Par l'expression : vous naissiez, Jésus s'exempte lui-même de cette condition générale. Il a dû croître spirituellement sans doute (Luc 2.40,52) ; mais il n'a pas eu besoin de renaître. Le don du Saint-Esprit à son baptême n'a pas été une régénération, mais le couronnement d'un développement antérieur parfaitement normal sous l'influence constante de l'Esprit. - Jésus dirige l'attention de Nicodème sur un fait qui, tout comme la nouvelle naissance, échappe à l'observation sensible, et que l'on ne constate que par ses effets, le souffle du vent. Le mot grec πνεῦμα a, aussi bien que le mot hébreu רוח, le double sens de vent et d'esprit. Comme il résulte du ainsi qui suit qu'il y a une comparaison, ce terme est certainement pris ici dans le sens de vent. Tholuck (1re éd.) a supposé qu'en ce moment même, on entendait le vent souffler dans les rues de Jérusalem. Cette supposition donne plus de réalité à ces mots : Et tu en entends le bruit. En disant : Tu ne sais…, Jésus ne parle pas de l'explication du vent, en général. Il rappelle seulement que dans chaque cas particulier il est impossible de déterminer exactement le point où s'est formé ce souffle et celui où il aboutira. Peut-être y a-t-il allusion Ecclésiaste 11.5 : « Comme tu ne sais pas le chemin du vent… » Tandis que le développement de toute vie naturelle se rattache à un germe organique visible et aboutit à un produit qui tombe sous les sens, le vent paraît et passe comme une irruption libre de l'infini dans le fini. Il n'y a donc pas dans la nature de symbole plus frappant de l'action de l'Esprit. L'opération du principe régénérateur n'est liée à aucune norme sensible ; elle se perçoit par son action sur l'âme humaine. Mais l'homme chez qui cette action s'exerce ne comprend ni d'où proviennent ces impressions nouvelles qu'il ressent, ni où elles le conduisent. Il est seulement conscient du travail profond qui s'opère en lui et qui le renouvelle radicalement. L'adverbe de repos ποῦ, avec le verbe de mouvement ὑπάγει, est une forme fréquente en grec. C'est comme l'anticipation de l'état de repos qui suivra le mouvement arrivé à son terme. L'application de la comparaison, dans la seconde partie du verset, n'est pas exprimée tout à fait correctement. Il eût fallu : Ainsi se passent les choses chez tout homme qui est né… Mais il n'est pas dans le génie de la langue grecque de faire correspondre symétriquement la comparaison et son application ; comparez, dans le N. T. Matthieu 13.24 et suiv. ; 25.1, etc. - Le participe parfait γεγεννημένος désigne le fait consommé : l'œil n'a rien discerné, l'oreille n'a rien entendu ; et voilà un homme né de nouveau et qui a pénétré dans le royaume éternel ! Tout est fait, et rien n'a paru ! Quel contraste avec l'apparition bruyante et pompeuse du royaume divin selon le programme pharisaïque !