Il y a néanmoins quelques croyants, et quelle n'est pas la grandeur et la beauté de leur rôle ! Σφραγι'ζειν : sceller, légaliser un acte en y apposant son sceau. C'est là ce que fait le croyant par rapport au témoignage que rend le Christ ; en se rangeant parmi ceux qui l'acceptent, il a l'honneur d'associer une fois pour toutes sa responsabilité personnelle à celle du Dieu qui parle par son envoyé. En effet, ce certificat de vérité, décerné à Jésus par le croyant, remonte jusqu'à Dieu même. C'est ce qu'explique le v. 34 (car). Les paroles de Jésus sont tellement celles de Dieu que certifier la vérité de celles-là, c'est attester la véracité de Dieu lui-même. Plusieurs pensent que l'idée de la véracité divine se rapporte à l'accomplissement des prophéties que proclame la foi. Mais cette idée est sans rapport avec le contexte. D'après d'autres, Jean voudrait dire que croire en Jésus, c'est attester la vérité de la déclaration que Dieu a rendue sur son compte au moment de son baptême. Ce sens serait assez naturel en soi, mais il ne s'accorde pas bien avec le v. 34. La pensée profonde renfermée dans cette expression de Jean est celle-ci : En recevant les paroles de Jésus sur la foi à leur caractère divin, l'homme déclare hardiment que ce qui est divin ne peut être faux et proclame ainsi la véracité incorruptible de Dieu. - Il faut remarquer l'aoriste ἐσγράγισεν, a scellé : c'est un acte accompli. Et quel acte ! Il appose par sa foi son seing privé au témoignage divin, et devient ainsi solidaire de la véracité de Dieu même. Il y a évidemment de l'exaltation dans cette forme paradoxale par laquelle Jean exprime la grandeur de l'acte de la foi. - L'expression : qu'il a envoyé (qui rappelle le v. 17), doit être prise dans le sens le plus absolu. Les autres envoyés divins ne méritent qu'improprement ce nom : ils ne sont, en réalité, que suscités ; pour être envoyé, dans le sens propre du mot, il faut être d'en-haut (v. 31). On doit donner la même valeur absolue au mot les paroles de Dieu : Lui seul possède la révélation divine complète, absolue. C'est ce qu'indique l'article τά, les ; tous les autres, Jean-Baptiste lui-même, n'en ont que des fragments. - Et d'où provient ce caractère complet de sa révélation ? De ce que la communication qui lui est faite de l'Esprit est sans mesure. Le T. R. lit ὁ θεός après δίδωσιν : « Dieu donne l'Esprit… » Les alex. retranchent unanimement ce sujet Dieu ; et il est probable que c'est une glose, mais une glose juste pour le sens ; elle est tirée de la première proposition du verset. Sans doute on pourrait faire de l'Esprit le sujet, comme je l'ai essayé moi-même précédemment[1]. Cependant la position du mot τὸ πνεῦμα n'est pas favorable à ce sens. - Le présent δίδωσιν, donne, aussi bien que l'expression « non par mesure, » s'expliquent par la réminiscence de la vision du baptême : Jean a vu l'Esprit sous la forme d'une colombe, c'est-à-dire dans sa vivante totalité, descendant et demeurant sur lui. - Choqué de l'ellipse du pronom αὐτῷ, à lui, Meyer fait de cette parole une maxime générale, dans ce sens : « Dieu n'est pas obligé de ne donner jamais l'Esprit que dans une mesure déterminée, comme il le faisait autrefois à l'égard des prophètes. Il peut, s'il le trouve bon, le donner une fois dans sa plénitude ; » d'où cette application sous-entendue : « Et voilà ce qu'il a fait par rapport au Fils. » Mais ainsi serait sous-entendu précisément ce qui devait être dit et dit ce qui aurait pu rester sous-entendu. Peut-être l'ellipse du pronom αὐτῷ, à lui, provient-elle de ce que le don de l'Esprit à Jésus est en réalité d'une portée universelle. Dieu ne le donne pas à lui pour lui seulement, mais pour tous. C'est un don permanent, absolu.
Notes
[1] C'est aussi l'opinion de Zahn (Einl. in das N. T.. qui pense que la suppression de τὸ πνεῦμα dans B, aussi bien que la singulière leçon de Syrsin, proviennent, comme l'adjonction de ὁ θέος, du fait que l'on n'a pas reconnu τὸ πνεῦμα comme le sujet de la proposition.