sentence du v. 16, qui se trouve aussi dans les synoptiques, mais diversement appliquée (Luc 6.40 ; Matthieu 24.25 ; comparez Jean 15.20), est ici, comme Matthieu ch.10, que le subordonné ne peut trouver indigne de lui ce que son supérieur a consenti à faire. - Mais le Seigneur sait qu'il est plus facile d'approuver et d'admirer l'humilité que de la pratiquer ; c'est pourquoi il ajoute la parole du v. 17. Εἰ, si, « si vraiment : » comme cela est réellement ; c'est la supposition générale : ἐάν, au cas où ; c'est la condition plus particulière. - Le bonheur dont parle Jésus n'est pas seulement celui de connaître le devoir de l'abaissement volontaire (Westcott), ni la douceur intime dont jouit le disciple en l'accomplissant (Weiss) ; c'est une supériorité réelle de position devant Dieu dès maintenant et dans l'économie future. On est d'autant plus grand aux yeux de Jésus et d'autant plus rapproché de lui que l'on consent à s'abaisser davantage, comme lui, pour servir ses frères (Matthieu 18.4).
Notes
[1] Voir dans Westcott l'histoire sommaire de ce rite, déclare obligatoire dans un concile tenu à Tolède (694), célébré dans les églises d'Espagne et de Gaule, accompli le Jeudi saint par le pape comme représentant du Christ, reçu aussi dans l'Eglise grecque, ou il s'est maintenu dans les couvents, combattu par les réformateurs ; admis en Angleterre depuis Wolsey (1530) jusqu'au règne de Jacques II même par les Mennonites en Hollande et par l'église Morave ou il tombé en désuétude.