Matthieu et Marc placent cette parabole après la visite de la mère et des frères de Jésus (Matth.13.1 ; Marc.4.1). Chez Luc, elle précède immédiatement ce récit (v. 19 et suiv.). Cette connexion peut être le résultat d'une relation chronologique réelle, ou bien aussi celui d'une relation morale ; comp. v. 15 : « ceux qui retiennent la parole et portent du fruit, » avec v. 21 : « ceux qui écoutent la parole et qui la mettent en pratique. » - On pourrait faire de τῶν ἐπιπορευομένων, ceux qui accouraient à lui, le complément de ὄχλου, une multitude, en donnant à καί le sens de : même. Mais cette construction est forcée. Les deux génitifs sont parallèles : « Une grande multitude se formant et chaque ville y étant représentée par son contingent… » Ce préambule a une portée considérable. Nous sommes évidemment arrivés à un point culminant. La parabole du semeur est par son sens même en rapport direct avec cette situation. - Il paraît par Matthieu et Marc que Jésus était assis sur une barque au bord de la mer et que, de cette espèce de chaire, il enseignait le peuple qui se tenait debout sur le rivage. Il distinguait donc aisément les expressions des gens dont se composait cette foule, et discernait ainsi leurs différents caractères. - L'article ὁ, devant σπείρων, désigne cet individu comme celui d'entre les serviteurs de la maison qui est chargé de cette tâche importante. Gess fait observer le contraste entre ce Jésus qui commence le travail de l'établissement du règne de Dieu au moyen de la seule parole et le Messie tel que l'avait décrit Jean-Baptiste, ayant le van en sa main. - Les campagnes environnantes offrent à Jésus l'image des quatre classes de personnes qu'il a sous les yeux. Depuis le bord de la mer le sol s'élève par une pente plus ou moins rapide. Or il arrive fréquemment que dans les localités de ce genre la portion supérieure d'un champ ne possède qu'une faible couche de terre végétale, tandis que, à mesure que l'on descend vers la plaine, la couche de terre devient plus profonde. De là les différences indiquées. Le premier terrain (au bord du chemin) est la partie la plus rapprochée de la route qui longe le champ ; les passants en usent volontiers. Le second (sur le roc, selon Luc ; sur le ou les endroits pierreux, chez Matthieu et Marc) ne désigne point, comme on le croit souvent, une terre mêlée de gravier ; mais, comme le dit bien l'expression de Luc et comme le confirme l'explication : parce que la terre n'était pas profonde (Matthieu et Marc), la portion du champ où le roc n'est recouvert que d'une mince couche de terre. Le troisième terrain est un sol plantureux, mais saturé déjà de semences de ronces. Reste la bonne terre (Marc et Matth. : καλή). Ce dernier terrain n'est ni dur comme le premier, ni léger comme le second, ni impur comme le troisième ; il est tout ensemble tendre, profond et exempt de semences étrangères. Les quatre prépositions employées par Luc caractérisent bien ces relations diverses de la semence avec le sol : παρά, à côté ; ἐπί, sur ; ἐν μέσω, au milieu ; εἰς, dans (ἐπί dans le T. R., v. 8, n'a pour lui que des autorités insuffisantes).
De la nature du sol résulte le sort de la semence. Dans le premier terrain, elle ne germe pas même. Le φυέν, ayant germé (v. 6,7,8), est omis intentionnellement au v. 5. La germination n'ayant pas eu lieu, les causes de destruction extérieures agissent ; ce sont les passants d'abord, puis les oiseaux. Matthieu et Marc ne mentionnent que cette dernière cause. - Dans le second terrain, la semence germe ; mais la racine en se développant rencontre aussitôt le roc et ne peut pousser proportionnellement à la tige ; aussi dès que le soleil a desséché la mince couche de terre, la plante dépérit. - La semence, dans le troisième terrain, fait un pas de plus ; elle se développe jusqu'à l'épi. Mais les semences de ronces qui se développent avec celle du froment (σύν dans συμφυεῖσαι) l'étouffent avant la formation du grain. Ainsi, dans le premier terrain, deux causes externes de destruction, dont l'une complète l'œuvre de l'autre ; dans le second, une cause externe et une cause interne ; enfin, dans le troisième, une cause d'avortement, et purement interne. Dans le quatrième terrain enfin, la plante accomplit heureusement tout le cycle de la végétation. L'article devant le mot bonne terre exprime l'idée que ce terrain est celui qu'on attend ; autrement on n'aurait pas établi un champ là. - Luc n'indique que le plus haut degré de fertilité, le centuple. Matthieu et Marc mentionnent les degrés inférieurs ; Marc, dans l'ordre ascendant ; Matthieu, dans l'ordre descendant. Quelle puérilité que des variations aussi mesquines, si les évangélistes travaillaient sur un document commun !
Le Seigneur appelle l'attention sérieuse de la foule sur ce résultat, peu satisfaisant ; ἐφώνει : il élevait la voix ; il accentuait ces paroles destinées à réveiller chez ses auditeurs le sens pour les choses divines sans lequel l'enseignement de Jésus lui-même ne serait pour eux qu'un vain son. La parabole en effet a ceci de particulier qu'on peut aisément l'entendre sans l'entendre, jouir du tableau qu'elle offre à l'imagination sans percevoir l'idée qui en est l'âme. Il faut pour cela une oreille autre que celle du corps.
2o v. 9 et 10. Explication générale sur le but de l'enseignement en paraboles :