La forme interrogative que Jésus donne à sa réponse, est un appel à leur propre jugement : « Lequel d'entre vous dans une circonstance infiniment moins importante ne fait pas lui-même ce que vous me reprochez de faire dans une circonstance bien plus grave ? » Cet appel est renforcé de l'argument a fortiori : une brebis, un être humain ! - Le ἄνθρωπος, un homme, est tacitement opposé à Dieu (v. 7). - Une est un nombre qui en proportion de cent est bien peu de chose. Il résulte déjà de là que c'est moins l'intérêt que la pitié qui pousse le berger à agir comme il le fait ; c'est ce que prouvent du reste abondamment tous les détails du v. 5 qui décrivent la tendresse du berger et, aux v. 4 et 6, l'épithète de τὸ ἀπολωλός, la perdue. Perdue, en effet, c'est bien ce qu'est une brebis égarée ; car elle n'a ni instinct pour retrouver son chemin, ni griffes ou cornes pour se défendre ; elle est donc la proie du premier ennemi qu'elle rencontre. Voilà ce qui pousse le berger à ne pas prendre son parti de cette perte, et à se livrer à une course fatigante pour retrouver l'animal égaré. Le désert, ἡ ἔρημος, où il laisse les quatre-vingt-dix-neuf, est tout simplement le pâturage. En Orient, on désigne de ce nom (hébreu : midbar) les parties du pays non cultivées, où paît le bétail. - Si l'on tient compte de la relation avec les v. 1 et 2, on comprend que cette brebis perdue ne peut représenter que les péagers et les pécheurs qui sont sortis, ceux-ci par leur conduite, ceux-là par leur profession et peut-être aussi par leur conduite, des conditions de l'alliance divine. En conséquence le reste du troupeau ne peut désigner que les Israélites restés extérieurement fidèles à l'observance légale, et au milieu desquels les pharisiens occupent la première place. Or, s'occuper avec sollicitude des pécheurs qui sont sortis de l'enceinte théocratique, profiter de toutes les occasions pour les ramener à Dieu, les accueillir quand ils s'approchent, tout en laissant les autres sous la protection de l'alliance divine au sein de laquelle ils trouvent nourriture et bonne garde, n'est-ce pas faire exactement ce que fait le berger dans le cas décrit par la parabole ? La manière dont Jésus s'identifie ici avec le Berger d'Israël, le Dieu de l'alliance, et confond absolument son mode d'agir avec le sien, est bien remarquable. - Plusieurs (surtout chez les Pères) voient dans les quatre-vingt-dix-neuf brebis les anges, que Jésus a quittés pour venir chercher sur la terre l'humanité perdue. Mais le rôle des anges est décrit dans cette parabole même (v. 6 et 7), et il est tout différent ; c'est celui des voisins du berger ; comment représenteraient-ils en même temps le troupeau ? D'autres, comme Weiss, Hofmann, etc., pensent que les brebis non perdues représentent les hommes justes (à supposer qu'il y en eût) ; Schanz : les justifiés. Mais Jésus veut se laver du reproche de consacrer ses soins aux Israélites perdus, au lieu de fréquenter les Israélites fidèles. Il résulte de là que si la brebis qu'il cherche représente les premiers, le reste du troupeau, qu'on l'accuse de délaisser, ne peut représenter que les seconds. Comment les brebis qu'il semble abandonner pourraient-elles être des justes, qui n'ont jamais existé, ou des justifiés qui n'existent pas encore ? Reuss applique comme nous l'image des quatre-vingt-dix-neuf brebis laissées au pâturage. Mais il voit dans cet argument un raisonnement ad hominem : « Vous vous envisagez comme justes, soit ! Dans ce cas, ne m'en veuillez pas de m'adresser à ceux que vous estimez perdus. » Mais l'argumentation de Jésus ne saurait être purement ironique. Nous l'avons vu à l'occasion de la réponse toute semblable de 5.31-32. La partie du peuple fidèle au culte et à la loi jouissait réellement de moyens de grâces dont s'étaient privés ceux qui avaient rompu extérieurement avec l'alliance. Ils étaient dans le pâturage, et s'ils usaient fidèlement de cette position et de tous les avantages qui y étaient attachés, ils pouvaient certainement en pareille situation se préparer à un état spirituel supérieur, au salut.
Versets 5 à 7. La rencontre et le retour :