Nous sommes encore à l'époque de transition, où la rupture entre le Seigneur et les pharisiens, quoique déjà bien avancée, n'était pas consommée. Aussi l'un des membres de ce parti pouvait-il encore l'inviter sans difficulté. On a attribué à cette invitation du pharisien une intention hostile. Mais sa propre réflexion, v. 39, trahit son état, moral. Il hésitait entre l'impression sainte que lui faisait Jésus et l'antipathie que sa caste éprouvait pour lui. Jésus lui parle, v. 40, sur un ton si amical et si familier qu'il est difficile de le supposer animé de dispositions malveillantes. Bien plus, le v. 42 prouve sans réplique qu'il avait reçu de Jésus quelque bienfait spirituel, et qu'il éprouvait pour lui une certaine reconnaissance ; et le v. 47 dit expressément qu'il aimait Jésus, quoique faiblement. - L'entrée de la pécheresse dans une telle société était un grand acte de courage, car elle pouvait s'attendre à être ignominieusement renvoyée. L'élan d'une reconnaissance sans bornes pour un bienfait inappréciable qu'elle avait reçu du Sauveur, peut seul expliquer sa démarche. Le v. 42 montre quel était ce bienfait. C'était le pardon de ses nombreux et affreux péchés. Etait-ce à l'ouïe d'une prédication, ou dans un entretien particulier, ou par l'un de ces regards de Jésus qui étaient pour les cœurs brisés comme un rayon du ciel… ? Elle avait reçu de lui la bonne nouvelle du pardon divin, et le parfum qu'elle apportait avec elle était le symbole de son ardente reconnaissance pour ce don ineffable. La leçon alex. : « une femme qui était une pécheresse dans cette ville, » signifie qu'elle exerçait dans la ville même cette honteuse profession. La leçon reçue : « une femme dans la ville qui était pécheresse, » est un peu moins dure. - Ἁμαρτωλός : pécheresse, dans le même sens superlatif, dans lequel les Juifs croyaient pouvoir faire de cette épithète le nom des païens (Gal.2.15). - Μύρον désigne tout suc végétal odoriférant, proprement celui d'un arbre d'Arabie. - Comme les convives étaient à demi couchés sur un divan, les pieds étendus en arrière et sans chaussure, cette femme pouvait parvenir sans obstacle jusqu'à Jésus et oindre ses pieds. Mais au moment où elle se préparait à lui rendre cet hommage, elle éclate en pleurs, au souvenir de ses fautes. Ses larmes coulent sur les pieds du Sauveur, et, n'ayant pas de linge pour les essuyer, elle s'en fait un improvisé de sa chevelure promptement déliée. Il faut, pour apprécier cet acte, se souvenir que, chez les Juifs, c'était l'une des plus grandes humiliations pour une femme que de paraître en public avec les cheveux défaits[1].
Versets 39 à 43. La parabole :
Notes
[1] Voir mon Commentaire sur l'évangile de saint Jean, à 12.3.