Peut-être les deux frères étaient-ils eux-mêmes les messagers qui avaient essuyé le refus. Leur conduite trahit à cette époque un état d'exaltation particulier, produit peut-être par la scène récente de la transfiguration et l'apparition d'Elie ; comp. 9.49 et Marc.10.35,55. Les mots : comme le fit Elie, ne sont probablement qu'une glose explicative ; mais ils peuvent aussi avoir été retranchés parce que les gnostiques exploitaient ce passage pour attaquer l'autorité de l'Ancien Testament (Tertullien, adv. Marc. IV, 23). Quoi qu'il en soit, la demande des deux frères peut être en relation avec l'impression que leur avait laissée l'apparition d'Elie à la transfiguration.
Verset 55. Le terme se retournant s'explique par le fait que quand la réponse lui fut rapportée, Jésus se trouvait en tête du cortège. Malgré ce que dit Weiss, je crois avec Meyer qu'il est difficile d'expliquer comment les mots : Ne savez-vous pas de quel esprit vous êtes [fils] ? s'ils sont inauthentiques, ont pu entrer dans le texte. Ce reproche si concis et si frappant peut difficilement être provenu d'un interpolateur. Il peut avoir été retranché par la raison alléguée à l'égard des mots précédents du v. 54 ; le reproche semblait tomber sur Elie. On peut les entendre interrogativement : « Ne connaissez-vous pas l'esprit de grâce et de débonnaireté dont vous êtes les agents ? » ou affirmativement, à peu près dans le même sens : « Vous ne connaissez donc pas encore de quel esprit… ? » ou enfin dans un sens beaucoup plus sévère : « En m'adressant cette demande, vous ne savez pas de quel esprit (diabolique) vous vous faites les instruments. » Ce dernier sens est celui de saint Augustin et de Calvin. Il ne me paraît pas répondre à l'impression première que fait le οὐκ οἴδατε, qui a plutôt l'air d'une interrogation. Le premier sens est celui qui paraît le plus conforme à la bonté de Jésus. Par le mot esprit, il entend la nouvelle puissance spirituelle qu'il apporte ici-bas, et par le terme : être (fils) de, la dépendance où se placent les croyants par rapport à cet esprit. Elie appartenait à une autre époque qui réclamait des manifestations d'un genre tout différent. - On a supposé que le surnom de fils du tonnerre, donné à Jacques et Jean, datait de cette circonstance. Mais Jésus n'eût pas ainsi perpétué le souvenir d'une faute commise par ses deux disciples bien-aimés.
Verset 56. Les mots : « Car le Fils de l'homme… pour sauver, » ont pour eux de fortes autorités dans les anciennes versions ; d'autre part il leur manque l'appui des anciens Mjj. en y joignant cette fois le Cantabrigiensis ; c'est probablement là une glose tirée de 19.10 et de Matthieu.18.11.
2. Les trois disciples. (9.57-62)
Les deux premières de ces trois courtes scènes sont réunies aussi par Matthieu.8.19-22. Marc les omet toutes trois. Il n'est pas probable qu'elles se soient passées immédiatement à la suite l'une de l'autre ; elles ont probablement été réunies, comme les scènes sabbatiques (6.1-11), en raison de leur relation morale. Elles formaient l'un de ces cycles dont se composait la narration orale. Elles doivent cependant avoir eu lieu dans une situation analogue, à l'occasion d'un départ. D'après Matthieu, ce serait au moment où Jésus partait pour l'excursion de Gadara (Guersa). D'après Luc, il s'agirait du moment bien plus solennel où Jésus quitta définitivement la Galilée pour aller mourir en Judée (v. 51). L'étude détaillée des trois entretiens fera voir à laquelle des deux situations ils conviennent le mieux.
1o Versets 57 et 58.