En voyant ces foules, Jésus comprend qu'il y a là un malentendu. L'Evangile bien saisi ne saurait guères être l'affaire du grand nombre. Il prend la parole pour éclaircir cette situation fausse : « Vous montez avec moi à Jérusalem comme si vous vous rendiez à une fête. Mais savez-vous bien ce que c'est que de se joindre à mon cortège ? C'est renoncer à tout ce que l'on a de plus cher, même à sa vie propre (v. 26), et accepter ce qu'il y a de plus douloureux, la croix (v. 27). » - Venir à moi (v. 26) désigne l'attachement extérieur à Jésus, tandis que être mon disciple, à la fin du verset, indique l'attachement réel à sa personne et à son esprit. Pour que l'acte de marcher avec lui extérieurement se change en union réelle avec lui et que le lien entre le professant et lui devienne intérieur et durable, il faut qu'il s'opère chez le premier une douloureuse rupture avec tout ce qui lui est naturellement cher. On donne souvent au mot haïr, dans ce passade, le sens d'aimer moins. Bleek cite des exemples qui ne sont pas sans force ; ainsi Gen.29.30-31. C'est aussi le sens de la paraphrase de Matthieu.10.37 : ὁ φιλῶν… ὑπὲρ ἐμέ. Cependant, il est plus simple de maintenir le sens naturel du mot haïr, s'il offre une application acceptable. C'est ce qui a lieu dès que nous admettons que Jésus envisage ici les êtres bien-aimés qu'il énumère, comme des représentants de la vie naturelle, de cette vie propre et foncièrement égoïste qui s'élève contre la vie en Dieu, et comme des adversaires de l'attachement à sa personne. Ce sens ressort du dernier terme de l'énumération : et de plus sa propre vie. Ce mot explique celui de haïr. Au fond la vie propre est la seule chose à haïr. Tout le reste n'est haïssable que par sa relation avec ce principe de péché et de mort. D'après Deut.21.18-21, lorsqu'un homme se montrait décidément vicieux ou impie, son père et sa mère devaient être les premiers à lever les pierres pour le lapider. Jésus ne fait ici que spiritualiser ce précepte. Les mots : et de plus sa propre vie, éloignent par conséquent de cette haine toute notion de péché et ne permettent d'y voir qu'une aversion de nature morale.
Verset 27. Il n'y a pas seulement des affections à sacrifier, des liens à rompre ; il y a des souffrances à accepter pour suivre Jésus jusqu'au bout. Ces maux positifs à subir ont pour emblème la croix, le supplice le plus humiliant et le plus douloureux de tous, qui depuis la domination romaine s'était introduit en Israël. - On pourrait traduire, en s'abstenant de suppléer un οὐ devant ἔρχεται : « Celui qui ne porte pas… et qui [néanmoins] vient après moi… » Mais cette interprétation est moins naturelle. - Nous avons trouvé 9.23 une parole toute semblable aussi adressée aux foules, mais dans le nord de la Galilée. Ces foules bien disposées, mais qui suivaient Jésus sans conversion réelle, ne s'étaient jamais figuré rien de semblable à ce qu'il leur fait connaître ici. Leurs préjugés messianiques leur faisaient attendre un avenir entièrement opposé. Jésus rend sensibles à leurs yeux ces deux conditions indispensables de la vraie union avec lui par deux paraboles (v. 28-32).
2o Versets 28 à 32. Les deux paraboles.
Versets 28 à 30. Le constructeur imprévoyant :