En, d'où Enon, désigne une source. On peut aussi faire avec Meyer de la terminaison on l'abrégé du mot jona, colombe ; ce nom signifierait la source de la colombe. Cette localité se trouvait dans le voisinage d'une ville nommée Salim. La situation des deux endroits est incertaine. Eusèbe et Jérôme, dans l'Onomasticon, placent Enon à 8 000 pas au sud de Bethséan ou Scythopolis, dans la vallée du Jourdain, sur les confins de Samarie et de la Galilée, et Salim un peu plus à l'occident. Et en effet l'on a retrouvé dans cette région une ruine portant le nom d'Aynûn (Palestine-Exploration-Report, 1874). Il faudrait conclure de là que ces localités se trouvaient en Samarie. Mais ce résultat est incompatible avec les termes du v. 22 : dans la campagne de Judée (à supposer du moins que les deux baptêmes fussent voisins). Et comment Jean se serait-il établi chez les Samaritains ? Comment eût-il pu s'attendre à ce que les foules le suivissent chez ce peuple hostile ? Ewald, Wieseler, Hengstenberg, Mühlau, pensent par ces raisons à une localité toute différente. Josué 15.32, il est parlé de trois villes : Sithim, Haïn et Rimmon situées près de la frontière méridionale de la tribu de Juda sur les confins d'Edom (comparez 15.21). Josué 19.7 et 1 Chroniques 4.32 Aïn et Rimmon reparaissent ensemble. Enfin Néhémie 11.29 ces deux noms sont fondus en un : En-Rimmon. Enon ne serait-il pas une contraction plus complète encore ? Cette supposition ferait tomber la difficulté d'un baptême en Samarie et donnerait un sens très convenable à ce motif : parce qu'il y avait là abondance d'eaux. En effet, appliquée à une contrée généralement privée d'eaux et presque déserte, comme l'extrémité méridionale de Juda, cette raison a plus de valeur que s'il s'agissait d'un pays riche en eaux, comme la Samarie.
Jésus aurait donc parcouru tout le territoire de la tribu de Juda, contemplant, une fois en sa vie, Bethléem, sa ville natale, Hébron, la ville d'Abraham et de David, et toute la Judée méridionale jusqu'à Béerséba. Cette remarque a excité la verve moqueuse de Reuss ; nous n'en comprenons pas bien la raison. Nous voyons Jésus, dans les synoptiques, faire une série d'excursions jusqu'aux confins septentrionaux de la Terre-Sainte, une fois jusqu'à Césarée de Philippe, dans le voisinage de l'ancienne Dan, au pied du Hermon, une autre fois jusque dans les quartiers de Tyr et de Sidon. Il aurait ainsi visité toutes les contrées du domaine théocratique, de Dan à Béerséba. N'est-ce pas tout naturel ? - Hengstenberg a profité de ce séjour de Jésus dans le voisinage du désert pour placer la tentation à ce moment-là. Cette opinion est chronologiquement insoutenable.