Les interprètes donnent de καί, et, des explications plus ou moins forcées. Lücke : « Je puis révéler (v. 11-13), et je le dois (v. 14-16). » Olshausen : « Je ne donne pas seulement ma parole, mais ma personne. » De Wette : « Jésus passe du théorique au pratique. » Meyer, Luthardt : « Il a parlé de la nécessité de la foi ; il parle maintenant de sa douceur. » Weiss : « C'est ici un nouveau motif de croire. L'élévation de Jésus ne donnera le salut qu'au moyen de la foi. » Tout cela est trop artificiel. A notre point de vue, la liaison est plus simple : le καί, et, et aussi, ajoute un second mystère divin au premier, le décret de la rédemption à celui de la révélation.
L'idée centrale du verset est celle de l'élévation du Messie. On a donné trois explications principales du mot ὑψωθῆναι, être élevé. On l'a appliqué à la gloire spirituelle que procurera à Jésus dans le cœur des hommes la perfection morale qu'il déploiera dans ses souffrances (Paulus), ou bien à son élévation dans la gloire céleste qui aura lieu à la suite de sa mort (Bleek), ou enfin au fait même de sa suspension en croix. Cette dernière interprétation est la plus généralement reçue. Et en effet, dans l'un ou l'autre des premiers sens, Jésus eut plutôt employé le terme de δοξασθῆναι, être glorifié. Pour le troisième décident :
- la comparaison avec le serpent érigé au haut de la perche, laquelle n'a rien de glorieux ;
- le sens naturellement matériel de ὑψωθῆναι, être élevé ;
- enfin, la relation de ce mot avec le terme araméen correspondant zekaph, qui est appliqué à la suspension des malfaiteurs.
Seulement il faut tenir compte de l'allusion que faisait certainement Jésus, en employant ce terme d'être élevé, aux idées de Nicodème d'après lesquelles le Messie devait monter sur le trône de Salomon et dominer le monde. Et l'un comprendra l'amphibologie volontaire et ironique de cette expression en rapport avec l'attente messianique des pharisiens. Il faut, pour sentir cette nuance, accentuer fortement le οὕτος : « c'est ainsi (et non comme vous vous le représentez) qu'aura lieu l'élévation du Fils de l'homme. » Ce mot sera élevé fait même entendre que par cette élévation étrange le Fils de l'homme parviendra non seulement sur le trône de David, mais sur celui de Dieu. Tel est le plein sens de ce mot : être élevé. Il ne faut pas, comme Meyer, se refuser à suivre la pensée de Jésus dans cette évolution rapide qui rapproche instantanément les plus grands contraires, si l'on veut comprendre toute la profondeur et toute la richesse de sa parole. Nous prouvera ici le même caractère énigmatique que 2.19. - Le fait raconté est l'un des plus étonnante de l'histoire sainte. Trois traits distinguent ce mode de délivrance de tous les autres miracles analogues :
- C'est le fléau lui-même qui, représenté comme vaincu, devient par son exposition ignominieuse le moyen de sa propre défaite.
- Cette exposition a lieu, non dans un serpent réel, - la suspension dans ce cas n'eut proclamé la défaite que de l'individu exposé, - mais dans un exemplaire typique qui représente l'espèce entière.
- Ce moyen ne devient efficace que par l'intermédiaire d'un acte moral, le regard de la foi de la part de chaque blessé.
Si c'est là le type du salut, il en résulte que ce salut sera opéré de la manière suivante :
- Le péché sera exposé publiquement comme vaincu et désormais impuissant.
- Il le sera non en la personne d'un pécheur réel, - ce qui ne proclamerait que le châtiment particulier de ce pécheur, - mais en la personne d'un homme saint, capable de représenter, comme un vivant simulacre, la condamnation et la défaite du péché, comme tel.
- Cette exposition du péché, comme d'un vaincu, ne sauvera chaque pécheur qu'au moyen d'un acte de sa part, le regard de la foi sur son ennemi spirituel condamné et vaincu.
Voilà, déclare Jésus, le salut sur lequel se fondera l'établissement du royaume ; voilà le second décret céleste révélé aux hommes. Quel renversement du programme messianique de Nicodème ! Mais en même temps quel à-propos dans le choix de ce type scripturaire destiné à rectifier les idées de l'ancien docteur en Israël !
« Il faut, » dit Jésus ; et d'abord, pour l'accomplissement des prophéties ; puis, pour celui du décret divin dont les prophéties n'étaient qu'une émanation (Hengstenberg) ; ajoutons enfin : et pour la satisfaction de certaines nécessités morales connues de Dieu seul. - La dénomination de Fils de l'homme est, ici comme au v. 13, choisie avec une intention marquée. Car une communauté de nature explique seule la substitution mystérieuse proclamée dans ce verset, de même que l'acte de révélation annoncé au verset précédent.
Le v. 15 achève l'application du type. Au regard de l'Israélite mourant correspond la foi du pécheur au Crucifié ; à la vie rendue au blessé, le salut accordé au croyant. - Πᾶς, quiconque, étend à toute l'humanité l'application du type israélite, tout en individualisant fortement l'acte de la foi (ὁ). - La leçon du T. R. εἰς αὐτόν, à ou en lui, est celle qui convient le mieux au contexte (le regard tourné vers …) ; la foi regarde à son objet. Si l'on considère combien peu les alex. s'accordent entre eux, on reconnaîtra que la leçon reçue est au fond la mieux appuyée. - Tischendorf (8e éd.) lit ἐν αὐτῷ d'après le Vaticanus ; on peut dans ce cas lier ce régime avec ἔχῃ, comme le font Weiss, Keil, Wahle, plutôt qu'avec πιστεύων. Mais dans ce contexte la liaison avec πιστεύων reste pourtant la plus naturelle - Les alex. retranchent les mots μὴ ἀπόληται, ἀλλά…, ne périsse point, mais… ; ils peuvent certainement avoir été importés ici du v. 16. Même dans ce cas on est frappé de la relation rythmique entre les derniers mots de ces deux versets ; c'est le signe de l'ébranlement du sentiment et de l'exaltation de la pensée (voir ⇒). On comprend en effet quelle impression dut produire sur Jésus lui-même cette première annonce de son futur supplice ; comparez 12.27.
Quant à Nicodème, on se rend compte également de ce qu'il éprouva, lorsqu'au Vendredi-Saint il vit Jésus suspendu à la croix. Ce spectacle, au lieu d'être pour lui, comme pour d'autres, un scandale, un motif d'infidélité et de désespoir, fit éclater sa foi latente (19.39). Ce fait est la réponse à la question de de Wette, qui demande si cette révélation anticipée de la mort du Messie n'était pas contraire à la sagesse pédagogique de Jésus. Weiss, qui ne veut pas admettre que Jésus ait sitôt prévu et prédit sa mort, pense qu'il n'a pu s'exprimer d'une manière aussi précise, mais qu'il a parlé vaguement d'une élévation quelconque qui lui serait accordée pendant sa vie terrestre, afin qu'il pût être reconnu comme Messie par les Juifs. Mais, dans ce cas, il faut admettre : 1o que Jean a positivement faussé le compte rendu des paroles de Jésus ; 2o que Jésus a dit là quelque chose qui ne s'est jamais réalisé, car on ne sait ce que peut être cette élévation supposée ; et 3o il est clair qu'il ne reste plus dans ce sens aucun rapport entre la prophétie de Jésus et le fait du serpent d'airain. - De la croix, Jésus remonte jusqu'à Dieu, de l'amour duquel émane ce décret (δεῖ, il faut, v. 14) :