Jésus n'emploie plus la forme interrogative ; il n'y a plus ici appel au jugement naturel. C'est un vrai récit, une révélation directe des pensées de Dieu à l'égard de l'homme pécheur. - Le père et les deux fils représentent toute la famille théocratique. Le fils aîné, en tant que représentant naturel de la famille, porteur de la gens, est attaché plus profondément que le cadet au sol du foyer domestique ; en lui Jésus personnifie les conservateurs Israélites, lévitiquement irréprochables, spécialement les pharisiens. Le lien du cadet avec la race est moins étroit ; il est par conséquent, plus accessible à la tentation de rompre avec elle ; c'est l'image de ceux qui ont renoncé à la légalité juive, des péagers et gens à mœurs déréglées. La demande qu'il adresse à son père s'explique par les prescriptions du droit israélite. L'aîné devant recevoir une double part de l'héritage (Deut.21.7), le cadet désirait que son père, anticipant le partage, lui remît en argent l'équivalent de son tiers ; au moyen de quoi le domaine tout entier devait, après la mort du père, revenir à l'aîné. En attendant ce moment, les deux tiers restaient la propriété indivise du père et du fils aîné. Deux choses poussent le cadet à faire cette demande : l'air de la maison paternelle l'oppresse, il se sent gêné par la présence de son père ; puis le monde du dehors l'attire, il veut jouir. Mais pour réaliser ses désirs, il faut aussi deux choses, la liberté et de l'argent ; ce sont là pour son cœur abusé par la convoitise les deux conditions du bonheur. Ainsi du pécheur ; il fuit et il cherche : il veut être affranchi de Dieu et posséder les moyens de se satisfaire. Le père comprend que le moment est venu où ce fils ne peut plus être guéri que par l'expérience, et il le livre à sa volonté propre. C'est le point où en étaient arrivés les païens à l'époque du jugement signalé par Paul Rom.1.24-28, celui du παραδιδόναι ταῖς ἐπιθυμίαις. Il vient en effet un moment où Dieu cesse de lutter contre les penchants d'un cœur gâté et le livre à lui-même. - Il faut au jeune homme quelques jours pour réaliser son avoir. L'usage qu'il fait de sa liberté tristement acquise est décrit au v. 13. Plusieurs des images employées pour décrire son péché se confondaient dans une certaine mesure, à l'égard des pécheurs présents, avec la réalité. - Le pays éloigné est l'emblème d'un état dans lequel l'âme n'est plus abordée par la pensée de Dieu. Le mot μακράν est adverbe, non adjectif (v. 20 ; 7.6, etc). - La dissipation complète des biens représente l'exploitation de la liberté humaine jusqu'aux plus extrêmes limites. C'était bien là le portrait de ces péagers et de ces pécheurs qui avaient rejeté, avec la loi et le culte, Dieu lui-même, et dépensé l'apparente liberté acquise à ce prix au service de leurs passions.
Versets 14 à 16. La misère :