Chez les anciens, on était à table couché plutôt qu'assis, les convives ayant le bras gauche appuyé sur un coussin, de manière a soutenir la tête, le bras droit libre pour manger, et les pieds étendus en arrière. Chaque convive avait ainsi la tête rapprochée de la poitrine de son voisin de gauche : cette position était celle de Jean par rapport à Jésus, dans ce dernier repas. La tradition unanime de l'Eglise primitive désigne en effet Jean comme le disciple auquel s'applique le v. 23. Notre évangile lui-même ne permet pas d'en douter ; nous l'avons démontré dans l'Introduction (⇒ et suivantes). Cela ressort du ch. 21 (comparez v. 2 avec v. 7 et 20-23). D'entre les sept disciples nommés au v. 2, Pierre, Thomas, Nathanaël sont naturellement exclus, puisque le disciple que Jésus aimait n'est nulle part désigné par son nom dans l'évangile, tandis que ces trois le sont plusieurs fois. Les deux derniers disciples non nommés ne paraissent point avoir appartenu au cercle des apôtres ; il ne reste donc que les deux fils de Zébédée, Jacques étant exclu par le fait de sa mort précoce (comparez ce qui est dit du disciple que Jésus aimait v. 22 : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? »), il ne reste que Jean. Le récit synoptique conduit au même résultat : le disciple que Jésus aimait devant être l'un des trois apôtres privilégiés, et Pierre et Jacques étant exclus par les raisons indiquées, Jean seul reste. S'il se désigne par cette périphrase, ce n'est pas certes par vanité, comme on l'a prétendu, - c'est précisément par humilité qu'il évite de prononcer son nom, - mais dans le sentiment de la condescendance infinie de celui qui avait daigné pendant son existence terrestre le traiter comme son ami. - La leçon du T. R., conforme à 14 Mjj., parmi lesquels l'Alexandr. et le Cantabr., et à la Peschitto, est très simple : « Simon Pierre lui fait signe de demander quel est celui dont il parle. » Mais les alex., le Vaticanus, le C. d'Ephrem, etc., et l'Itala lisent : « Simon Pierre lui fait signe et lui dit : Dis quel est celui dont il parle. » Le Sinaïticus réunit les deux leçons et les juxtapose, ce qui prouve en tout cas la haute antiquité de toutes deux. On allègue contre la première sa grande clarté et simplicité ; ce ne peut être une raison de la rejeter que si la seconde présente un sens réellement admissible ; autrement celle-ci devra être envisagée comme le résultat d'une erreur accidentelle ou d'une correction fautive. On a essayé de lui donner deux sens. Ewald : Il lui fait signe et dit : « Dis (à Jésus) : Quel est celui dont il parle. » Mais il faudrait ou : dont tu parles, ou : demande-lui, au lieu de dis. La plupart (Weiss, Keil, Luthardt) pensent que Pierre, supposant que Jean sait déjà par Jésus quel est le traître, veut simplement dire à Jean : « Dis-moi quel est celui dont il (Jésus) parle. » Mais le : il fait signe, suppose que Pierre et Jean n'étaient pas assis l'un près de l'autre, tandis que le : il lui dit, implique le contraire. Pour résoudre cette contradiction, il faut expliquer ces derniers mots dans ce sens : « il lui dit par signe » (νεύων λέγει). Cet emploi de λέγειν est-il naturel ? Mais surtout comment Pierre eût-il pu supposer si positivement et faussement (v. 25) que Jean connaissait déjà ce secret ? Je persiste donc à croire que dans ce cas, comme dans tant d'autres, c'est une erreur de se lier au texte alexandrin. La leçon de ce texte me paraît résulter d'une glose, soit ajoutée (Sinaït.), soit substituée (Vatican.) au texte primitif, qui a été conservé dans les autres documents. - Il ressort du v. 24 que Pierre n'était pas assis à côté de Jésus ; autrement il aurait pu lui faire lui-même la question.