Ici commence le tableau de la conversion du pécheur. Ce changement moral consiste essentiellement dans le nouveau mode d'appréciation résultant d'une si profonde misère (μετανοία, le changement du νοῦς). Le mot ἕφη, chez les alex., est plus solennel que le εἶπεν des byz. et convient, mieux à ce moment décisif. Le premier pas dans ce changement est le retour à soi. Il y avait longtemps qu'il vivait tout en dehors de lui. Le péché est une dissipation du cœur et de l'esprit. Rentrer en soi, c'est commencer à retrouver Dieu, car le cœur humain est de nature le sanctuaire de Dieu. - Deux traits caractérisent le nouveau mode d'appréciation qui se produit à la suite de ce moment de recueillement. Ce qu'il avait fui (la maison paternelle), il le désire ; ce qu'il avait recherché (la terre étrangère), il l'a en horreur. - Les μίσθιοι, mercenaires, dont la position lui paraît enviable, ne sont pas même les serviteurs ordinaires de la maison paternelle. Ce sont des ouvriers à gages, étrangers à la famille. Jésus ne pense-t-il point ici à ces nombreux prosélytes païens qui s'étaient attachés au judaïsme, qui avaient leur place dans le parvis et pouvaient de loin participer au culte, tandis que les péagers et les vicieux étaient généralement privés de ces avantages, soit volontairement, soit comme excommuniés ? - De ce changement de sentiment naît une résolution (v. 18) ; elle repose sur un lointain souvenir de la bonté de son père ; c'est la première lueur du sentiment de la foi. Pour comprendre ces deux expressions : contre le ciel et devant toi, il ne faut pas oublier que nous sommes encore dans la parabole. Dans la relation entre ce fils et son père, elles ont un sens distinct. Contre le ciel : car le ciel est le vengeur de tous les sentiments sacrés outragés, en particulier de la piété filiale foulée aux pieds ; devant toi : car au moment du départ son père le suivait des yeux avec douleur, et il avait bravé ce dernier regard et hardiment tourné le dos. Ἀναστάς, me levant ; il faudra un effort. La possibilité d'une réhabilitation immédiate et complète n'entre pas dans sa pensée. Il est prêt à accepter la position de simple ouvrier étranger, dans cette maison où il a vécu en fils, mais où il aura au moins de quoi satisfaire sa faim. C'est bien là l'image de ce péager (décrit au ch. 18), qui, dans le temple même où il s'était rendu, se mettant au rang des prosélytes païens qui avaient accès dans le parvis, se tenait éloigné et n'osait pas lever sa face vers Dieu. - Le trait essentiel, c'est que, cette résolution une fois prise, il l'exécute.
Versets 20 à 21. Le retour :