1 Et il arriva que, comme il entrait, un sabbat, dans la maison d’un des principaux des pharisiens pour manger du pain, ils l’observaient. 2 Et voici, il y avait un homme hydropique devant lui. 3 Et Jésus, répondant, parla aux docteurs de la loi et aux pharisiens, disant : Est-il permis de guérir, un jour de sabbat ? 4 Et ils se turent. Et l’ayant pris, il le guérit, et le renvoya. 5 Et répondant, il leur dit : Qui sera celui de vous, qui, ayant un âne a 5a pl. lisent : fils. ou un bœuf, lequel vienne à tomber dans un puits, ne l’en retire aussitôt le jour du sabbat ? 6 Et ils ne pouvaient répliquer à ces choses.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
Chapitre 14. 1 à 24
Repas chez un pharisien. Parabole du souper.
Grec : manger du pain , hébraïsme qui signifie prendre un repas.
Le pharisien qui l'avait invité avec beaucoup d'autres convives (verset 7) est désigné comme l'un des chefs de ce parti, à la fois politique et religieux, (Matthieu 3.7, note) d'où l'on a conclu qu'il devait être membre du sanhédrin.
Cela ne ressort pas nécessairement du terme de l'original ; il pouvait être simplement l'un des plus influents du parti.
- Jésus, selon sa coutume, (Luc 7.36 ; 11.37 et ailleurs) accepte cette invitation, même en un jour de sabbat .
L'hostilité décidée que manifestaient alors les pharisiens contre Jésus donne à cette acceptation un caractère tout particulier de support et de charité.
Ils étaient là, l'observant ; c'est-à-dire que d'autres pharisiens, également invités, (verset 7) épiaient le Sauveur, de même que le faisait le maître de la maison, pour le surprendre en quelque faute contre la loi du sabbat. Peut-être même avaient-ils déjà aperçu le malade qui se trouvait là et pensaient-ils que Jésus le guérirait.
v. 1-3 · Godet · 18/10/2026
Accepter une invitation chez un pharisien, après les scènes précédentes, c'était, faire à la fois acte de courage et de débonnaireté. L'hôte était un des chefs de cette secte. On n'a pas de preuves de l'existence d'une hiérarchie dans ce parti ; mais il devait tout naturellement s'en former une par la supériorité du savoir, du talent. ou de la richesse. L'interprétation de Grotius, qui fait de τῶν φαρισαίων l'apposition de τῶν ἀρχόντων est inadmissible. Les convives, est-il dit, observaient Jésus. Le v. 2 indique le motif de cette attention particulière ; un hydropique se trouvait là, évidemment dans l'espérance d'obtenir sa guérison. Il n'est pas dit cependant, comme l'observe avec raison Weiss, qu'eux-mêmes l'eussent placé là à dessein. Le mot ἰδού, voici, signale le moment où ce fait inattendu se découvre aux yeux de Jésus. Tout ce tableau est pris sur le fait. - Le terme ἀποκριθείς, répondant (v. 3), se rapporte à la question implicitement renfermée dans la présence du malade : « Guérira-t-il ou ne guérira-t-il pas ? » - Le silence des témoins en face de la question de Jésus trahit leur embarras et leur mauvaise foi. Les leçons du T. R. proviennent du récit, parallèle dans Matthieu.
v. 2 · Bible annotée · 18/10/2026
Le mot voici indique le moment où Jésus découvre ce fait inattendu. Comment ce malheureux se trouve-t-il là devant lui ?
On a supposé que les pharisiens l'avaient fait venir à dessein, afin de tendre un piège au Sauveur. Ce n'est pas impossible, mais il n'y a rien de pareil dans le texte, et il ne faut pas rendre même des pharisiens plus mauvais qu'ils ne sont.
Comme cette scène se passe avant qu'on se fût mis à table, (verset 7) on peut la placer dans quelqu'une de ces cours intérieures qui, en Orient, précèdent les appartements ; et l'on conçoit que le malade se fût timidement approché jusque-là, espérant être guéri, mais n'osant rien demander, parce que c'était le sabbat et à cause des pharisiens.
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : Et Jésus, répondant , dit.
Il répond réellement aux pensées non exprimées qu'il lit dans les regards (ils l'observaient , verset 1) et dans les cœurs de ceux qui l'entourent.
Ce ou non (est-il permis ou non ? ), omis par le texte reçu, exige une réponse catégorique. La question s'adresse non seulement aux pharisiens, mais avant tout aux légistes , ou docteurs de la loi, dont la compétence était reconnue pour interpréter les dispositions de la loi.
Ils se taisent, soit parce qu'ils ont honte de trancher la question négativement, soit parce que, dans leur hostilité à l'égard de Jésus, ils ne veulent pas lui donner de réponse.
v. 4 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : L'ayant pris à lui, par la main, ou en posant la main sur lui, afin de lui témoigner sa compassion et d'entrer directement en rapport avec lui, il opéra sa guérison.
Quelquefois Jésus se contente d'un léger attouchement, (Matthieu 8.3) quand il ne guérit pas par sa seule parole, ce qu'il fait le plus fréquemment.
v. 4-6 · Godet · 18/10/2026
Si on lit avec les byz. le mot ἀποκριθείς, v. 5, Jésus répond ici au blâme qu'exprimait l'attitude des adversaires. On pourrait cependant entendre qu'il donne la réponse à la question qu'il avait posée lui-même. Par le τίνος, duquel, il les prend tous individuellement à partie. La leçon ὄνος, un âne, dans le T. R., qui se trouve dans le Sinaïticus et quelques Mjj. (v. 5), provient sans doute de la liaison avec Βοῦς, le bœuf, ou de la parole semblable 13.15. Il faut lire υἱός, fils :« Si ton fils, ou même seulement ton bœuf… » Dans ce terme de fils, comme dans l'expression de fille d'Abraham (13.16), s'exprime un sentiment de tendresse envers cet être souffrant. On ne peut méconnaître un rapport entre la maladie (hydropisie) et l'accident supposé (tomber dans un puits). Comp., 13.5-6, le rapport entre le lien par lequel le bœuf est attaché à la crèche, et celui par lequel Satan assujettissait la malade. Nous retrouvons ici l'à-propos parfait qui caractérise, jusques dans le décor extérieur, les enseignements du Seigneur. Matth.12.11, cette image est appliquée à la guérison d'un homme qui a la main sèche. Cette application est moins heureuse.
Versets 7 à 11. Le moment où l'on se met à table ; une leçon d'humilité.
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
Comparer Matthieu 12.11 ; Luc 13.15, note.
- Répondant, il leur dit ...
Comme au verset 3, Jésus répond au blâme que trahit leur attitude.
Le mot répondant est omis par B, D, version syr.
Le texte reçu, avec Sin. et quelques majuscules porte : "celui d'entre vous dont l'âne ou le bœuf ;" correction, faite dans le but de conformer cet exemple à celui qui est cité Luc 13.15.
Selon le vrai texte : le fils , la question posée par Jésus est beaucoup plus incisive.
Aussi ne purent-ils rien répondre à cela . (verset 6 ; comparez verset 4, note.)
7 Or il dit une parabole aux conviés, observant comment ils choisissaient les premières places ; et il leur disait : 8 Quand tu seras convié par quelqu’un à des noces, ne te mets pas à table à la première place, de peur qu’un plus honorable que toi ne soit convié par lui, 9 et que celui qui vous a conviés, toi et lui, ne vienne et ne te dise : Fais place à celui-ci ; et qu’alors tu ne te mettes avec honte à occuper la dernière place. 10 Mais, quand tu seras convié, va et assieds-toi à la dernière place, afin que, quand celui qui t’a convié viendra, il te dise : Ami, monte plus haut. Alors tu auras de la gloire devant tous ceux qui seront à table avec toi. 11 Car quiconque s’élève, sera abaissé ; et celui qui s’abaisse sera élevé.
v. 7-9 · Godet · 18/10/2026
La recommandation renfermée dans ce passage n'est nullement, comme on l'a cru souvent, un conseil de prudence mondaine, ni dans la pensée du Seigneur, ni dans celle de Luc (selon Holtzmann). Le terme même de parabole (v. 7) et l'adage du v. 11 protestent contre cette supposition, et ne permettent de donner à cette parole qu'un sens religieux et une application spirituelle ; comp. 18.14. Sous cette image aimable et pleine d'à-propos, Jésus donne aux convives une leçon d'humilité, dans le sens le plus profond du mot. Chacun doit, dans son cœur, prendre et reprendre toujours devant Dieu la dernière place, ou, comme dit saint Paul Phil.2.3, envisager les autres comme plus excellents que lui-même. C'est Dieu qui fixera la place définitive de chacun. Son jugement est indépendant du nôtre propre. Mais en prenant la dernière place, nous ne courons plus d'autre chance que celle d'être élevé. - ἐπέχων : fixant son attention sur cette manière d'agir habituelle chez les pharisiens (Luc.20.46). - Ewald et Holtzmann s'offusquent du terme de noces (v. 8), qui ne convient point à un simple repas comme celui-ci. Mais Jésus ne parle nullement dans la parabole du repas actuel ; c'est une fête supposée. S'il en fait une fête de noces, c'est parce que le rang est plus strictement observé dans un pareil banquet que dans un repas ordinaire. - Cet homme doit descendre jusqu'à la dernière place, parce que dans l'intervalle tous les sièges intermédiaires ont été occupés.
v. 10-11 · Godet · 18/10/2026
L'expression : cela te fera honneur, serait un encouragement, puéril si elle ne laissait, entrevoir une céleste réalité.
Versets 12 à 14. On a pris place ; une leçon de bienfaisance.
v. 11 · Bible annotée · 18/10/2026
Pour comprendre cette instruction dans sa profondeur, il faut remarquer qu'elle revêt la forme d'une parabole . (verset 7)
En effet, Jésus n'a point l'intention de donner à ses convives une leçon de politesse ou de modestie. Tous les hommes recherchent la première place , parce qu'ils sont orgueilleux devant Dieu ; et jamais ils ne deviennent humbles les uns à l'égard des autres, au point que "l'un estime l'autre plus excellent que soi-même," (Philippiens 2.3) avant de s'être humiliés devant Dieu dans le sentiment d'une profonde repentance.
C'est là le commentaire que Jésus nous donne de sa parabole dans les paroles qui la terminent : s'élever devant les hommes a pour conséquence certaine d'être abaissé devant Dieu, et l'inverse. (Comparer Matthieu 23.12 ; Luc 18.14 ; 1Pierre 5.5)
12 Et il dit aussi à celui qui l’avait convié : Quand tu fais un dîner ou un souper, n’appelle pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; de peur qu’eux aussi ne te convient à leur tour, et que la pareille ne te soit rendue. 13 Mais quand tu fais un festin, convie les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles ; 14 et tu seras bienheureux, car ils n’ont pas de quoi te rendre la pareille : car la pareille te sera rendue en la résurrection des justes.
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
Il disait aussi . Comme au verset 7, et souvent dans Marc et dans Luc, cette locution introduit une pensée nouvelle et importante, que Jésus ajoute à ses discours.
- L'instruction qui va suivre, de même que celle qui précède, est empruntée aux circonstances du repas auquel il assistait. Il n'y avait là que des invités appartenant au rang et à la position sociale de l'hôte qui les recevait dans sa maison. Et, comme il arrive presque toujours dans les festins, les pauvres, les malheureux étaient oubliés.
v. 12-14 · Godet · 18/10/2026
Une fois tout le monde assis, Jésus remarque que les convives appartiennent en général à la classe élevée de la société. Là-dessus il adresse à son hôte une leçon de charité qu'il revêt, comme la précédente, de la forme gracieuse d'une recommandation d'intérêt bien entendu. Le μήποτε, de peur que (v. 12), est gai et presque plaisant : « Prends-y garde : la pareille à recevoir, c'est un malheur à éviter ! Car, une fois la rétribution reçue, c'en est fait de la rémunération future. » Jésus ne veut pas défendre de recevoir chez soi ceux qu'on aime. Il veut seulement dire : « En vue de la vie à venir, tu peux faire mieux encore. » Ce n'est pas sans dessein que Jésus met les amis avant les frères et les parents : il s'agit d'un banquet de plaisir. L'invitation des parents est plutôt affaire de devoir. - Ἀνάπηροι : ceux qui sont privés d'un sens ou d'un membre ; le plus souvent les aveugles ou les boiteux ; ici, où ces deux catégories sont indiquées à part, les estropiés en général. - En soi, le terme de résurrection des justes, v. 1 4, n'implique pas nécessairement la distinction entre deux résurrections successives, celle des justes d'abord, puis, après un intervalle, la résurrection générale. Cette expression peut signifier simplement : lorsque les justes ressusciteront, à l'inauguration du règne messianique. Mais, comme il paraît ressortir de Luc.20.35 que cette distinction était dans la pensée de Jésus (voir à ce passage), il est naturel d'expliquer également ici ce terme à ce point, de vue ; comp. 1Cor.15.23 ; Phil.3.11 ; Apoc.20.5-6. - Alors, selon la belle image employée par les prophètes, ce chacun sera assis sous sa vigne et sous son figuier, » et pourra rendre l'invitation à son bienfaiteur terrestre.
Versets 15 à 24. La parabole du grand festin.
v. 14 · Bible annotée · 18/10/2026
Nous ne répéterons pas, après tant d'autres, qu'il ne faut pas prendre ces paroles à la lettre ; le cœur égoïste de l'homme le dira lui-même à chaque lecteur. Mais pourquoi les spiritualiser jusqu'au point qu'elles ne signifient plus rien ?
Certainement Jésus ne nous défend pas d'inviter nos proches nos amis , puisque lui-même assistait à des repas de cette nature. Mais l'ordre positif qu'il donne, pratiqué avec simplicité et avec une sympathie chrétienne pour les malheureux qu'il désigne, serait un exercice de la charité tout autre que les plus riches aumônes qui ne nous mettent point dans un rapport cordial avec ceux qui souffrent. Et, en outre, le Sauveur fait intervenir un motif moral de la plus haute importance : le désintéressement, qui n'attend pas qu'on lui rende la pareille .
Tout est fait pour Dieu, par amour pour ses enfants malheureux et en vue de la rétribution éternelle à la résurrection des justes .
- De ce dernier terme on a voulu conclure que Jésus enseigne deux résurrections, celle des justes , d'abord, puis celle des injustes. Il n'y a rien de pareil dans le texte ; mais le Sauveur, comme Paul dans une multitude de passages, (1Corinthiens 15.42-44,53-57 ; Philippiens 3.21 ; 1Thessaloniciens 4.13-18, etc.) voulant mettre sous les yeux des fidèles leurs espérances éternelles, ne parle que de la résurrection bienheureuse.
15 Et un de ceux qui étaient à table, ayant entendu ces choses, lui dit : Bienheureux celui qui mangera du pain dans le royaume de Dieu . 16 Et il lui dit : Un homme fit un grand souper et y convia beaucoup de gens. 17 Et à l’heure du souper, il envoya son esclave dire aux conviés : Venez, car déjà tout est prêt. 18 Et ils commencèrent tous unanimement à s’excuser. Le premier lui dit : J’ai acheté un champ, et il faut nécessairement que je m’en aille et que je le voie ; je te prie, tiens-moi pour excusé. 19 Et un autre dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer ; je te prie, tiens-moi pour excusé. 20 Et un autre dit : J’ai épousé une femme, et à cause de cela je ne puis aller. 21 Et l’esclave, s’en étant retourné, rapporta ces choses à son maître. Alors le maître de la maison, en colère, dit à son esclave : Va-t’en promptement dans les rues et dans les ruelles de la ville, et amène ici les pauvres, et les estropiés, et les aveugles, et les boiteux. 22 Et l’esclave dit : Maître, il a été fait ainsi que tu as commandé, et il y a encore de la place. 23 Et le maître dit à l’esclave : Va-t’en dans les chemins et [le long des] haies, et contrains [les gens] d’entrer, afin que ma maison soit remplie ; 24 car je vous dis, qu’aucun de ces hommes qui ont été conviés ne goûtera de mon souper.
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : mangera du pain , hébraïsme qui signifie participer à un repas. (verset 1) La résurrection des justes, dont Jésus avait parlé, (verset 14) éveille chez l'un des convives l'espérance du bonheur céleste, de ce banquet dans le royaume de Dieu qui en était le symbole. (Matthieu 8.11 ; Luc 13.29)
Jésus répond à cette exclamation, inspirée peut-être par une assurance présomptueuse, en donnant à ses auditeurs un sérieux avertissement. La parabole qu'il prononce leur dépeint comment plusieurs des invités au banquet céleste n'y auront aucune part, et cela par leur faute.
v. 15-17 · Godet · 18/10/2026
Cet entretien marque un moment plus avancé du repas. Jésus venait de montrer les justes recevant dans le royaume du Messie l'équivalent des moindres œuvres d'amour qu'ils ont accomplies ici-bas. Cette parole a éveillé dans le cœur d'un des convives le doux pressentiment des joies célestes ; ou peut-être n'est-elle pour lui que l'occasion de tendre à Jésus un piège et de l'amener à énoncer sur ce sujet quelque hérésie. La tendance sévère de la parabole suivante pourrait favoriser cette seconde interprétation. En tout cas, l'énumération du v. 21 (comp. v. 13) prouve la relation étroite qui existe entre ces deux parties de l'entretien.
L'expression ἄρτον φαγεῖν, manger du pain, est hébraïque ; elle signifie prendre le repas. « Heureux, veut dire l'interlocuteur, celui qui sera admis au banquet céleste ! » Jésus comprend qu'il manque à cet homme la notion des conditions morales nécessaires pour cette admission. « Oui, heureux ! mais prends garde de repousser ce bonheur, au moment où tu en exaltes la grandeur ! L'invitation de la part de Dieu telle qu'elle vous est adressée ne suffit pas ; il faut encore l'acceptation de votre part. » La leçon ἐποίει, faisait, renferme précisément l'idée que le repas reste comme suspendu, incertain, aussi longtemps que les invités ne sont pas venus. Le mot πολλούς, de nombreux convives, v. 16, avait sa vérité, appliqué au seul peuple juif. Car cette invitation représente les avances divines faites à Israël à toutes les époques de son histoire. - Le dernier avis donné aux convives (v. 17) se rapporte aux ministères de Jean-Baptiste et de Jésus lui-même. C'est l'usage en Orient de donner un dernier avertissement à l'heure du repas ; voir Rosenmüller, Morgenl. V, 192 et s. ; Thompson, The Land and the Book, I, 9 : « Dans les campements et les villages arabes, on entend retentir à l'heure du repas l'avertissement : Tout est prêt ! » Il n'y a donc pas d'oubli possible. Par ce mot : « Tout est prêt, » Jésus proclame la magnifique gratuité du salut.
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
Voir, sur une parabole très semblable, mais non identique à celleci, Matthieu 22.1-14, notes.
Il est probable que Jésus décrivit plus d'une fois l'ingratitude et la révolte de son peuple par cette similitude, en en modifiant certains traits.
- L'homme qui faisait un grand souper , c'est Dieu, dont la miséricorde infinie offre à l'homme, perdu dans sa misère, l'immense privilège de rentrer en communion avec lui, et de trouver auprès de lui tous les biens qui peuvent rassasier sa faim et remplir son cœur de la joie d'un banquet céleste. L'invitation à ce grand souper avait retenti fréquemment et longtemps en Israël par le ministère des prophètes.
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
Son serviteur , c'est le Sauveur lui-même, envoyé dans l'accomplissement des temps pour réitérer d'une manière plus pressante et plus solennelle l'invitation.
Seul il pouvait dire : C'est déjà prêt , car lui-même avait tout préparé, tout accompli pour le salut de l'humanité perdue.
Les termes dont il se sert expriment la parfaite gratuité de ce salut. Le texte reçu porte "tout est déjà prêt." Ce mot omis par Sin., B, est probablement emprunté à Matthieu.
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : Et ils commencèrent tous d'une seule voix ou d'une seule opinion.
Ces termes font ressortir ce qu'il y avait dans une telle conduite de surprenant, d'ingrat, d'injurieux pour celui qui invitait. C'est l'inimitié du cœur de l'homme contre Dieu prise sur le fait.
v. 18-20 · Godet · 18/10/2026
Ces motifs de refus ne sont pas sérieux ; ils ne prouvent que la mauvaise volonté des invités ; avertis longtemps à l'avance, ils auraient pu choisir un autre jour pour ces diverses occupations. Le parti-pris, qui est au fond de ces refus, se trahit aussi dans l'uniformité de leurs réponses. C'est comme un refrain (sous-entendu : v. 18). Ils se sont donné le mot. Le vrai motif est évidemment l'antipathie qu'ils éprouvent pour celui qui les invite ; comp. Jean.15.24 : « Ils ont haï et moi et mon Père. » - Il est à remarquer que le second met dans son refus moins de formes que le premier (omission de : je te prie ) et le troisième moins encore que le second (omission de : tiens-moi pour excusé ). Ce dernier se sent mieux couvert par la nature de son excuse.
v. 20 · Bible annotée · 18/10/2026
Les excuses diffèrent, mais l'esprit est le même. (verset 18, note.)
Il y a cependant une gradation : le premier se croit sous la nécessité absolue de refuser ; le second dit simplement qu'il part pour éprouver ses bœufs ; le troisième ne cherche pas même une excuse, il se sent dispensé par l'importance de ce qui le retient (son mariage), et il se contente de répondre : Je ne puis .
Tous les motifs allégués sont honnêtes, légitimes, plausibles aux yeux des hommes : ce sont les possessions, les affaires, les affections de famille. Mais comme il n'y a aucune incompatibilité entre ces choses-là et la communion avec Dieu, elles ne sont, au fond, que de vains prétextes. Le vrai obstacle est ailleurs, dans le cœur de l'homme.
v. 21 · Bible annotée · 18/10/2026
Le serviteur, de retour de sa mission, rend compte au maître des refus qu'il a essuyés.
Stier voit dans ce trait un écho des douloureuses plaintes que l'ingratitude et l'endurcissement de son peuple arrachaient au Sauveur et qu'il exhalait dans ses prières à son Père.
La colère du maître de la maison n'est que trop justifiée par la secrète inimitié de ceux qui ont méprisé son invitation. Plus l'amour de Dieu est grand, plus sa colère sera terrible.
- La seconde invitation s'adresse a tous les malheureux ici désignés, qui n'ont d'autre retraite que les places et les rues de la ville.
On peut entendre ces mots à la lettre, car "l'Evangile est annoncé aux pauvres ;" (Luc 7.22) mais en supposant que leur misère extérieure les a amenés à sentir leur pauvreté morale. Ce sentiment seul les rend capables de répondre à l'invitation et d'entrer dans la salle du festin. A ce point de vue, on peut admettre que, sous les traits de ces malheureux, Jésus a voulu représenter aussi les péagers et les pécheurs qui venaient à lui pressés par le repentir. (Luc 15.1)
v. 21-22 · Godet · 18/10/2026
Dans ce rapport du serviteur sur le résultat de sa mission, on croit entendre, dit Stier, l'écho des douloureuses plaintes de Jésus sur l'endurcissement des Juifs, pendant ses longues nuits de prière. - La colère du maître (ὀργισθείς) est le contre-coup de la haine qu'il découvre au fond de ces refus. - La première invitation supplémentaire dont il charge son serviteur, représente l'appel adressé par Jésus aux dernières classes de la société juive, à ceux qui avaient rompu avec l'ordre théocratique et qui sont appelés 15.1 les péagers et les gens de mauvaise vie. - Πλατεῖαι : les rues plus grandes, qui s'élargissent en places ; ῥῦμαι : les petites rues de traverse. On n'est point, encore sorti de la ville, c'est-à-dire, dans l'application, qu'il s'agit encore des membres du peuple juif.
v. 22 · Bible annotée · 18/10/2026
"On se représente ordinairement que le serviteur, ayant reçu l'ordre de son maître, (verset 21) était reparti pour faire la seconde invitation, et que c'est après son retour qu'il prononce ces paroles. Mais de quel droit suppose-t-on ce fait non exprimé dans un récit aussi circonstancié ? Non, le serviteur, repoussé par les premiers invités, a fait de lui-même ce que le maître lui commande ici, en sorte qu'il peut répondre aussitôt (grec, vrai texte) :c'est fait, ce que tu as ordonné . Ce sens s'applique admirablement à Jésus ; il a pleinement accompli ce conseil de Dieu qui lui était connu, d'annoncer l'Evangile aux pauvres."**Meyer.
- Mais quelle révélation de la miséricorde infinie de Dieu, dans ces dernières paroles ajoutées par le serviteur : et il y a encore de la place ! S'il en est un plus pauvre, plus misérable encore que ces derniers invités, il peut reprendre courage et se dire : Il y a aussi de la place pour moi.
v. 23 · Bible annotée · 18/10/2026
Le maître entre avec joie dans la pensée que le serviteur lui suggère par sa remarque : "Il y a encore de la place."
Aussi le charge-t-il d'une troisième invitation ; ce n'est plus dans les places et les rues de la ville (Jérusalem et le peuple juif) qu'il doit la porter, mais au dehors, dans les chemins et le long des haies , à tous ces êtres errants et sans refuge qui vivent sans Dieu et sans espérance au monde.
Ici est clairement prédite et ordonnée la grande vocation des païens, qui sera commencée par les apôtres et ne cessera plus jusqu'au dernier jour, où la maison du Maître sera remplie !
- Quel ardent amour de Dieu, pour les pécheurs qu'il veut sauver, s'exprime dans ce mot : et presse d'entrer (grec contrains , fais-en une nécessité absolue).
Il s'agit d'une contrainte toute morale, qui ne diminue en rien la liberté, puisque rien n'est plus libre que la foi, l'obéissance, l'amour. Cette contrainte s'exerce sur les consciences par la sainteté de la loi, sur les cœurs par la puissance de l'amour divin, sur la volonté par l'action de l'Esprit de Dieu.
"Dieu ne force personne, mais il fait qu'on veut" Gaussen.
- Qui aurait pu croire que jamais on chercherait dans ces paroles une légitimation de l'horrible contrainte par le fer et le feu !
v. 23-24 · Godet · 18/10/2026
Cette nouvelle invitation supplémentaire représente évidemment la vocation des païens ; car ceux à qui elle s'adresse ne sont plus des habitants de la ville. L'immense charité de Dieu réclame une multitude de convives ; pas un siège préparé ne doit rester vacant. Le nombre des élus est proportionné d'avance à la richesse de la gloire divine ; or celle-ci ne peut se refléter complètement que dans un certain nombre d'êtres humains. L'invitation durera donc, et par conséquent l'histoire de notre race se prolongera, jusqu'à ce que ce nombre soit atteint. C'est ainsi que se concilie le décret divin avec la liberté humaine. Comparativement au nombre des appelés, il y en a peu de sauvés sans doute, par la faute des premiers ; mais il n'y en a pas moins, absolument parlant, beaucoup de sauvés. - Φραγμοί : les haies qui ferment les propriétés et au pied desquelles s'accroupissent les vagabonds. L'expression : Contrains-les d'entrer, s'applique à des gens qui désireraient entrer, mais que retient une timidité naturelle. Le maître prévoit bien ces hésitations chez ces derniers. Le serviteur doit en quelque sorte les pousser dans la maison malgré leurs scrupules. Il s'agit donc, non de confisquer leur liberté, mais bien plutôt de les affranchir de ce qui en entrave l'exercice. Car ils voudraient, mais ils n'osent. - Comme le v. 21 est le texte de la première partie des Actes (ch. 1 à 13, conversion des Juifs), les v. 22 et 23 sont celui de la seconde (ch. 13 à fin, conversion des païens). Ces derniers versets sont en réalité le texte de toute l'économie présente. Cela est si clair que Weizsæcker accuse Luc d'avoir ajouté à la parabole primitive cette distinction entre deux vocations nouvelles, en faveur de la mission de Paul chez les païens. Si cette parole était la seule que les évangélistes attribuassent à Jésus sur la vocation des Gentils, on comprendrait peut-être un pareil soupçon. Mais le passage 13.28-30 n'exprime-t-il pas déjà cette idée, et cette même parole ne se lit-elle pas dans Matthieu aussi bien que dans Luc ? Comparez d'ailleurs Matthieu.24.14 ; Jean.10.16. - Selon plusieurs interprètes, le v. 24 n'appartiendrait plus à la parabole ; il en serait l'application, adressée par Jésus aux convives qui l'entourent « je vous dis ». Mais le sujet de ce verbe : je dis, est bien évidemment encore l'hôte de la parabole et le pronom vous désigne les personnes que l'on se représente l'assemblées autour de lui, au moment où il donne cet ordre. Seulement le regard solennel que Jésus promena sans doute sur toute l'assemblée, en mettant cette menace terrible dans la bouche du maître de la parabole, leur fit sentir qu'en ce moment même la scène de l'invitation divine méprisée se passait réellement entre lui et eux.
Dans Matth.22.1-14 se trouve une parabole assez semblable à celle-ci, mais qui en diffère sur plusieurs points. Il s'agit d'un roi ; ce roi veut célébrer le mariage de son fils, ce qui fait de la noce une affaire d'Etat. Il y a deux envois de serviteurs aux invités, dont le premier, selon Gœbel, désigne Jean-Baptiste, le second, Jésus et ses apôtres, mais qui me paraissent plutôt s'appliquer l'un à la prédication de Jésus, l'autre à celle des apôtres. Les convives ne répondent rien et, sans s'inquiéter de l'invitation, vont à leurs affaires ; plusieurs même maltraitent les serviteurs du roi. Le roi fait détruire la ville où habitent les rebelles (évidemment l'image de Jérusalem). Puis, parmi les convives appelés à remplacer les premiers invités, il s'en trouve un qui n'a pas de robe de noce ; il est jeté hors de la salle. - Weiss voit dans ces deux tableaux deux remaniements d'une parabole unique qu'avait conservée le Matthieu apostolique. Hilgenfeld et Weizsæcker pensent que Luc a retravaillé sa parabole sur celle de Matthieu afin d'y introduire la vocation des Gentils. Reuss et Gœbel admettent deux paraboles distinctes ; car pourquoi Jésus n'aurait-il pas employé la même image en deux circonstances différentes ? - En tout cas, si l'une des deux formes avait été travaillée sur l'autre, c'est à Luc qu'il faudrait accorder l'originalité ; car la forme chez lui est beaucoup plus simple ; celle de Matthieu, au contraire, renferme des éléments divers. L'idée de l'évangélisation des Gentils chez Luc ne prouve rien contre son originalité, puisqu'elle se trouve dans la parabole de Matthieu lui-même ; comp. v. 8-10 avec 21.41 du même évangile. Dans Matthieu se trouve même, outre l'idée de l'évangélisation des Gentils, celle du triage qui devra s'opérer un jour dans l'Eglise nouvelle recrutée parmi eux, et qui correspond à celui qui a précédé, dans le cercle des premiers invités en Israël. En général la parabole de Matthieu a un caractère plus prophétique et se rapporte plus décidément à l'avenir que celle de Luc (destruction de Jérusalem) ; ce qui s'accorde avec le fait que, d'après nos deux récits, l'une a été prononcée plus tard que l'autre. Qu'il y ait donc eu deux paraboles distinctes, cela ne me paraît pas douteux ; mais que quelques traits de l'une aient passé dans le tableau de l'autre, cela me paraît vraisemblable, et cela se comprend aisément si elles avaient été conservées toutes deux par la tradition orale.
4. Un avertissement au sujet des professions précipitées. (14.25-35)
La situation est toujours celle d'un voyage. De grandes foules accompagnent Jésus. Il y a par conséquent là de l'entraînement. C'est ce que font ressortir le pluriel ὅχλοι, les foules, l'adjectif πολλοί, nombreuses, et l'imparfait de durée συνεπορεύοντο, marchaient avec lui. Ce bref préambule fournit, comme d'ordinaire, la clef du discours suivant, qui comprend :
- l'avertissement (v. 26 et 27) ;
- deux paraboles qui le confirment (v. 28 à 32) ;
- une conclusion, revêtue d'une nouvelle image (v. 33 à 35).
1o v. 25 à 27. L'avertissement :
v. 24 · Bible annotée · 18/10/2026
Ces dernières paroles, conclusion de la parabole (car ), font encore partie de celle-ci, et sont mises dans la bouche du maître de la maison ; elles ne sont pas une déclaration de Jésus aux convives, comme on l'a prétendu, puisque lui-même apparaît dans cette histoire comme serviteur.
Elles expriment toute la sévérité de Dieu, à la fin de cette parabole destinée à révéler tout son amour.
25 Et de grandes foules allaient avec lui. Et se tournant, il leur dit : 26 Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27 Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne vient pas après moi, ne peut être mon disciple. 28 Car quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne s’asseye premièrement et ne calcule la dépense, [pour voir] s’il a de quoi l’achever ? 29 de peur que, en ayant jeté le fondement et n’ayant pu l’achever, tous ceux qui le voient ne se mettent à se moquer de lui, 30 disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever. 31 Ou, quel est le roi qui, partant pour faire la guerre à un autre roi, ne s’asseye premièrement et ne délibère s’il peut, avec 10 000 [hommes], résister à celui qui vient contre lui avec 20 000 ? 32 Autrement, pendant qu’il est encore loin, il lui envoie une ambassade et s’informe des [conditions] de paix. 33 Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il a, ne peut être mon disciple. 34 Le sel donc est bon ; mais si le sel aussi a perdu sa saveur, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? 35 Il n’est propre, ni pour la terre, ni pour le fumier ; on le jette dehors. Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende.
v. 25 · Bible annotée · 18/10/2026
25 à 35
Conditions nécessaires pour suivre Jésus.
Jésus, après avoir quitté la maison du pharisien, (verset 1) avait repris la route de Jérusalem.
Parmi ces grandes foules qui faisaient route avec lui se trouvaient sans doute des pèlerins qui allaient aussi à Jérusalem pour la fête de Pâques. Il y avait encore chez la plupart un entraînement enthousiaste et charnel ; Jésus, pour dissiper tout malentendu, et pour les mettre en garde contre une profession précipitée, leur adresse un avertissement sérieux, sévère même.
v. 25-27 · Godet · 18/10/2026
En voyant ces foules, Jésus comprend qu'il y a là un malentendu. L'Evangile bien saisi ne saurait guères être l'affaire du grand nombre. Il prend la parole pour éclaircir cette situation fausse : « Vous montez avec moi à Jérusalem comme si vous vous rendiez à une fête. Mais savez-vous bien ce que c'est que de se joindre à mon cortège ? C'est renoncer à tout ce que l'on a de plus cher, même à sa vie propre (v. 26), et accepter ce qu'il y a de plus douloureux, la croix (v. 27). » - Venir à moi (v. 26) désigne l'attachement extérieur à Jésus, tandis que être mon disciple, à la fin du verset, indique l'attachement réel à sa personne et à son esprit. Pour que l'acte de marcher avec lui extérieurement se change en union réelle avec lui et que le lien entre le professant et lui devienne intérieur et durable, il faut qu'il s'opère chez le premier une douloureuse rupture avec tout ce qui lui est naturellement cher. On donne souvent au mot haïr, dans ce passade, le sens d'aimer moins . Bleek cite des exemples qui ne sont pas sans force ; ainsi Gen.29.30-31. C'est aussi le sens de la paraphrase de Matthieu.10.37 : ὁ φιλῶν… ὑπὲρ ἐμέ. Cependant, il est plus simple de maintenir le sens naturel du mot haïr, s'il offre une application acceptable. C'est ce qui a lieu dès que nous admettons que Jésus envisage ici les êtres bien-aimés qu'il énumère, comme des représentants de la vie naturelle, de cette vie propre et foncièrement égoïste qui s'élève contre la vie en Dieu, et comme des adversaires de l'attachement à sa personne. Ce sens ressort du dernier terme de l'énumération : et de plus sa propre vie. Ce mot explique celui de haïr. Au fond la vie propre est la seule chose à haïr. Tout le reste n'est haïssable que par sa relation avec ce principe de péché et de mort. D'après Deut.21.18-21, lorsqu'un homme se montrait décidément vicieux ou impie, son père et sa mère devaient être les premiers à lever les pierres pour le lapider. Jésus ne fait ici que spiritualiser ce précepte. Les mots : et de plus sa propre vie, éloignent par conséquent de cette haine toute notion de péché et ne permettent d'y voir qu'une aversion de nature morale.
Verset 27. Il n'y a pas seulement des affections à sacrifier, des liens à rompre ; il y a des souffrances à accepter pour suivre Jésus jusqu'au bout. Ces maux positifs à subir ont pour emblème la croix, le supplice le plus humiliant et le plus douloureux de tous, qui depuis la domination romaine s'était introduit en Israël. - On pourrait traduire, en s'abstenant de suppléer un οὐ devant ἔρχεται : « Celui qui ne porte pas… et qui [néanmoins] vient après moi … » Mais cette interprétation est moins naturelle. - Nous avons trouvé 9.23 une parole toute semblable aussi adressée aux foules, mais dans le nord de la Galilée. Ces foules bien disposées, mais qui suivaient Jésus sans conversion réelle, ne s'étaient jamais figuré rien de semblable à ce qu'il leur fait connaître ici. Leurs préjugés messianiques leur faisaient attendre un avenir entièrement opposé. Jésus rend sensibles à leurs yeux ces deux conditions indispensables de la vraie union avec lui par deux paraboles (v. 28-32).
2o Versets 28 à 32. Les deux paraboles.
Versets 28 à 30. Le constructeur imprévoyant :
v. 26 · Bible annotée · 18/10/2026
Comparer Matthieu 10.37, note ; Matthieu 19.29.
Ces paroles, au premier abord, paraissent être en contradiction avec les préceptes et l'esprit de l'Evangile.
Celui-ci nous enseigne l'amour de tous les hommes, de nos ennemis mêmes, à plus forte raison de nos proches.
Comment faut-il donc les comprendre ? On a cherché à donner à ce mot haïr le sens de : aimer moins , (comparez Genèse 29.30,31) ce qui reviendrait à la signification des paroles de Jésus rapportées par Matthieu : (Matthieu 10.37) "Celui qui aime père ou mère plus que moi n'est pas digne de moi ;" et l'on peut admettre que telle est dans notre passage aussi la pensée du Sauveur.
Cependant, il ne faut pas affaiblir l'expression plus énergique, et évidemment choisie à dessein, qu'il emploie ici. Elle exprime aussi une vérité. (Comparer Matthieu 6.24) Jésus suppose que ces affections de la famille, entrant en conflit avec l'amour que nous lui devons, sont devenues un obstacle à notre communion avec lui et nous empêchent de devenir ses disciples .
Nous devons haïr ce mal, cet éloignement de Dieu sous peine de renoncer à l'amour du Sauveur. (Comparer Luc 12.53)
C'est exactement par le même principe que le disciple de Jésus doit haïr sa propre vie (grec sa propre âme), sa personnalité, son moi , dès que l'amour de lui-même s'oppose à l'amour de Dieu.
Enfin, il est évident, d'après ces paroles, que le chrétien doit être prêt à sacrifier sa vie terrestre tout entière pour la cause de son Maître. Mais qui est-il donc, ce Maître, qui se pose ainsi comme l'objet de l'amour suprême de ses disciples ?
v. 27 · Bible annotée · 18/10/2026
Matthieu 10.38, note ; Matthieu 16.24 ; Marc 8.34 ; Luc 9.23.
Ainsi le renoncement absolu que Jésus vient de prescrire ne suffit pas pour faire d'un homme son disciple ; il n'y a pas seulement des affections et des biens à sacrifier, il y a des souffrances à endurer dans cet esprit d'obéissance et d'amour dont Jésus lui-même était animé, et dont il devait donner l'exemple jusqu'à son dernier soupir.
Ces souffrances ont pour emblème l'instrument qui servira au supplice du Maître. Comme le Maître, chaque disciple a sa propre croix , qu'il doit porter en le suivant . Or, la croix est toujours et pour tous un instrument d'ignominie, de souffrance et de mort.
v. 28-30 · Godet · 18/10/2026
L'édifice à construire est l'image de la vie chrétienne, envisagée de son côté positif : l'œuvre du salut dans le cœur et la vie du fidèle. Le terme de tour désigne une maison considérable, munie d'une tour, qui frappera nécessairement les regards. La vie chrétienne, quand elle est conséquente, est une apparition plus qu'ordinaire, qui ne peut manquer d'exciter l'attention. Mais bâtir coûte ; et l'œuvre une fois commencée, il faut l'achever sous peine d'être exposé à la risée publique. Il importe donc d'avoir fait son devis préalablement et accepté l'atteinte à son capital qui résultera d'un tel travail. Le capital est pour le croyant sa vie propre qu'il faudra dépenser tout entière pour aller jusqu'au bout au service de la sanctification. L'œuvre de Dieu ne se poursuit sérieusement, qu'en sacrifiant jour par jour une partie de ce qui constitue la fortune naturelle du cœur, en particulier les affections profondes rappelées v. 26. Avant donc de se mettre en évidence comme professant, il importe d'avoir bien pesé ces conséquences futures et d'être bien décidé à ne reculer devant aucune d'entre elles, à payer, si l'on peut ainsi dire, les notes jusqu'au bout. S'asseoir, calculer, sont les emblèmes des actes de profond recueillement et de sérieuse méditation qui doivent précéder une vraie profession. C'était précisément là ce que Jésus lui-même avait fait au désert. Qu'arrive-t-il quand cette, condition est négligée ? Après s'être énergiquement prononcé, le nouveau professant recule peu à peu devant les conséquences non prévues et non acceptées de la position qu'il venait de prendre. Il s'arrête effrayé devant le sacrifice de sa vie naturelle ; et par cette inconséquence il provoque le mépris et la raillerie du monde, qui retrouve l'un des siens chez celui qui s'était séparé de lui avec tant d'éclat. Rien ne nuit à l'Evangile comme ces rechutes notoires dues à des professions précipitées.
Versets 31 et 32. Le guerrier imprévoyant :
v. 30 · Bible annotée · 18/10/2026
Le but de cette parabole, comme de la suivante, est de motiver (car ) l'exhortation, impliquée dans la règle précédente, à s'examiner soi-même pour voir si l'on est capable de remplir ces sévères conditions.
Etre disciple de Jésus, (versets 26,27) le suivre, l'imiter en toutes choses, jusqu'à la croix, jusqu'à la mort, est une tâche difficile, bien plus au-dessus des forces de l'homme naturel que bâtir une tour ou une forteresse n'est au-dessus de la fortune d'un pauvre ; ce n'est donc pas avec l'enthousiasme éphémère d'une première émotion religieuse qu'on doit s'engager dans cette difficile carrière.
Il faut s'asseoir , se recueillir, calculer la dépense , avant de faire hautement profession d'être disciple de Jésus. Sans cette précaution, on court le risque de provoquer les moqueries du monde et de devenir une cause d'opprobre pour l'Evangile.
v. 31-32 · Godet · 18/10/2026
C'est ici l'emblème de la vie chrétienne, envisagée sous son aspect négatif, polémique. Si la vie chrétienne peut être comparée à une tour, chère à bâtir, elle ressemble aussi à une guerre périlleuse, celle d'un roi en lutte avec un ennemi matériellement plus fort que lui. Avant donc de braver un tel adversaire par une déclaration de guerre, la profession ouverte de l'Evangile, il faut avoir bien tenu conseil avec soi-même et s'être assuré que l'on est prêt à accepter la conséquence dernière de cette décision, c'est-à-dire à donner pour la cause que l'on a embrassée sa vie même, si elle est requise ; comp. le v. 27. Un petit peuple comme les Suisses ne se couvrirait-il pas de ridicule en déclarant la guerre à la France, sans être décidé à succomber noblement sur le champ de bataille ? Luther n'eût-il pas agi en insensé en affichant ses thèses ou en brûlant la bulle, avant que d'avoir fait dans son for intime le sacrifice de sa vie ? Il est héroïque d'engager une lutte pour une cause juste et sainte, mais à une condition : c'est qu'on ait d'avance accepté la mort, terme possible de cette voie ; autrement cette déclaration de guerre n'est plus qu'une fanfaronnade. - Les mots : s'il est assez fort, ont une légère teinte d'ironie : assez fort pour vaincre, et, comme en de telles conditions cela est impossible, pour mourir dans cette lutte inégale. On a vu dans le v. 32 soit une invitation à se rendre compte de sa faiblesse, afin de demander le secours de Dieu (Olshausen) , soit un appel à se réconcilier promptement avec Dieu (Gerlach). Ces deux interprétations sont insoutenables, parce que le roi ennemi que l'on provoque par la profession de l'Evangile n'est pas Dieu, mais le prince de ce monde. Jésus invite ici ceux qui se posent en disciples sans être décidés à tout risquer, à faire au plus tôt acte de soumission auprès du monde et de son prince, exactement comme dans la parabole précédente il a invité ceux qui ne sont pas décidés à sacrifier leur avoir terrestre à ne pas commencer la profession de l'Evangile. Mieux vaut renoncer à faire un jour des Rameaux, que de finir par se prêter à un Vendredi-Saint ! Plutôt rester un honnête homme religieusement obscur que de devenir ce qu'il y a de plus triste au monde, un chrétien inconséquent ! Avis donc à ceux qui forment le cortège de Jésus, de rentrer promptement dans les bonnes grâces du Sanhédrin, s'ils ne sont pas résolus à suivre leur nouveau Maître jusqu'à la croix ! Jésus tirait aussi ce précepte de son expérience propre. Il avait fait son compte au désert avec le prince de ce monde et avec la vie, avant de commencer publiquement son œuvre. Gess dit avec raison : « Ces deux paraboles montrent avec quel sérieux Jésus s'était lui-même préparé à la mort. »
3o Versets 33 à 35. L'application des deux paraboles, suivie d'une nouvelle image propre à la confirmer.
v. 33 · Bible annotée · 18/10/2026
La seconde parabole a le même sens que la première, avec cette nuance que la vie chrétienne n'est plus comparée à une tour dont la construction exige une grosse dépense , mais à une guerre périlleuse contre un ennemi dont les forces sont bien supérieures à celles que nous pouvons lui opposer par nous-mêmes. Mieux vaudrait rester en paix avec cet ennemi, que de s'exposer à de honteuses défaites.
"Plutôt rester un honnête homme religieusement obscur, que de devenir ce qu'il y a de plus triste au monde, un chrétien inconséquent." Godet.
Grec : ne renonce pas à tous ses biens propres , les objets spéciaux de ce renoncement ont été indiqués au verset 26.
Telle est la conclusion de tout ce discours. Il y a quelque chose de saisissant dans ce mot répété pour la troisième fois : ne peut être mon disciple .
v. 33-35 · Godet · 18/10/2026
C'est ici le dernier mot de cet avertissement destiné à calmer l'enthousiasme irréfléchi de la multitude. L'expression : renoncer à tout ce qu'il a, à la vie naturelle ainsi qu'à toutes les affections et à tous les biens propres à la satisfaire, résume les deux conditions indiquées dans les v. 20 (le renoncement à la jouissance) et 27 (l'acceptation de la croix).
Verset 34. Le sel corrige la fadeur de certaines substances et en préserve d'autres de la corruption ; et c'est une chose bonne, et même belle à observer (καλόν), que l'efficacité merveilleuse de cet agent sur les matières soumises à son énergie vivifiante. C'est de même un beau rôle que celui du disciple de Christ exerçant, par l'âpre et austère saveur de l'Evangile dont il est pénétré, une action purifiante et vivifiante sur la vie fade ou souillée de l'humanité qui l'entoure. Mais, d'autre part, quoi de plus misérable que ce même disciple, s'il ne sait pas renoncer à lui-même et aux biens et jouissances terrestres, et paralyse ainsi la vertu du principe de sainteté qui avait été mis en lui ! Maundrell (dans son Journey from Aleppo to Jérusalem, p. 161-162) parle d'un creux formé dans une montagne de sel par l'exploitation. Il brisa un fragment de ce sel, et quoiqu'il eût encore toutes les apparences de cette substance, il le trouva entièrement dépourvu de saveur (voir Morison, Comment, sur Marc, à 9.50). Ainsi, sous les apparences de la profession chrétienne, peut se produire chez le disciple qui n'a pas renoncé à lui-même un affaiblissement graduel de la vertu de l'Evangile qui peut aller jusqu'à l'affadissement total, et le mettre hors d'état d'exercer, sur le monde qui l'entoure, l'action régénératrice et sanctifiante dont il devait être l'instrument. Son sort est pire alors que s'il n'eût jamais professé l'Evangile. Le sel une fois affadi ne peut plus être rendu salant ; car le vrai sel qu'on y mêlerait ne changerait rien à son état propre de détérioration. Ainsi le chrétien déchu est perdu pour la vie d'en-haut ; il ne peut plus être renouvelé par l'Evangile dont l'action sur lui a échoué. Le ἀρτυθήσεται ne peut être pris dans le sens impersonnel : « Avec quoi salera-t-on ? » Car Jésus ne dépeint pas ici les inconvénients de l'infidélité chrétienne pour le monde, mais pour le professant lui-même ; comp. le : on le jette dehors, v. 35. Le sujet du verbe est donc τὸ ἅλας, le sel lui-même : « avec quoi le sel sera-t-il salé ? » Comp. Marc.9.50 : ἐν τίνι αὐτὸ ἀρτύσετε : « avec quoi le salerez-vous ? »
Verset 35. Le sel affadi n'est plus bon à rien ; il ne peut servir ni de sol, comme la terre, pour produire, ni d'engrais, comme le fumier, pour faire produire. Il n'est donc plus bon qu'à être jeté dehors, qu'à être foulé aux pieds par les hommes (Matth.5.13). Y a-t-il allusion à ce fait que l'on se servait quelquefois de sel pour couvrir les chemins glissants ? Comp. Erubin, f. 104, 1 : Spargunt salem in clivo ne nutent (pedes). Non, le sens est que dès qu'il ne sale plus, le sel n'est plus propre à rien. La vie naturelle peut avoir son utilité pour le règne de Dieu, soit sous la forme de l'honnêteté mondaine représentée par la terre, soit, même sous celle d'une conduite corrompue représentée par le fumier. En effet, dans le premier cas, elle est encore le sol où peut être semé le germe de la vie supérieure ; et dans le second, elle peut, du moins, provoquer une réaction salutaire chez ceux que le mal indigne ou dégoûte, et même chez celui qui a mené cette vie-là, et les pousser ainsi à chercher le salut ; tandis que l'infidélité des chrétiens ne fait qu'inspirer aux autres et à eux-mêmes le dégoût de l'Evangile. L'expression : jeter dehors (livrer à la perdition, Jean.15.6), fait la transition à l'invitation finale : Que celui qui a des oreilles … C'est sans doute cette parole qui a servi de base à la fameuse déclaration de l'épître aux Hébreux.6.4-8. - Voici donc le sens de cet avertissement que Jésus adresse aux troupes qui le suivaient comme si déjà elles faisaient cause commune avec lui : « Il vaut mieux demeurer vis-à-vis de moi dans une position neutre, réservée, silencieuse, que de se hâter de faire une profession de foi enthousiaste, qui serait bientôt suivie de relâchement et d'abandon. Car ce dernier état mettrait l'âme en plus grand péril que son état de corruption naturelle. »
Marc place cette parole, comme Luc, vers la fin du ministère galiléen (Marc.9.50). Matthieu la place tout au commencement, dans le sermon sur la montagne (Matthieu.5.13), dans le passage où est décrite la grandeur du rôle des croyants. Un tel avertissement se comprend assurément mieux à une époque plus avancée. Matthieu a peut-être été amené à le placer là par l'analogie avec la parole semblable : « Vous êtes la lumière du monde » (v. 14).
5. Les paraboles de la grâce. (15.1-32)
Ce morceau renferme :
- une introduction historique (v. 1 et 2) ;
- une paire de paraboles, semblable à celles des chapitres 13 et 14 (v. 3 à 10) ;
- une grande parabole qui complète et couronne les deux précédentes (v. 11 à 32).
C'est un rapport semblable à celui des trois allégories, Jean.10.1-18.
1o Versets 1 et 2. Le préambule.
v. 35 · Bible annotée · 18/10/2026
Comparer, sur cette image, Matthieu 5.13, note, et Marc Marc 9.50, note.
Jésus fait diverses applications de cette image si vraie du sel , dont l'action pénétrante empêche la corruption et communique aux aliments une vivifiante saveur.
Ici, le sel indique le rôle que le disciple joue dans le monde.
On peut donc, avec Meyer, paraphraser ainsi ce verset :"C'est une belle chose d'être mon disciple et, comme tel, de servir à conserver la vie spirituelle parmi les hommes, de même que le sel conserve la pureté et la saveur dans les choses matérielles. Mais si même mon disciple, sous l'influence d'intérêts terrestres, perd cette puissance vivifiante, avec quoi lui sera-t-elle rendue ? Il n'est plus bon à rien, et il serajeté dehors, hors du royaume de Dieu."
Il y a un profond mépris dans ces termes : ni pour la terre, ni pour le fumier ! On peut traduire aussi : ni comme sol ni comme fumier . Le sel ne peut devenir un terrain que l'on ensemence, (Psaumes 107.34) et il ne peut servir d'engrais.
Cette parole, qui revient si souvent dans les discours de Jésus, doit attirer l'attention sur la dernière comparaison, aussi bien que sur les enseignements qui précèdent.