C'est ici l'emblème de la vie chrétienne, envisagée sous son aspect négatif, polémique. Si la vie chrétienne peut être comparée à une tour, chère à bâtir, elle ressemble aussi à une guerre périlleuse, celle d'un roi en lutte avec un ennemi matériellement plus fort que lui. Avant donc de braver un tel adversaire par une déclaration de guerre, la profession ouverte de l'Evangile, il faut avoir bien tenu conseil avec soi-même et s'être assuré que l'on est prêt à accepter la conséquence dernière de cette décision, c'est-à-dire à donner pour la cause que l'on a embrassée sa vie même, si elle est requise ; comp. le v. 27. Un petit peuple comme les Suisses ne se couvrirait-il pas de ridicule en déclarant la guerre à la France, sans être décidé à succomber noblement sur le champ de bataille ? Luther n'eût-il pas agi en insensé en affichant ses thèses ou en brûlant la bulle, avant que d'avoir fait dans son for intime le sacrifice de sa vie ? Il est héroïque d'engager une lutte pour une cause juste et sainte, mais à une condition : c'est qu'on ait d'avance accepté la mort, terme possible de cette voie ; autrement cette déclaration de guerre n'est plus qu'une fanfaronnade. - Les mots : s'il est assez fort, ont une légère teinte d'ironie : assez fort pour vaincre, et, comme en de telles conditions cela est impossible, pour mourir dans cette lutte inégale. On a vu dans le v. 32 soit une invitation à se rendre compte de sa faiblesse, afin de demander le secours de Dieu (Olshausen), soit un appel à se réconcilier promptement avec Dieu (Gerlach). Ces deux interprétations sont insoutenables, parce que le roi ennemi que l'on provoque par la profession de l'Evangile n'est pas Dieu, mais le prince de ce monde. Jésus invite ici ceux qui se posent en disciples sans être décidés à tout risquer, à faire au plus tôt acte de soumission auprès du monde et de son prince, exactement comme dans la parabole précédente il a invité ceux qui ne sont pas décidés à sacrifier leur avoir terrestre à ne pas commencer la profession de l'Evangile. Mieux vaut renoncer à faire un jour des Rameaux, que de finir par se prêter à un Vendredi-Saint ! Plutôt rester un honnête homme religieusement obscur que de devenir ce qu'il y a de plus triste au monde, un chrétien inconséquent ! Avis donc à ceux qui forment le cortège de Jésus, de rentrer promptement dans les bonnes grâces du Sanhédrin, s'ils ne sont pas résolus à suivre leur nouveau Maître jusqu'à la croix ! Jésus tirait aussi ce précepte de son expérience propre. Il avait fait son compte au désert avec le prince de ce monde et avec la vie, avant de commencer publiquement son œuvre. Gess dit avec raison : « Ces deux paraboles montrent avec quel sérieux Jésus s'était lui-même préparé à la mort. »
3o Versets 33 à 35. L'application des deux paraboles, suivie d'une nouvelle image propre à la confirmer.