Nicodème ne nie point ; mais il se reconnaît étranger à toute expérience de l'action de l'Esprit. C'est au tour de Jésus de s'étonner. Il constate avec surprise une telle ignorance spirituelle chez celui qui représente en ce moment devant lui l'enseignement de l'ancienne alliance. On a trouvé de l'amertume dans cette réponse ; elle n'exprime, qu'un légitime étonnement. Des passages tels que Jérémie 31.31 ; Ezéchiel 36.26-28 ; Psaume 143.10-11, n'auraient-ils pas dû préparer Nicodème à comprendre la puissance du souffle divin ? Mais les pharisiens s'étaient attachés à l'éclat du royaume plutôt qu'à sa sainteté. - L'article, ὁ devant διδάσκαλος, « le docteur, » a été interprété dans ce sens : « le docteur connu, illustre » (Winer, Keil) L'ironie serait bien forte. Cet article désigne plutôt Nicodème comme le représentant du doctorat Israélite, comme la διδασκαλία officielle personnifiée. Comparez le ὁ ἐσθίων Marc 14.18.
Le verset 10 forme la transition à la seconde partie de l'entretien. Ce qui caractérise extérieurement cette partie, c'est le silence de Nicodème. Ainsi que l'observe Hengstenberg, il semble dire comme Job devant Jéhova : « Je suis trop petit ; que dois-je répondre ? J'ai parlé une fois ; mais je mets ma main sur ma bouche. » De son côté, Jésus le traite avec une bonté et une condescendance touchantes ; il l'a trouvé humble et docile, et il s'ouvre maintenant à lui sans réserve. Nicodème venait, comme nous l'avons vu, pour l'interroger sur sa mission messianique et sur le mode de l'établissement du règne divin depuis si longtemps attendu. Il ne se préoccupait nullement des conditions morales auxquelles il pourrait entrer lui-même dans cet état de choses. Juif fidèle, pieux pharisien, saint synédriste, il se croyait sauvé par le fait même. Jésus, en éducateur consommé, a commencé par lui rappeler ce qu'il oubliait, la question pratique. Il lui a appris ce qu'il ne demandait point, mais ce qu'il lui importait le plus de savoir. Et maintenant il lui révèle avec bonté tout ce qu'il désirait connaître : il lui déclare ce qu'il est (v. 11-13) : ce qu'il vient faire (v. 14-17), et ce qui résultera de sa venue pour l'humanité (v. 18-21).
La première partie de l'entretien se résumait ainsi : Que se passera-t-il ? Réponse : Rien, dans le sens ou tu l'entends. La seconde signifie : Et pourtant il se passe réellement quelque chose, et même ce qu'il y a de plus inouï : le révélateur suprême est là : la rédemption va s'accomplir ;
le jugement universel se prépare. Voilà les faits divins qui se déroulent aux yeux de Nicodème dans la seconde partie de l'entretien. La conduite de Jésus avec cet homme contraste donc manifestement avec ce qui avait été dit 2.24. Il se confie en lui ; car il a reconnu son entière droiture ; comparez v. 21.
L'enseignement positif ne commence proprement qu'au v. 13. Les v. 11 et 12 en sont le préambule.
Ce passage v. 11-13 renoue distinctement avec le v. 2 Nicodème avait parlé au nom de plusieurs : « Nous savons… » (v. 1) ; Jésus s'adresse à ces interlocuteurs absents ; « Vous ne recevez pas… Si je vous ai dit » (v. 11b et 12a). Nicodème avait appelé Jésus un docteur venu de Dieu (v. 1). Jésus lui montre qu'il a dit plus vrai qu'il ne pensait ; il se révèle à lui comme le Fils de l'homme descendu du ciel pour témoigner des choses du ciel (v. 13). Cette relation entre les v. 1 et 2 et les v. 11 à 13 prouve que tout le commencement de l'entretien, v. 3 à 10, a été provoqué occasionnellement et n'est en réalité qu'un épisode, et que maintenant seulement commencent, à proprement parler, les révélations que Nicodème était venu chercher.
Versets 11 à 13 : En opposition au doctorat de la lettre, dénué de toute intuition spirituelle, Jésus lui annonce l'avènement d'un enseignement qui reposera sur la connaissance immédiate de la vérité (v. 11). Pour que Nicodème puisse profiter de cet enseignement supérieur, Jésus l'invite à la foi (v. 12). Enfin il lui dévoile en sa personne le parfait révélateur (v. 13). - Weiss et Keil pensent que Jésus veut maintenant indiquer le chemin pour arriver à la régénération et, par conséquent, aussi pour la comprendre. Mais l'exposé du salut donné dans ce qui suit est beaucoup trop considérable pour pouvoir être motivé par un rapport aussi spécial à ce
qui précède.