Ces deux versets sont comme un cri de soulagement qui s'échappe du cœur de Jésus à la vue du traître qui s'éloigne. Plusieurs documents retranchent οὖν, donc, ce qui permettrait de lier, avec beaucoup de commentateurs, les mots ὅτε ἐξῆλθεν à la proposition précédente : « Il était nuit quand il sortit. » Mais cet appendice oiseux affaiblirait la gravité solennelle de cette courte proposition : « Or il était nuit. » Et le verbe λέγει, il dit, viendrait aussi trop brusquement. Il faut donc lire ὅτε οὖν : Quand donc il fut sorti, Jésus dit. - Le νῦν, maintenant, qui commence les paroles suivantes, les met tout naturellement en rapport avec le fait qui vient d'avoir lieu, le départ de Judas. Hengstenberg, Weiss, Keil ne croient pas à une telle relation. Ce maintenant, selon eux, se rapporte à la fin imminente de son activité terrestre, dont Jésus contemple avec joie le résultat. C'est me paraît-il, méconnaître la liaison d'idée que Jean lui-même a voulu faire ressortir en disant : « Quand il fut sorti, il dit. » - Le passé ἐδοξάσθη, a été glorifié, résume toute la vie de Jésus jusqu'à cette scène qui vient d'avoir lieu et qui, a certains égards, en est le couronnement. La vaine gloire humaine, qu'il avait toujours repoussée, vient d'être expressément déclarée exclue de son œuvre et de celle de ses apôtres. Le lavement des pieds l'a condamnée ; elle vient de sortir avec Judas qui en était le représentant opiniâtre au milieu des disciples. La vraie gloire, celle qui vient de Dieu, celle qui consiste dans l'humilité et dans la charité, a été réalisée jusqu'au bout en la personne de Jésus ; elle vient de remporter son triomphe sur la fausse. Plusieurs interprètes ont rapporté ce terme a été glorifié à la gloire future de Jésus, soit dans sa mort (Meyer), soit dans son élévation à la droite de Dieu (Luthardt, Gess). Mais, au v. 32, Jésus oppose à ce verbe au passé le futur δοξάσει, glorifiera, pour désigner sa glorification à venir. Comparez aussi 17.10, où il se déclare déjà maintenant glorifié (δεδόξασμαι) dans le cœur des apôtres.
On comprend par là pourquoi il se désigne comme le Fils de l'homme. C'est en effet par l'abaissement avec lequel il s'est mis au rang de ses frères et s'est fait leur serviteur, qu'il a obtenu cette gloire. - Une gloire qui consiste dans l'humilité même ne constitue point, comme la gloire humaine, celui qui la possède ravisseur de celle de Dieu. C'est pourquoi il en peut parler sans scrupule comme il le fait ici : son essence est de rendre toute gloire à Dieu, comme il l'ajoute immédiatement : « Et Dieu a été glorifié en lui. » Dans cette gloire de Jésus a brillé celle de Dieu même. La perfection du caractère paternel de Dieu s'est montrée pleinement dans la personne et dans l'œuvre du Fils de l'homme, v. 32. Mais Dieu ne peut abandonner celui qui s'est fait l'instrument de sa gloire. « Il honore celui qui le sert » (12.26). - Les premiers mots du v. 32 : Si Dieu a été glorifié en lui, sont retranchés par les alex. Mais Tischendorf lui-même condamne cette omission. Weiss également : « On ne saurait
écarter le soupçon que l'omission de ces mots dans les plus anciens Codd. ne soit le résultat de la confusion des deux ἐν αὐτῷ. » Westcott et Hort tiennent bon malgré tout ! Les exemples d'omissions semblables dans le texte alex. sont cependant nombreux, surtout dans le Sinaïticus. - La proposition : Si Dieu a été glorifié en lui, explique parfaitement la transition du passé a été glorifié au futur glorifiera, v. 32. Instrument de la gloire de Dieu sur la terre, Jésus sera glorifié par Dieu dans les cieux. Dieu pourrait-il rester en arrière de ce qu'a fait pour lui le Fils de l'homme ? Cette corrélation est exprimée par le mot καί, aussi, qui est placé par cette raison en tête de la proposition : comparez 17.4-5. Qu'on lise ἐν αὐτῷ avec ℵ B, etc., ou ἐν ἑαυτῷ avec T. R. et tous les Mjj. sauf quatre, le sens est toujours : en Dieu. Les deux régimes : en lui (Jésus), et : en lui ou en lui-même (Dieu), se répondent. Lorsque Dieu a été glorifié dans un être, il l'attire sur son sein et l'enveloppe dans sa gloire. C'est ainsi qu'à la clarté de son passé s'illumine aux yeux de Jésus son avenir. Et cet avenir est prochain. La sortie de Judas vient de lui en révéler l'imminence en lui annonçant celle de sa mort. Bientôt, dit Jésus, faisant allusion à son élévation par la résurrection et l'ascension. Le second καί est explicatif : « et cela bientôt. » - Après avoir ainsi, sous l'influence de ce qui vient de se passer, donné essor à ses impressions personnelles, Jésus se tourne vers ses disciples et fait d'eux l'objet de toute sa préoccupation[1].
Notes
[1] Wahle pense qu'ici finissent les entretiens qui se rattachent au repas mentionné v. 1, lequel ne serait pas le même que celui raconté par les synoptiques. L'un aurait eu lieu le soir du 13, l'autre le soir du 14 nisan. A ce dernier se rapporteraient les entretiens qui suivent, v. 33 et ch. 16. Rien dans le texte de Jean ne trahit cette séparation entre 13.1-32 et ce qui suit. G. G.