La justification du pécheur repentant et croyant, telle qu'elle se réalisait en ce moment chez les péagers : voilà ce que Jésus décrit ici. Le pardon est à la fois gratuit et complet ; nul noviciat humiliant ; nul stage dans les positions inférieures. Il a pour effet une réhabilitation immédiate, aussi complète que la repentance a été sincère et la foi profonde. Tous ces traits : la robe, l'anneau, les sandales, doivent être expliqués d'après la parabole elle-même, dans laquelle ils sont simplement l'expression de la réintégration parfaite du pécheur dans la position filiale. Les alex. retranchent, l'article τήν devant στολήν, et avec raison. Il y a gradation : d'abord une robe, en opposition à la nudité. C'est la grande robe traînante du riche, du maître, en opposition au vêtement collant de l'esclave que portait encore ce malheureux. Puis le père ajoute τὴν πρωτήν : non seulement une robe, mais la plus belle. Plus la chute a été profonde, plus le relèvement doit prendre le caractère d'une fête. - Δακτύλιον : l'anneau, qui portait le sceau au moyen duquel l'homme libre et maître de ses volontés communiquait ses ordres. Le jeune homme avait naturellement vendu le sien. Enfin les sandales ; les esclaves allaient nu-pieds. C'est ainsi que revenait le pauvre pénitent. Si la saine exégèse doit se borner à voir dans tous ces traits les signes de la dignité filiale complètement rendue, l'application parénétique peut se permettre de les appliquer aux différents traits de la justification et de l'adoption divine ; mais sans tomber dans le jeu d'esprit, comme l'ont fait Jérôme et Olshausen, qui ont trouvé dans la robe la justice de Dieu, dans l'anneau le sceau du Saint-Esprit, dans les sandales la capacité de marcher dans les voies de Dieu.
Verset 23. Le Seigneur dit non « un veau gras, » mais « le veau gras » ; celui que l'on engraisse dans toute maison de riche campagnard pour l'avoir tout prêt en joyeuse occasion. Jésus connaît, les mœurs rurales. Augustin et Jérôme trouvent dans ce trait l'indication du sacrifice de Christ ! D'après l'ensemble du tableau il est le symbole de ce qu'il y a de plus excellent dans les communications divines, de la fête que la grâce divine accorde à l'âme rachetée (Es.55.2). On a parfois attaqué la doctrine de l'expiation en alléguant l'absence de tout trait dans cette scène, qui soit propre à représenter le sacrifice de Christ. On a oublié que c'est ici une parabole, et que l'expiation n'a pas de place dans la relation de l'homme avec l'homme. L'expiation a sa place dans la relation de l'homme avec Dieu comme représentant personnel du bien absolu, du bien en soi. Aucun homme n'a cette position (18.19). - Par le pluriel réjouissons-nous, le père s'associe lui-même à la joie de la fête (comme v. 7).
Verset 24. Les deux propositions parallèles correspondent aux deux aspects sous lesquels le péché avait été présenté dans les deux paraboles précédentes ; il était mort se rapporte à la misère personnelle du pécheur (brebis perdue) ; il était perdu, à sa perte pour Dieu lui-même (drachme perdue). La parabole de l'enfant prodigue réunit en effet ces deux points de vue : le fils était perdu et le père aussi avait perdu quelque chose. Il y a donc joie sous les deux rapports : ressuscité et retrouvé. Avec les mots : et ils commencèrent à se réjouir, la parabole est précisément arrivée au point où en étaient les choses au moment où Jésus a été appelé à la prononcer (v. 1) : la joie des péagers reçus en grâce, ainsi que celle de Dieu, de Jésus et des anges. - Cette première scène met la conduite de Jésus dans son divin jour.
Versets 25 à 32. Le fils aîné.
Cette partie comprend :
- l'entretien du fils aîné avec le serviteur (v. 25-28a) ;
- son entretien avec son père (v. 28b-32).
Ce que Jésus présente ici à ses auditeurs, c'est le murmure même des pharisiens mis en action, le développement du second verset du chapitre, de façon à faire sentir à ces justes toute la gravité de leur conduite et l'odieux de leurs sentiments.