Chaque trait dans ce tableau respire une vive tendresse : la persévérance dans la recherche (jusqu'à ce qu'il…), les soins affectueux pour le pauvre animal fatigué (sur ses épaules), la joie qu'il éprouve à porter ce fardeau (χαίρων), et le débordement de cette joie sur tous ceux qui l'entourent (συγκαλεῖ, il invite…). Quel tableau des efforts compatissants de Jésus auprès de ces êtres égarés qui composaient la lie du peuple de Dieu, de son miséricordieux support envers eux et de ses tendres encouragements, enfin de sa joie débordante dans cet acte du προσδέχεσθαι, rappelé v. 2 par les pharisiens eux-mêmes ! Quoi de plus touchant, surtout, que cette petite fête à laquelle il convoque ses amis et ses voisins, et où il reçoit avec joie leurs félicitations ![1]
Ce dernier trait est la transition à l'application, dans le v. 7. Les mots λέγω ὑμῖν, je vous déclare, ont une grande solennité ; c'est comme s'il disait : « Ecoutez donc ce qui se passe dans le ciel à l'occasion de ce qui vous fait murmurer ; on y célèbre une fête au sujet de chacun de ces êtres dégradés que vous jugez indignes de mes soins. » La conséquence est claire : « Vous murmurez de ce qui transporte le ciel de joie. A quelle distance êtes-vous donc des sentiments du ciel ! » Le futur ἔσται renferme tous les cas où un fait pareil se renouvellera. - A cette affirmation étonnante sur la repentance des péagers, Jésus en ajoute une autre plus étonnante encore sur la justice pharisaïque. Le ἤ, que, dépend d'un μᾶλλον sous-entendu. Si l'on entend, avec Weiss, par ces justes, dont Dieu ne se réjouit guères, de vrais justes, soit qu'ils existent ou qu'ils n'existent point, à quel sens absurde ne conduit pas cette comparaison ? Pourquoi donc cette joie plus grande sur ces pécheurs convertis qui deviennent précisément ce que ces justes sont déjà, et rien de plus ? Weiss répond : C'est un anthropopathisme. Les hommes se réjouissent davantage de ce qu'ils ont cru avoir perdu que de ce qu'ils possèdent sûrement. Ce sens serait tolérable si ces mots se trouvaient dans la parabole, et appliqués au berger. Mais il est tout à fait inadmissible dans l'application de la parabole à Dieu lui-même. Hofmann ne parvient pas davantage à surmonter cette difficulté. Nous devons prendre ici les termes de pécheur, de justes et de se repentir dans le sens très extérieur que leur donnaient les adversaires de Jésus : des justes tels que vous, lévitiquement parlant. Cette justice des Israélites fidèles à la loi, elle n'est pas rien aux yeux de Dieu ; mais combien elle est inférieure à cette vie nouvelle rayonnant, dans le regard de ces vicieux, qui ont passé par les angoisses de la repentance et par les transports du pardon ! Voilà le sens du ἤ, plutôt que. - A ce mot-là les pharisiens doivent comprendre que s'ils n'ont pas besoin de repentance dans le même sens que les péagers, ils ont besoin de changer de cœur, eux qui s'irritent de ce qui réjouit le ciel. Le pronom qualificatif οἵτινες, signifie : qui, comme justes de cette manière-là. - Nous pouvons constater ici l'erreur de Weiss, qui a déclaré systématiquement la guerre à l'application de tous les traits de détail dans les paraboles, et celle de Jülicher (Die Gleichnissreden Jesu, 1886) qui le suit dans cette voie. Certes, s'il est un trait qui paraisse secondaire dans la scène de la parabole que nous étudions, c'est bien certainement celui des voisins et des amis invités par le berger à s'associer à sa joie ; il pourrait plus aisément que tout autre passer pour une simple décoration ; et pourtant c'est précisément celui que relève le plus expressément Jésus dans l'application qu'il fait du tableau ; comp. au v. 7 les mots : dans le ciel, et au v. 10 ceux-ci : devant les anges de Dieu. Ce sont donc bien indubitablement là les voisins, dans la pensée de Jésus. Et ne faudra-t-il pas dans ce cas aller jusqu'au bout, et par les amis distingués des voisins (comp. aussi, v. 9, les voisines distinguées des amies), entendre les apôtres (12.4), qui avec les anges du ciel partagent la joie de leur Maître ?
Cette parabole se trouve placée dans Matthieu Matt.18.12-13, dans le discours sur la conduite à tenir à l'égard des petits et des faibles. On reconnaît aisément la supériorité de la situation indiquée par Luc (15.1-2), ainsi que celle de l'application à laquelle conduit le contexte de cet évangéliste. Et si la parabole suivante n'a pas été inventée par lui, comment n'aurait-il pas possédé une autre source que celle qu'a employée Matthieu ou que Matthieu lui-même ?
Versets 8-10. La drachme perdue et retrouvée.
Notes
[1] Il n'est point dit que le berger ait rapporté avec lui la brebis dans sa maison. Il se peut bien qu'il l'ait déposée, en passant, dans le bercail, quoique cela ne soit point raconté expressément. Je retire donc tout ce que j'avais dit là-dessus dans les éditions précédentes.