La transition logique du v. 5 au v. 6 est cette idée sous-entendue : « Le royaume de Dieu ne peut qu'être de nature spirituelle comme Dieu lui-même. » Donc, pour y entrer, il faut être non chair, comme chaque homme l'est par sa première naissance, mais esprit, comme il le devient par la nouvelle naissance. - Le mot chair (voir ⇒ et suivantes), pris en lui-même, n'implique pas nécessairement la notion de péché. Et l'on pourrait certainement soutenir avec Weiss qu'il s'agit ici simplement de l'insuffisance de la naissance naturelle, même dans l'état d'innocence, pour rendre l'homme apte au royaume divin. Cependant il ne faut point oublier qu'il s'agit ici de l'humanité dans sa constitution actuelle, d'après laquelle le péché est attaché au fait de la naissance plus étroitement qu'à tout autre de la vie naturelle (Psaume 51.7)[1]. L'expression : la chair, me paraît donc désigner ici l'humanité dans son état présent où la chair domine l'esprit. Cet état se transmet de génération en génération, de telle sorte que, sans renouvellement, aucun homme ne peut sortir de ce cercle fatal. Et de là la nécessité de la régénération. Comment cette transmission de l'état charnel s'accorde-t-elle avec la culpabilité individuelle ? Les derniers mots de l'entretien jetteront du jour sur cette question difficile. - D'après cette parole on ne peut admettre que Jésus s'envisageât comme né de la même manière que les autres hommes (v. 7, vous). - Le substantif chair, en tant qu'attribut (est chair), a un sens bien plus énergique que ne serait celui de l'adjectif (charnel). L'état est en quelque sorte devenu nature. Il résulte de là qu'il ne suffit pas de nettoyer ou de parer extérieurement l'homme naturel ; une nature nouvelle doit être substituée à l'ancienne, au moyen d'une puissance régénératrice. - On pourrait voir encore dans la seconde proposition une preuve de la nécessité de la nouvelle naissance ; pour cela il faudrait lui donner le sens exclusif : « Il n'y a que ce qui est né de l'Esprit qui soit spirituel (et puisse jouir par conséquent du règne de l'Esprit). » Mais la proposition a plutôt un sens positif et affirmatif : « Ce qui est né de l'Esprit est réellement esprit et par conséquent ne peut manquer de jouir du règne de l'Esprit. » L'idée est donc celle de la réalité de la nouvelle naissance et par conséquent de sa pleine possibilité. C'est la réponse à la question : « Comment un homme peut-il ? » Que l'Esprit souffle, et l'homme spirituel est là ! - Le mot Esprit, comme sujet, désigne l'Esprit divin, et comme attribut, le nouvel homme. Ici encore, le substantif (esprit) est employé au lieu de l'adjectif (spirituel), afin de caractériser l'essence nouvelle. - Ce mot esprit comprend, dans le contexte, non seulement le nouveau principe de vie spirituelle, mais aussi l'âme et le corps soumis à l'Esprit. - Le neutre τὸ γεγεννημένον, ce qui est né, est substitué dans les deux propositions au masculin celui qui est né, afin de désigner la nature du produit, abstraction faite de l'individu ; ainsi ressort mieux la généralité de la loi. - Hilgenfeld trouve ici la distinction gnostique entre deux espèces d'hommes originairement opposées. Meyer répond bien : « Il y a distinction, non entre deux classes d'hommes mais entre deux phases différentes dans la vie du même individu. »
Jésus remarque que l'étonnement de Nicodème au lieu de diminuer, va croissant. Il pénètre la cause de ce fait : Nicodème n'a pas encore donné place dans sa conception des choses divines à l'action du Saint-Esprit ; voilà pourquoi il cherche toujours à se représenter la nouvelle naissance comme un fait sensible. Le reconnaissant toutefois pour un homme sérieux et sincère, il veut ôter de sa voie cette pierre d'achoppement. Ce n'est pas ici, lui dit-il un fait qu'on puisse se représenter ; on ne le comprend qu'autant qu'on l'éprouve.
Notes
[1] L'opposition que Weiss établit, quant à l'emploi du mot chair, entre Paul et Jean, comme si la notion de péché était attachée plus étroitement à ce terme chez le premier que chez le second, n'est que relativement fondée. Voici à quoi revient la différence : chez Paul sur 88 fois qu'est employé le mot chair, il y en a 32 où ce terme à un sens moralement indifférent ; chez Jean (évangile et épître), il y a, outre le passage actuel, qu'un cas sur 15 (1 Jean 2.16), où la notion de péché paraît être attachée au mot chair.