Le v. 3 nous a d'avance initiés au sens de cet acte. Au besoin, cela pourrait suffire pour le motiver. Aussi Ewald et Meyer n'y cherchent-ils aucun motif extérieur. Cependant, Jésus n'agit pas, en général, par une simple impulsion du dedans : il obéit à une occasion donnée dans laquelle il discerne le signal du Père. Saint Luc nous raconte, 22.24-27, que dans ce repas une dispute survint entre les disciples sur la question de savoir à qui appartenait entre eux le premier rang. Sur quoi Jésus leur dit : « Le premier parmi vous doit prendre la place du dernier. » Puis, se donnant en exemple : « Qui est le plus grand, celui qui est assis à table ou celui qui sert ? Eh bien ! me voici au milieu de vous comme celui qui sert ! » Cette réponse de Jésus pourrait s'appliquer à sa manière d'être en général au milieu des siens ; et c'est peut-être ainsi que l'a comprise Luc, à qui cette parole du Seigneur avait été transmise détachée du récit qui nous occupe. Mais pour nous, connaissant l'acte que Jésus avait accompli dans ce même repas, il nous est impossible de ne pas le rapprocher de cette parole et de ne pas nous expliquer celle-ci par celui-là. L'ablution des pieds fut sans doute motivée par cette dispute dont parle Luc. Jésus aura voulu extirper du cœur de ses apôtres ce dernier reste du vieux levain d'orgueil et d'ambition messianique qui infectait encore leur foi et qui se manifestait d'une manière si choquante dans la discussion dont Luc a conservé le souvenir. - Mais pourquoi donner cette forme à la leçon qu'il voulait laisser aux siens en cette occasion suprême ? Luc place la dispute tout à la fin du souper, et l'on pourrait admettre, à la rigueur, que, peiné dès le commencement du repas de ce qu'aucun d'eux ne s'était offert à remplir cet humble office et de ce que, par conséquent, l'ablution des pieds n'eût pas eu lieu. Jésus avait gardé d'abord pour lui son impression, mais que plus tard, une occasion de l'exprimer se présentant, il l'avait saisie, précisément comme dans le cas de Luc 7.44. L'ablution aurait ainsi eu lieu, comme simple exemple vers la fin du souper. Cependant la place naturelle d'une pareille cérémonie est au commencement du repas, et l'on peut bien admettre que Luc a placé dans le récit de ce repas, comme détail supplémentaire, un fait, qu'il savait y appartenir, mais dont il ignorait le moment précis. En effet il dit simplement : « Il y eut aussi une dispute. » Jésus était déjà assis à table (v. 4) : les apôtres prirent leurs places (v. 6 et 12). Ce fut peut-être à cette occasion que la dispute éclata chacun prétendant avoir des droits à être assis plus près du Seigneur. En ce moment Jésus se leva et leur fit comprendre en se chargeant de l'humble office que chacun d'eux aurait spontanément dû s'empresser de remplir, quel est réellement le plus grand dans son royaume. Il ne s'agit point ici d'une leçon de bonté, de condescendance, de serviabilité mutuelle. Comparez v. 13-15 et surtout le v. 10 qui, à ce point de vue, n'est plus compréhensible. Jésus veut leur apprendre que la condition pour entrer et pour avancer, dans un royaume tel que le sien, c'est, à l'inverse de ce qui se passe sur la terre, de savoir s'abaisser, s'effacer soi-même ; et que, plus chacun devancera l'autre dans cet art divin, plus il se rapprochera de lui, en esprit d'abord, puis en gloire.
Chaque trait du tableau suivant trahit le souvenir du témoin oculaire ; Jean décrit cette scène comme la contemplant en ce moment même. - Jésus prend le costume d'esclave. Ses vêtements : ici, la robe de dessus ; Jésus ne garde que la tunique, le vêtement des esclaves. Il se ceint du linge, parce qu'il doit porter le bassin avec les deux mains. Νιπτῆρα, avec l'article : le bassin, celui qui se trouvait là dans ce but et qui appartenait à l'ameublement de la salle. Nihil ministerii omittit, dit Grotius.