1 Et tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. 2 Et les pharisiens et les scribes murmuraient, disant : Celui-ci reçoit des pécheurs, et mange avec eux. 3 Et il leur dit cette parabole, disant : 4 Quel est l’homme d’entre vous, qui, ayant 100 brebis et en ayant perdu une, ne laisse les 99 au désert, et ne s’en aille après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée ? 5 et l’ayant trouvée, il la met sur ses propres épaules, bien joyeux ; 6 et, étant de retour à la maison, il appelle les amis et les voisins, leur disant : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis perdue. 7 Je vous dis, qu’ainsi il y aura de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de repentance.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
Les paraboles de la grâce. Chapitre 15. 1 à 10
La brebis égarée et la drachme perdue.
Les péagers , haïs à cause de leur profession, et méprisés à cause des injustices qu'ils commettaient souvent en l'exerçant, (Matthieu 5.46, note) les pécheurs , hommes connus comme vicieux et plus ou moins perdus de réputation, s'approchaient de Jésus, afin de mieux entendre les paroles de miséricorde et de pardon qui sortaient de sa bouche.
Peut-être tel de ses enseignements avait-il réveillé leur conscience. Ils sentaient douloureusement le poids et l'amertume du péché, et repoussés de tous, ils étaient attirés vers cet Envoyé de Dieu, qui toujours avait témoigné à leurs pareils sa tendre compassion.
Les versets versets 1,2 décrivent une situation qui se reproduisait chaque fois que Jésus s'arrêtait quelque part pour annoncer l'Evangile. Ainsi s'explique le mot tous les péagers, qui désigne tous ceux qui se trouvaient là en ce moment.
v. 1-2 · Godet · 18/10/2026
Cette introduction historique nous donne, comme le font à chaque fois ces courtes notices de Luc, la clef des paroles suivantes. - Holtzmann ne voit dans la situation indiquée qu'une invention de Luc. De quel droit ? Weizsæcker pense que Luc a transformé un état de choses habituel dans le ministère de Jésus en un fait particulier. Sans doute des situations analogues devaient se reproduire fréquemment ; mais c'est précisément ce qu'indique le texte lui-même par la forme analytique ἦσαν ἐγγίζοντες. Le fait particulier que Luc a en vue ne commence réellement qu'au v. 3 avec le εἰπεν δέ, or il dit : Un jour où un état de choses, tel que celui décrit v. 1 et 2, avait lieu, il parla ainsi. […]
v. 2 · Bible annotée · 18/10/2026
Voir, sur les pharisiens , Matthieu 3.7, note, et, sur les scribes , Matthieu 23.2, note.
Le verbe grec que nous traduisons par murmuraient est composé d'une particule qui indique qu'ils proféraient ces murmures entre eux.
La cause de leur mécontentement, qui se donnait les airs de l'indignation, est ici exprimée : Jésus non seulement recevait , accueillait avec bonté les péagers et les pécheurs, mais il condescendait à manger avec eux , ce qui était, en Orient, une marque de familiarité et de confiance.
Les orgueilleux pharisiens ne pouvaient ni comprendre ni pardonner cette conduite du Sauveur. Ils affectaient d'y voir un mépris de la moralité et de la justice, dont ils se croyaient seuls en possession.
Leurs murmures étaient donc à la fois un blâme infligé à Jésus et l'expression de leur dédain pour les péagers et les pécheurs.
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
Jésus répond par trois admirables paraboles : une brebis perdue, une drachme perdue, un fils perdu , indiquant dès l'abord que c'est précisément ce qui est perdu qu'il cherche avec compassion et amour. Puis, la joie qu'il éprouve de le retrouver et de le sauver devait couvrir de confusion les pharisiens, qui étaient animés de sentiments si différents.
v. 3-4 · Godet · 18/10/2026
La forme interrogative que Jésus donne à sa réponse, est un appel à leur propre jugement : « Lequel d'entre vous dans une circonstance infiniment moins importante ne fait pas lui-même ce que vous me reprochez de faire dans une circonstance bien plus grave ? » Cet appel est renforcé de l'argument a fortiori : une brebis, un être humain ! - Le ἄνθρωπος, un homme, est tacitement opposé à Dieu (v. 7). - Une est un nombre qui en proportion de cent est bien peu de chose. Il résulte déjà de là que c'est moins l'intérêt que la pitié qui pousse le berger à agir comme il le fait ; c'est ce que prouvent du reste abondamment tous les détails du v. 5 qui décrivent la tendresse du berger et, aux v. […]
v. 4 · Bible annotée · 18/10/2026
Jésus en appelle aux propres sentiments de ses auditeurs : Quel est l'homme d'entre vous ? Puis il recourt à cette image du bon berger, (Jean 10) sous laquelle de tout temps l'Eglise s'est représenté son Sauveur et son Chef.
La brebis est incapable, dés qu'elle est égarée, de revenir au bercail ou de se défendre en présence du moindre danger, ou de supporter aucune fatigue. Pour qu'elle ne soit pas irrévocablement perdue, il faut que le berger la cherche, la porte, lui prodigue tous ses soins. Parfaite image de l'homme pécheur, éloigné de Dieu.
Jésus décrit sa compassion et son amour sous les traits de ce berger qui cherche sa brebis sans relâche jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée . […]
v. 5-7 · Godet · 18/10/2026
Chaque trait dans ce tableau respire une vive tendresse : la persévérance dans la recherche (jusqu'à ce qu'il… ), les soins affectueux pour le pauvre animal fatigué (sur ses épaules ), la joie qu'il éprouve à porter ce fardeau (χαίρων), et le débordement de cette joie sur tous ceux qui l'entourent (συγκαλεῖ, il invite …). Quel tableau des efforts compatissants de Jésus auprès de ces êtres égarés qui composaient la lie du peuple de Dieu, de son miséricordieux support envers eux et de ses tendres encouragements, enfin de sa joie débordante dans cet acte du προσδέχεσθαι, rappelé v. […]
v. 6 · Bible annotée · 18/10/2026
Impossible d'exprimer d'une manière plus touchante les soins du berger pour sa brebis et sa joie de l'avoir retrouvée. (Comparer Ezéchiel 34.12-16)
- Dans le verset suivant, Jésus nous dit ce qu'il faut entendre par les amis et les voisins .
v. 7 · Bible annotée · 18/10/2026
Qui est-ce qui éprouve cette joie dans le ciel ?
Dieu, le Sauveur, les anges de Dieu, (verset 10) qui prennent part au salut d'une âme perdue. Quel amour se révèle dans ce trait de la parabole !
- Mais existe-t-il sur la terre des justes qui n'ont pas besoin de repentance ? (Voir sur ce dernier mot, Matthieu 3.2, note.)
Jésus l'enseignerait-il ici ? Nullement. Il parle au point de vue de cette légalité dont se prévalaient ses auditeurs pharisiens. […]
8 Ou quelle est la femme, qui, ayant dix drachmes, si elle perd une drachme, n’allume la lampe et ne balaie la maison, et ne cherche diligemment jusqu’à ce qu’elle l’ait trouvée ? 9 et l’ayant trouvée, elle assemble les amies et les voisines, disant : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue. 10 Ainsi, je vous dis, il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent.
v. 8-10 · Godet · 18/10/2026
Par la forme interrogative, Jésus fait de nouveau appel à la manière d'agir des auditeurs eux-mêmes. Seulement, parlant d'une femme, il retranche ici le ἐξ ὑμων, d'entre vous, du v. 4, sans doute parce qu'il est censé ne parler qu'aux hommes dans l'assemblée. Une femme est parvenue à mettre de côté dix drachmes, c'est-à-dire, comme la drachme valait à peu près 2 €, une somme de 20 €. D'après Matth.20.2, la journée de travail d'un homme se payait, un denier, 25 centimes de moins qu'une drachme, combien de journées de travail ne représente donc pas pour cette pauvre femme ce petit trésor ! Elle avait compté sur cet argent pour quelque achat, quelque paiement. […]
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
La drachme était une monnaie grec que, valant, comme le denier romain, un peu moins d'un franc, prix de la journée d'un ouvrier. (Matthieu 20.2)
La répétition du mot (dix drachmes, une seule drachme ), omise par nos versions, et plus encore la description des soins minutieux que prend cette pauvre femme pour retrouver sa drachme perdue, sont destinées à montrer combien elle lui était précieuse. Péniblement gagnée, cette pièce d'argent était nécessaire à sa subsistance.
Ainsi, cette parabole très semblable à la précédente, nous révèle l'amour de Dieu sous un aspect différent. Là, c'est sa compassion pour un être malheureux et en danger de périr ; ici, c'est le prix que conserve à ses yeux, tout perdu qu'il est, un homme créé à son image, destiné à lui appartenir pour toujours. Dieu fera tout plutôt que de consentir à le perdre. C'est bien l'un des caractères de l'amour, qui est peint sous l'image de la joie de cette femme.
v. 10 · Bible annotée · 18/10/2026
Ces termes : devant les anges de Dieu , correspondent à dans le ciel (verset 7) et expriment plus clairement qui éprouve cette joie. Ils peuvent indiquer, soit la joie que les anges eux-mêmes éprouvent du salut d'une âme, soit la joie de Dieu, qui se manifeste devant eux , en leur présence. Le premier sens est probablement dans la pensée de Jésus
11 Et il dit : Un homme avait deux fils ; 12 et le plus jeune d’entre eux dit à son père : Père, donne-moi la part du bien qui me revient. Et il leur partagea son bien. 13 Et peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, s’en alla dehors en un pays éloigné ; et là il dissipa son bien en vivant dans la débauche. 14 Et après qu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays-là ; et il commença d’être dans le besoin. 15 Et il s’en alla et se joignit à l’un des citoyens de ce pays-là, et celui-ci l’envoya dans ses champs pour paître des pourceaux. 16 Et il désirait de remplir son ventre des gousses que les pourceaux mangeaient ; et personne ne lui donnait [rien]. 17 Et étant revenu à lui-même, il dit : Combien de mercenaires de mon père ont du pain en abondance, et moi je péris ici de faim ! 18 Je me lèverai et je m’en irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; 19 je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. 20 Et se levant, il vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, et, courant [à lui], se jeta à son cou et le couvrit de baisers. 21 Et le fils lui dit : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. 22 Mais le père dit à ses esclaves : Apportez dehors la plus belle a 22a litt. : la première. robe, et l’en revêtez ; et mettez un anneau à sa main et des sandales à ses pieds ; 23 et amenez le veau gras et tuez-le ; et mangeons et faisons bonne chère ; 24 car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils se mirent à faire bonne chère. 25 Or son fils aîné était aux champs ; et comme il revenait et qu’il approchait de la maison, il entendit la mélodie et les danses ; 26 et, ayant appelé l’un des serviteurs, il demanda ce que c’était. 27 Et il lui dit : Ton frère est venu, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré sain et sauf. 28 Et il se mit en colère et ne voulait pas entrer. Et son père étant sorti, le pria. 29 Mais lui, répondant, dit à son père : Voici tant d’années que je te sers b 29b servir, ici : être esclave, servir comme tel., et jamais je n’ai transgressé ton commandement ; et tu ne m’as jamais donné un chevreau pour faire bonne chère avec mes amis ; 30 mais quand celui-ci, ton fils, qui a mangé ton bien avec des prostituées, est venu, tu as tué pour lui le veau gras. 31 Et il lui dit : [Mon] enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ; 32 mais il fallait faire bonne chère et se réjouir ; car celui-ci, ton frère, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.
v. 11 · Bible annotée · 18/10/2026
11 à 32
Parabole de l'enfant prodigue.
Les deux paraboles qui précèdent suffisaient, semble-t-il, pour confondre les murmures des pharisiens, (verset 2) d'autant plus que Jésus en avait lui-même clairement indiqué la signification. (versets 7,10)
Mais il avait à cœur de peindre dans leur profondeur, leur complexité et leurs tragiques alternatives, ces rapports de l'homme avec Dieu qui constituent toute la religion. Il le fait dans un tableau saisissant emprunté à la vie de tous les jours. Il montre comment l'homme se perd par le péché, comment il se retrouve par la repentance, et quelle est la miséricorde infinie de Dieu qui le reçoit et le sauve. […]
v. 11-13 · Godet · 18/10/2026
Jésus n'emploie plus la forme interrogative ; il n'y a plus ici appel au jugement naturel. C'est un vrai récit, une révélation directe des pensées de Dieu à l'égard de l'homme pécheur. - Le père et les deux fils représentent toute la famille théocratique. Le fils aîné, en tant que représentant naturel de la famille, porteur de la gens, est attaché plus profondément que le cadet au sol du foyer domestique ; en lui Jésus personnifie les conservateurs Israélites, lévitiquement irréprochables, spécialement les pharisiens. […]
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
Le plus jeune est dans l'âge des passions, particulièrement exposé aux séductions du monde.
La part du bien qui devait un jour lui échoir en héritage était, d'après le droit mosaïque, (Deutéronome 21.17) la moitié de ce qui revenait au fils aîné, soit le tiers de la fortune paternelle. Il demande à son père de lui remettre, par avance, en argent, l'équivalent de ce tiers. Le verset suivant va dire quelle était son intention.
Il leur partagea son bien, c'est-à-dire que le père fit la part de l'un et de l'autre, qu'il remit au fils cadet la sienne et conserva par devers lui celle du fils aîné. (verset 31) […]
v. 13 · Bible annotée · 18/10/2026
Tel était le but du jeune homme en demandant sa part de biens. Le manque d'amour pour son père, la passion de l'indépendance, lui rendent intolérable la discipline de la maison paternelle et lui ôtent tout sentiment du bonheur dont il aurait pu y jouir.
Impatient de posséder sa liberté (peu de jours après ), il part, sans songer au chagrin qu'il va causer à son père. Le pays éloigné où il se rend est l'image de l'état de l'homme sans Dieu. L'éloignement de Dieu est l'essence même du péché. Tout ce qui va suivre n'est que l'inévitable conséquence du départ de l'enfant prodigue. […]
v. 14 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : et lui-même (indépendamment de la famine) commença à manquer (de tout).
Ce mot : il commença , marque un moment terrible dans l'expérience du jeune insensé. Il voit qu'il n'a plus aucune ressource, et autour de lui règne une grande famine qui lui ôte tout espoir.
Il n'est pas d'état plus affreux que celui d'une âme sans Dieu, vide de toute paix et de toute espérance, remplie d'agitation et d'amertume, et à laquelle le monde, dont elle a épuisé les jouissances, n'a plus rien à offrir. N'avoir rien en soi, rien au ciel, rien sur la terre, c'est le désespoir.
Le jeune homme de la parabole reconnaîtrait-il maintenant sa folie ? Songera-t-il à revenir à son père ? Non, pas encore. Il faut qu'il descende encore plus bas dans l'abîme où l'a conduit son péché et qu'il en savoure toutes les amertumes.
v. 14-16 · Godet · 18/10/2026
Au lieu de l'abondance, le dénuement (v. 14) ; au lieu de la liberté, l'esclavage (v. 15).
La liberté de jouir n'est pas illimitée, comme se le figure le pécheur ; elle a deux sortes de limites : les unes tenant à l'individu lui-même, telles que le dégoût, le remords, le sentiment d'isolement, d'abjection résultant du vice (lorsqu'il eut tout dépensé ) ; les autres, qui proviennent, de certaines circonstances extérieures défavorables, représentées ici par cette famine qui survient en ce moment : ce sont les calamités domestiques ou publiques, les accidents, la maladie, etc., qui achèvent de briser le cœur déjà accablé ; et enfin, dans cet état misérable, la privation de toute consolation […]
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce jeune homme riche et libre dans la maison paternelle, le voilà dans l'indigence et la servitude ; ce fils d'une famille honorable, le voilà faisant paître des pourceaux , ce qui, outre l'abjection du métier, était un objet d'horreur pour un Juif.
Le verbe de l'original : il s'attacha (littér. il se colla ), que nos versions affaiblissent en le traduisant par : il se mit au service de , relève encore ce qu'il y avait d'abject dans cette dépendance à l'égard d'un maître païen.
Il y a, dans le monde moral, des suites du péché plus dégradantes encore.
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
Se remplir le ventre est la leçon du texte reçu avec A et la plupart des majuscules Sin., B, D lisent se rassasier , ce qui parait une correction.
Quand, après avoir fait paître les pourceaux toute la journée, il les ramenait le soir au logis on les nourrissait ensuite de gousses (espèce de fèves grossières, servant à l'alimentation des animaux) ; mais à lui, personne ne lui en donnait .
Le mépris qu'on lui témoigne ainsi en l'oubliant, la faim qui le dévore et que rien n'apaise, tel est le dernier degré d'un abaissement, d'une souffrance à laquelle on ne saurait rien ajouter.
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
Etant donc rentré en lui-même , tel est le premier pas vers le relèvement. Jusqu'alors, il avait vécu hors de lui-même, entraîné par le tourbillon des passions, du monde extérieur.
Maintenant, il revient à lui ; il voit toute l'horreur de sa situation et il découvre dans son cœur un abîme de maux, sur lesquels il avait volontairement fermé les yeux.
Dès ce moment, une pensée qu'il avait tenue éloignée vient émouvoir son cœur profondément malheureux : son père , la maison de son père. Là, il s'en souvient, même les mercenaires , des ouvriers qui sont engagés pour un temps seulement et que le maître n'a pas intérêt à soigner d'une manière spéciale, ont du pain (grec des pains ) en abondance ; et lui, il meurt de faim . (Grec : vrai texte : mais moi je péris ici de famine .)
Il serait superflu de montrer la profonde vérité de tous ces traits dans l'expérience morale de l'âme.
v. 17-19 · Godet · 18/10/2026
Ici commence le tableau de la conversion du pécheur. Ce changement moral consiste essentiellement dans le nouveau mode d'appréciation résultant d'une si profonde misère (μετανοία, le changement du νοῦς). Le mot ἕφη, chez les alex., est plus solennel que le εἶπεν des byz. et convient, mieux à ce moment décisif. Le premier pas dans ce changement est le retour à soi. Il y avait longtemps qu'il vivait tout en dehors de lui. Le péché est une dissipation du cœur et de l'esprit. Rentrer en soi, c'est commencer à retrouver Dieu, car le cœur humain est de nature le sanctuaire de Dieu. - Deux traits caractérisent le nouveau mode d'appréciation qui se produit à la suite de ce moment de recueillement. […]
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
Du sentiment de sa misère naît dans le cœur du fils repentant une ferme résolution ; c'est le second pas dans son relèvement.
- Malgré le trouble de sa conscience et le sentiment qu'il a de son indignité, il appelle encore son père , ce père qu'il a tant offensé. Jésus nous donne dans ce trait délicat toute une révélation de la miséricorde de Dieu, dont le sentiment persiste dans le cœur du pécheur repentant, et sans lequel il ne lui resterait que le désespoir.
Ceci encore appartient à sa résolution. Il n'ira pas, devant son père, invoquer comme excuses sa jeunesse, ses passions, ou les entraînements du monde ; non : j'ai péché , voilà le mot qui brise dans l'homme toutes les résistances de l'orgueil, et qu'il n'arrive à prononcer qu'après une lutte terrible contre cet orgueil.
Les deux termes : contre le ciel et contre toi , n'ont de sens distinct que dans la parabole. Ils se confondent dans l'application.
v. 19 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : fais-moi comme l'un de tes mercenaires .
Amener le pécheur à sentir qu'il a perdu tous ses titres à être un enfant de Dieu, tel est l'effet de la vraie repentance.
Mais l'amour, qui renaît dans son cœur avec la repentance, lui inspire en même temps le désir de rentrer en grâce auprès de Dieu, d'être admis dans sa famille, fûtce à la dernière place.
v. 20 · Bible annotée · 18/10/2026
Et s'étant levé ; la résolution prise est aussitôt exécutée. Quand on dit que "l'enfer est pavé de bonnes résolutions," cela n'est vrai que de celles qui ont été prises sans un sentiment profond du péché.
Quel tableau émouvant ! Quelle révélation de l'amour de Dieu ! Chaque mot en porte l'enseignement touchant et profond. Comme il était encore loin , bien avant qu'il eût pu atteindre cette maison paternelle dont il ne s'approchait qu'en tremblant, son père le vit .
Evidemment le père l'attendait, sa tendresse était aux aguets pour surprendre le retour de son enfant. […]
v. 20-21 · Godet · 18/10/2026
C'est ici la description du fait décisif de la foi. Le malheureux se lève, vient. Ce n'est plus pensée, velléité, désir ; c'est un acte, et cet acte change son existence. Quelle impression ne devait pas produire sur les péagers présents ce tableau émouvant de leurs expériences passées et présentes ! Mais quelle émotion plus profonde encore ne durent-ils pas ressentir en entendant Jésus dévoiler, dans ce qui suit, les sentiments et la conduite de Dieu envers eux. Le cœur même de Dieu semble s'épancher dans ce récit. Chaque mot vibre de l'émotion à la fois la plus tendre et la plus sainte. […]
v. 21 · Bible annotée · 18/10/2026
Voir versets 18,19, note.
Les derniers mots de la réponse projetée : traite-moi comme l'un de tes mercenaires , manquent.
On a expliqué leur absence en supposant que le père interrompt son fils.
Il est peut-être plus naturel de penser que c'est le fils lui-même qui, en présence de l'accueil du père, se sent incapable d'aller jusqu'au bout. La tendre compassion que le père lui témoigne lui montre qu'il est pardonné et ne lui permet pas d'ajouter : traite-moi comme l'un de tes mercenaires .
Crainte, regrets amers, angoisse de la conscience, tout disparaît de son cœur maintenant comblé de paix et d'amour.
Plusieurs manuscrits (Sin, B, D, etc.) renferment cette demande copiée de verset 19.
v. 22 · Bible annotée · 18/10/2026
Honorez-le comme fils et fils bien-aimé d'un père riche et puissant.
Un anneau au doigt et des souliers ou des sandales aux pieds étaient le signe de l'homme libre ; les esclaves allaient nupieds.
La réhabilitation du fils est complète ; il reçoit le pardon de ses fautes gratuitement et tout de suite, sans conditions ni délais ; il est réintégré dans la maison et dans l'amour de son père comme si rien ne s'était passé.
- Tel est le sens général de ces traits de la parabole. Une saine exégèse ne doit pas se perdre dans des allégories imitées des Pères de l'Eglise et d'après lesquelles la robe signifierait la justice de Christ, (Esaïe 61.10) l'anneau , le sceau du Saint-Esprit, les souliers , la facilité de marcher dans une vie nouvelle. (Ephésiens 6.15)
Les mêmes interprètes n'ont-ils pas vu aussi le diable dans le possesseur des pourceaux, dans les pourceaux eux-mêmes des démons, (versets 15,16) et dans l'immolation du veau gras le sacrifice de Christ ? !
v. 22-24 · Godet · 18/10/2026
La justification du pécheur repentant et croyant, telle qu'elle se réalisait en ce moment chez les péagers : voilà ce que Jésus décrit ici. Le pardon est à la fois gratuit et complet ; nul noviciat humiliant ; nul stage dans les positions inférieures. Il a pour effet une réhabilitation immédiate, aussi complète que la repentance a été sincère et la foi profonde. Tous ces traits : la robe, l'anneau, les sandales, doivent être expliqués d'après la parabole elle-même, dans laquelle ils sont simplement l'expression de la réintégration parfaite du pécheur dans la position filiale. Les alex. retranchent, l'article τήν devant στολήν, et avec raison. […]
v. 23 · Bible annotée · 18/10/2026
Notre parabole peint sous l'image d'un banquet de famille cette joie que les deux similitudes précédentes n'avaient fait qu'indiquer. (versets 7,10) Cette joie succède aussi, dans l'âme du pécheur sauvé, aux profondes douleurs de la repentance.
v. 24 · Bible annotée · 18/10/2026
Mort et perdu , tel est l'état moral de tout homme qui ne vit pas en Dieu. (Comparer Matthieu 8.22 ; Ephésiens 2.1 ; 5.14)
Dieu seul, en effet, est la source de la vie et la destination suprême de tout être intelligent. Revenir à Dieu, c'est donc revenir à la vie et retrouver sa destination éternelle.
- Jésus décrit dans cette parabole le péché et ses suites amères, la repentance et le bonheur ineffable de la réconciliation avec Dieu ; mais il ne se présente pas comme le médiateur de cette réconciliation.
Dans d'autres déclarations, il indique nettement l'œuvre de la rédemption qui seule permettra à l'homme de rentrer en grâce auprès de Dieu et de recevoir l'esprit d'adoption. […]
v. 25 · Bible annotée · 18/10/2026
Mais , cette particule marque le contraste entre ce qui précède et ce qui va suivre.
Ce fils aîné (grec plus âgé ) était donc occupé au service de son père (aux champs ), employé à une œuvre bonne en soi. Et pourtant, les sentiments de son cœur, qu'il va nous révéler, n'ont rien de filial. Jésus, après avoir retracé le tableau du pécheur repentant et réconcilié avec Dieu, nous présente maintenant l'image des pharisiens mécontents. (verset 2 ; comparez avec versets 28-30)
Dans tous les grands banquets, des morceaux de musique et des danses étaient exécutés le plus souvent par des gens engagés à cet effet.
v. 25-28 · Godet · 18/10/2026
Tandis que toute la maison est en fête, le fils aîné est au travail. Quelle image du pharisien occupé à ses observances, tandis que le cœur des pécheurs repentants s'épanouit aux joyeuses clartés de la grâce ! Tout libre et joyeux élan, sous l'impression restaurante de l'amour divin, est étranger et par conséquent, antipathique à ces esprits méthodiquement froids et hautains. - Plutôt que d'entrer directement dans la maison, le fils aîné commence par se renseigner auprès d'un serviteur ; il ne se sent pas chez lui dans cette maison (Jean.8.35). […]
v. 27 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce serviteur , un simple esclave sans doute, ne mentionne que le veau gras tué, parce que c'était là, à ses yeux, la principale marque d'un joyeux banquet.
De même, il ne sait rien dire de celui qui est l'objet de cette fête, sinon qu'il est venu et cela en bonne santé , terme qu'il faut entendre à la lettre, et non dans un sens moral.
Cet esclave parle selon sa portée ; ce qu'il y a de plus profond dans la situation lui échappe. Admirable justesse de chaque trait de la parabole !
v. 28 · Bible annotée · 18/10/2026
L'exhortait à entrer et à montrer de meilleurs sentiments envers son père et son frère.
C'est ce que Jésus faisait constamment à l'égard des pharisiens.
v. 29 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce langage de la propre justice est pris sur le fait.
Pour le fils aîné, être dans la maison de son père n'est pas un bonheur, mais un service (le mot grec signifie l'œuvre d'un esclave), service dont il compte les années .
Il se vante de n'avoir jamais violé les commandements de son père. Cela est possible, mais, pour un père, quelle est la valeur d'une obéissance sans amour ?
Enfin, comme s'il n'avait pas eu la jouissance de toute la maison paternelle, il reproche à son père de ne lui avoir jamais donné de récompense, pas même un chevreau , peu de chose comparé au veau gras (B porte même un petit chevreau .)
La récompense de l'enfant de Dieu, c'est le bonheur de la communion de son père. (Genèse 15.1) La propre Justice ignore cette vérité.
v. 29-32 · Godet · 18/10/2026
Cet entretien renferme la pleine révélation du sentiment pharisaïque et fait bien ressortir son contraste avec le sentiment paternel de Dieu. Cette démarche du père de la parabole qui sort au-devant de son fils et l'invite à entrer, se réalise dans cet entretien même entre Jésus et ses auditeurs pharisiens ; car ce Jésus qui parle avec eux, c'est le Dieu du salut qui est comme en instance auprès d'eux pour les faire entrer dans son plan de miséricorde et de pardon. - La réponse du fils à cette prière (v. 29 et 30) renferme deux accusations contre le père : l'une porte sur sa manière d'agir envers lui (v. 29) ; l'autre sur sa conduite à l'égard de son fils cadet (v. 30). […]
v. 30 · Bible annotée · 18/10/2026
Sans amour pour son père, le fils aîné n'éprouve pour son frère que haine et mépris : celui-ci, ton fils (il se garde bien de l'appeler mon frère ), qui a dévoré ton bien (terme choisi à dessein) avec des femmes de mauvaise vie .
Ce dernier trait"est un coup de pinceau ajouté au tableau du verset 13 par la main charitable de ce frère." Godet.
- Si la première partie de cette parabole devait être un touchant encouragement pour les péagers et les pécheurs repentants qui écoutaient le Sauveur, de quelle confusion ces paroles du fils aîné n'auraient-elles pas dû remplir les pharisiens dont elles traduisaient fidèlement les murmures ? (versets 1,2)
v. 31 · Bible annotée · 18/10/2026
Ces paroles pleines d'amour (mon enfant ) ont inspiré à quelques interprètes la pensée qu'il faut envisager le fils aîné, malgré ses défauts, comme un véritable enfant de Dieu. Mais elles sont destinées seulement à peindre la situation du fils aîné envers son père telle qu'elle est donnée dans la parabole. Il était toujours avec son père et en aurait senti le bonheur, s'il avait su l'aimer. L'héritage des biens de son père lui était assuré.
Telle était la position de tout le peuple de l'alliance. Il était auprès de Dieu, qui le cherchait même alors d'une manière spéciale par la présence du Sauveur, et toutes les richesses de sa miséricorde lui étaient offertes. (Romains 3.1 ; 9.1-5)
Mais ce peuple, semblable au fils aîné, imbu d'une propre justice pharisaïque, ne savait pas jouir de ces immenses privilèges, parce qu'il fermait son cœur à l'amour de Dieu et méprisait les pauvres pécheurs repentants qui venaient à Jésus.
v. 32 · Bible annotée · 18/10/2026
Grec : il fallait être dans l'allégresse (qui se manifeste par ce festin) et se réjouir ; il le fallait, car cette joie n'est que l'effusion de mon amour. (versets 7,10) Et l'objet de cette joie, c'est ton frère , qui était perdu et qui est sauvé. (verset 24, note.)
Quel contraste entre ces paroles et les sentiments du fils aîné ! or ces sentiments étaient ceux des pharisiens qui écoutaient le Sauveur.
-"Ici s'arrête la parabole. Jésus ne raconte pas le parti qu'a pris le fils aîné. Pourquoi ? Parce que c'était aux pharisiens à voir eux-mêmes ce qu'ils voulaient faire, s'ils entreraient, à l'appel de Dieu, ou s'ils resteraient dehors. A eux d'achever la parabole." Godet.