Ce n'est nullement ici le commencement d'une nouvelle partie du discours (Meyer), de la seconde (Weizsäcker, Weiss, Keil) ou de la troisième (Hofmann) ; il n'y a pas non plus solution de continuité avec ce qui précède (Bleek, Holtzmann, Schanz). La formule εἴπε δέ ou εἴπε δὲ καί, or il dit ou il dit aussi, bien loin d'indiquer le commencement de quelque chose de nouveau, lie étroitement ce qui suit à ce qui précède, en annonçant une réflexion générale propre à mettre dans tout son jour ce qui vient, d'être énoncé (voir à 6.37), L'image d'un aveugle conduisant un autre aveugle a évidemment le même sens que celle d'un homme qui, ayant une poutre dans l'œil, veut enlever un fétu de l'œil de son frère (v. 41). Or comment méconnaître la liaison entre cette dernière image et la manie de juger que vient de condamner le Seigneur, v. 37 et 38 ? La prétention de corriger le prochain, sans se corriger soi-même, est précisément le trait saillant de l'esprit de jugement. Tout le morceau v. 37-42 ne forme donc qu'un enseignement parfaitement suivi. Jésus oppose le jugement normal et salutaire qu'il attend de ses disciples et qui suppose le jugement sévère de soi-même, au jugement malfaisant qu'exerçaient en Israël les pharisiens, sévères envers les autres et tout infatués d'eux-mêmes. Ceux-ci n'arrivaient par là qu'à faire des disciples aptes à la même perdition qu'eux ! Jésus prie ses disciples de ne pas renouveler de tels chefs-d'œuvre dans l'ordre de choses qu'il va fonder. Comme les passages Matth.15.14 ; 23.15-16 présentent ces mêmes paroles expressément, adressées aux pharisiens, nous ne nous trompons pas en leur appliquant ici cette image. - Ὁδηγεῖν, montrer le chemin, réunit les deux notions de corriger et d'instruire. L'élève d'un maître pharisien ne pourra que tomber avec lui dans la même hypocrisie. Car (v. 40), dans le cas le plus favorable, il ne pourra que l'égaler, non le surpasser. Voilà ce qui arrivera au peuple tout entier, s'il demeure sous la direction pharisaïque. Plus il se perfectionnera à l'école de pareils maîtres, plus il se rapprochera… de la perdition ! La sentence proverbiale v. 40a est employée, Matth.10.24-25 et Jean.15.20, dans ce sens : Les serviteurs de Jésus ne doivent pas s'attendre à être traités mieux que que leur Maître. Luc.22.27 et Jean.13.16, elle est appliquée à l'humilité qui sied au serviteur d'un pareil maître. On voit que Jésus faisait de ces maximes générales des applications diverses. - Quoi qu'en disent les exégètes modernes, le contexte de Luc est donc absolument irréprochable.