Cet entretien marque un moment plus avancé du repas. Jésus venait de montrer les justes recevant dans le royaume du Messie l'équivalent des moindres œuvres d'amour qu'ils ont accomplies ici-bas. Cette parole a éveillé dans le cœur d'un des convives le doux pressentiment des joies célestes ; ou peut-être n'est-elle pour lui que l'occasion de tendre à Jésus un piège et de l'amener à énoncer sur ce sujet quelque hérésie. La tendance sévère de la parabole suivante pourrait favoriser cette seconde interprétation. En tout cas, l'énumération du v. 21 (comp. v. 13) prouve la relation étroite qui existe entre ces deux parties de l'entretien.
L'expression ἄρτον φαγεῖν, manger du pain, est hébraïque ; elle signifie prendre le repas. « Heureux, veut dire l'interlocuteur, celui qui sera admis au banquet céleste ! » Jésus comprend qu'il manque à cet homme la notion des conditions morales nécessaires pour cette admission. « Oui, heureux ! mais prends garde de repousser ce bonheur, au moment où tu en exaltes la grandeur ! L'invitation de la part de Dieu telle qu'elle vous est adressée ne suffit pas ; il faut encore l'acceptation de votre part. » La leçon ἐποίει, faisait, renferme précisément l'idée que le repas reste comme suspendu, incertain, aussi longtemps que les invités ne sont pas venus. Le mot πολλούς, de nombreux convives, v. 16, avait sa vérité, appliqué au seul peuple juif. Car cette invitation représente les avances divines faites à Israël à toutes les époques de son histoire. - Le dernier avis donné aux convives (v. 17) se rapporte aux ministères de Jean-Baptiste et de Jésus lui-même. C'est l'usage en Orient de donner un dernier avertissement à l'heure du repas ; voir Rosenmüller, Morgenl. V, 192 et s. ; Thompson, The Land and the Book, I, 9 : « Dans les campements et les villages arabes, on entend retentir à l'heure du repas l'avertissement : Tout est prêt ! » Il n'y a donc pas d'oubli possible. Par ce mot : « Tout est prêt, » Jésus proclame la magnifique gratuité du salut.