Au lieu de l'abondance, le dénuement (v. 14) ; au lieu de la liberté, l'esclavage (v. 15).
La liberté de jouir n'est pas illimitée, comme se le figure le pécheur ; elle a deux sortes de limites : les unes tenant à l'individu lui-même, telles que le dégoût, le remords, le sentiment d'isolement, d'abjection résultant du vice (lorsqu'il eut tout dépensé) ; les autres, qui proviennent, de certaines circonstances extérieures défavorables, représentées ici par cette famine qui survient en ce moment : ce sont les calamités domestiques ou publiques, les accidents, la maladie, etc., qui achèvent de briser le cœur déjà accablé ; et enfin, dans cet état misérable, la privation de toute consolation divine. Que ces deux causes de malheur viennent à coïncider, et la misère est à son comble. Alors arrive ce que Jésus appelle le ὑστερεῖσθαι, être dans le dénuement, mot qui désigne le vide absolu d'un cœur qui, après avoir tout sacrifié au plaisir, ne trouve plus en lui et autour de lui que sujets de douleur. - Il est difficile de ne pas voir dans la dépendance ignoble où tombe ce jeune Juif vis-à-vis d'un maître païen (une contrée éloignée) une allusion à la position des péagers travaillant au service du pouvoir romain. Mais le fait général qui correspond à ce trait est la dépendance dégradante vis-à-vis du monde, à laquelle finit toujours par se voir réduit le vicieux. Le terme κολλήθη a quelque chose d'abject : le malheureux est comme suspendu à une personnalité étrangère. Garder les pourceaux : le dernier métier pour un Juif. Κεράτιον désigne une espèce de fève grossière, au goût douceâtre, employée en Orient pour engraisser ces animaux (la ceratonia siliqua). Tischendorf lui-même abandonne la leçon alex. Χορτασθῆναι, être rassasié, pour celle du T. R. et des byz. γεμίσαι τὴν κοιλίαν, remplir le ventre. Dans ce temps de famine, où la ration de pain du pauvre berger ne suffisait pas à le rassasier, il était réduit à convoiter le grossier légume dont on engraissait avec soin les porcs quand ils revenaient des champs : les porcs se vendaient cher ! C'est là l'image frappante du délaissement méprisant où tombe le vicieux auprès du monde même auquel il a sacrifié les sentiments, les plus sacrés.
Versets 17 à 19. Le repentir :