L'idée du bonheur des disciples qui marchent dans la voie de l'humilité évoque dans le cœur de Jésus le sentiment d'un contraste : il y a là un être qui, indomptable dans son orgueil, se prive de ce bonheur et attire sur lui le contraire de la μακαριότης (v. 17). - Ἐξελεξάμην, j'ai choisis, est rapporté par Reuss à l'élection pour le salut ; dans ce sens ce terme ne s'appliquerait pas à Judas. Ce serait une nouvelle preuve du prédestinatianisme de Jean. Mais rien ne ressort plus au contraire dans tous ces récits que la responsabilité et la culpabilité humaine. Me trompé-je en soupçonnant que la leçon τίνας (quels), portant sur la qualité dans les alex., a été substituée au οὕς (ceux que) du T. R sous l'empire de cette fausse interprétation ? L'élection dont parle Jésus se rapporte à celle des Douze, y compris Judas ; comparez 6.70. Et connaître signifie discerner, non approuver, aimer. Ces mots : Je connais, servent à justifier la déclaration précédente : Je ne dis pas cela de vous tous. Si le car de 4 Mjj. est une glose, c'est une glose juste. - On pourrait faire dépendre le afin que du verbe suivant a levé : « Afin que l'Ecriture soit accomplie, celui qui mange a levé… » Jésus ferait ainsi rentrer la citation scripturaire dans son propre discours. Mais il est plus naturel d'admettre une ellipse, en expliquant, avec Meyer : « Je l'ai néanmoins choisi, afin que…, » ou bien, ce qui paraît plus simple, en suppléant : « Cela est arrivé, afin que… » Comparez 19.36 ; 1 Jean 2.19 ; Matthieu 26.56. Cette dernière ellipse reporte plus expressément la responsabilité de l'élection de Judas sur Dieu, à qui Jésus a obéi ; voir à 6.64. - Le Psaume 41, au v. 10 duquel est empruntée la parole citée, n'est qu'indirectement messianique ; son sujet immédiat est le juste affligé ; mais cette idée n'est parfaitement réalisée que dans le Messie souffrant. Parmi les afflictions dont le juste est frappé, le psalmiste (David, d'après le titre ; selon Hitzig, Jérémie) met en première ligne la trahison d'un ami intime. Dans la bouche de David, ce trait se rapporte à Achitophel. « Ce dernier coup, veut dire Jésus, ne pouvait manquer de m'atteindre aussi, moi en qui se réunissent toutes les épreuves du juste souffrant. » C'est là, dans ce contexte, le sens de la formule : afin que fût accomplie. Weiss prétend que Jean veut mettre cette parole du psaume dans la bouche du Messie lui-même. Pas un mot dans le texte de Jean ne justifie cette assertion. Il suffit de comparer 18.9 à 17.12 pour voir combien il est contraire à la pensée de l'évangéliste de presser ainsi le sens du : afin que fût accompli. Au lieu du singulier ἄρτον, le pain, conforme à l'hébreu, les LXX ont le pluriel ἄρτους, et, pour tout le reste du passage, la traduction de Jean est également indépendante de celle des LXX[1]. Lever le talon, pour ruer, est l'emblème de la haine brutale, et non, comme quelques-uns l'ont pensé, de la ruse. Cette expression s'applique bien à la position actuelle de Judas qui déjà a préparé sa trahison et qui est sur le point de l'exécuter. On peut hésiter entre le parfait ἐπῆρκεν et l'aoriste ἐπῆρεν. Il est difficile aussi de se décider entre les deux leçons ἐμοῦ, de moi, et μετ’ ἐμοῦ, avec moi : la première peut avoir été tirée des LXX ; la seconde, des parallèles Marc 14.18 ; Luc 22.21 (Weiss). Ainsi prévue et prédite par Jésus, cette trahison qui, autrement, eût pu scandaliser ses disciples, se transformera plus tard en un appui pour leur foi. C'est là ce que veut faire ressortir Jésus au v. 19, et non pas, comme le pense Weiss, relever la preuve de sa messianité qui résultera de l'accomplissement de la prophétie ; comparez les mots : avant que cela arrive, qui, dans ce cas, perdraient leur portée. Le ἀπ’ ἄρτι, est opposé, non aux déclarations analogues qui suivront encore sur Judas (Weiss, Wahle), mais à la réalisation subséquente du fait prédit.
Notes
[1] Les LXX : ἐμεγάλυνε ἐπ’ ἐμὲ πτερνισμόν.