La nuit régnait au moment où Jésus parlait ainsi. Combien de malfaiteurs ne profitaient pas de ces ténèbres pour poursuivre leurs buts criminels ! Et ce n'était pas accidentellement qu'ils avaient choisi cette heure-là. Telle est l'image de ce qui se passe dans le monde moral. L'apparition de Jésus est pour le monde comme le lever du soleil ; elle manifeste le vrai caractère des actions humaines : d'où il résulte que, lorsque quelqu'un fait le mal et veut y persévérer, il tourne le dos à Jésus et à sa sainteté. Si sa conscience venait à être illuminée par cette clarté, elle l'obligerait à renoncer à ce qu'il veut garder. Il nie donc, et cette négation est pour lui la nuit dans laquelle il peut continuer à pécher : voilà la genèse de l'incrédulité. - L'expression ὁ φαῦλα πράσσων, celui qui fait le mal, désigne non seulement la tendance à laquelle on s'est livré jusqu'ici, mais encore celle dans laquelle on désire persévérer. C'est ce qu'exprime le participe présent πράσσων (au lieu du passé πράξας). Au mot πονηρά (des choses perverses) est substitué le mot φαῦλα (des choses de rien) du v. 19 ; celui-ci est tiré de l'appréciation de Jésus lui-même, tandis que celui-là se rapportait à la nature intrinsèque des actes, à leur dépravation foncière. - Il faut remarquer aussi une différence entre les deux verbes πράττειν et ποιεῖν : le premier indique simplement le travail - il s'agit d'œuvres de néant, - le second implique la réalisation effective ; dans le bien le produit demeure. - Mais il ne faut point croire que le terme pratiquer le mal se rapporte uniquement à ce que nous appelons une conduite immorale. Jésus pense certainement aussi à une vie extérieurement honnête, mais vide de tout réel sérieux moral, comme celle de la plupart des chefs en Israël et particulièrement des pharisiens : l'exaltation du moi et la recherche de la gloire humaine appartiennent, aussi bien que la grossière immoralité, au φαῦλα πράττειν, « pratiquer des choses de rien, » dans le sens où l'entend Jésus. - Μισεῖ, il hait, exprime l'antipathie instinctive, immédiate ; οὐκ ἔρχεται, il ne vient pas, désigne la résolution réfléchie. Le verbe ἐλέγχειν (peut-être de πρὸς ἕλην ἔχειν, tenir à la lumière pour juger) signifie : mettre au jour la nature erronée ou mauvaise d'une idée ou d'un fait.
La raison de l'incrédulité n'est donc pas intellectuelle, mais morale. La preuve que Jésus donne, au v. 20, de ce fait si grave est d'une parfaite lucidité. Tout ce que Pascal a écrit de plus profond sur la relation entre la volonté et l'intelligence, le cœur et la croyance, est par avance renfermé dans ce verset et dans le suivant. - Mais ce qui est vrai de l'incrédulité l'est également de la foi. Elle aussi plonge ses racines dans la vie morale ; c'est ici l'autre coté du jugement (v. 19) :