Si le v. 17 était authentique, la liaison serait celle-ci : « Je le relâcherai, car je suis même obligé par l'usage de vous relâcher un prisonnier. » Il se donnerait l'air de supposer que le peuple redemandera Jésus. Mais ce verset doit probablement être retranché comme inauthentique. Il a sans doute été formé d'après Matthieu.27.15 et Marc.15.6, pour suppléer au silence de Luc sur cet usage. La demande du peuple : « Relâche-nous Barabbas, » se rattache simplement chez lui au : « Je le relâcherai, » du v. 16. Cependant il ne serait pas impossible d'admettre qu'au v. 16 Pilate pensait déjà à cet usage et qu'au v. 18 le peuple soit entré dans sa pensée. Ce qui pourrait rendre l'omission du v. 17 un peu suspecte, c'est qu'elle s'explique assez facilement par la confusion des deux ΑΝ, au commencement du v. 17 et du v. 18. - Chez Jean, Pilate offre directement au peuple, en lui rappelant cette coutume, la libération de Jésus. Ce fut probablement le vrai cours des choses. Dans Matthieu, il pose l'alternative entre Jésus et Barabbas, ce qui est moins naturel. Dans Marc, c'est le peuple qui, interrompant la délibération relative à Jésus, réclame tout à coup la libération d'un prisonnier, ce qui est moins naturel encore. - On ignore l'origine de la coutume supposée ici. Il n'est guère probable qu'elle ait été introduite par les Romains. Langen en appelle avec raison contre cette supposition à cette expression de Pilate (Jean.18.39) : « Vous avez une coutume. » Peut-être cet usage était-il un mémorial de la grande délivrance nationale, la sortie d'Egypte, que l'on célébrait à la fête de Pâques. Les Romains, qui se plaisaient à respecter les usages des peuples vaincus, s'étaient accommodés à cette coutume. - Le choix du peuple est présenté comme unanime et spontané (παμπληθει), tandis que Matthieu et Marc, plus précis sur ce point, l'attribuent à la pression exercée par les chefs et par leurs suppôts ; ce qui est conforme à Jean.19.6.
Verset 19. Marc et Luc caractérisent Barabbas comme un homme qui s'était rendu coupable de meurtre dans une émeute ; c'était donc un représentant de ce même esprit révolutionnaire dont le Sanhédrin accusait Jésus. Livrer Jésus à la croix et redemander Barabbas, c'était faire d'un même coup deux actes significatifs. C'était répudier l'esprit de soumission et de foi qui avait signalé toute l'œuvre de Jésus et qui eût pu sauver le peuple. C'était en même temps lâcher les rênes à l'esprit de révolte qui devait le mener à sa ruine. - Le nom de Barabbas, qui vient de בר et de אבא, fils d'Abba, signifie, d'après la plupart, fils du père qui est Dieu. Keim entend : fils du rabbin, en donnant à Abba le sens de père, moralement parlant. Le nom de Jésus, que donnent en outre à cet homme 4 minuscules dans Matth., et qui se trouvait, au rapport des Pères, dans un assez grand nombre de Mss., a probablement été ajouté au nom de Barabbas, dans le désir de rendre plus frappant encore le parallélisme des deux personnages. - Si on lit avec les alex. βληθείς et ἐν τῇ φυλακῇ, il faut lier ce dernier régime au verbe ᾖ, et διὰ στάσιν… à βληθείς : « qui était en prison où il avait été jeté pour sédition et meurtre. » La libération de Barabbas étant un acte juridique, Pilate, pour l'accomplir, dut monter sur son tribunal. Ce fut probablement à ce moment que lui fut transmis le message de sa femme, dont parle Matthieu ; comp. v. 19 « Comme il était assis sur son tribunal, sa femme lui envoya… » Ces expédients ayant échoué, Pilate essaye encore d'opposer quelque résistance, mais sans succès ; les ennemis de Jésus se savent maintenant les maîtres.