Il ressort évidemment de cette histoire, et surtout du verset 39, que les péchés de cette femme avaient acquis une notoriété publique. C'est ce que nos versions ordinaires ont rendu par cette périphrase : une femme de mauvaise vie.
Une variante dans l'ordre des mots, dans Sin., B, accentue cette idée : "Et voici, une femme qui était pécheresse dans cette ville," ce qui paraît vouloir dire qu'elle exerçait cette honteuse profession.
- La ville n'est point nommée. Des interprètes ont supposé que c'était Magdala et ont identifié la pécheresse avec Marie-Madeleine.
Ainsi est née dans l'Eglise latine, dès les temps anciens, la légende célèbre dans la littérature religieuse et dans les arts, de la Madeleine pénitente. Mais l'identification de ces deux femmes ne repose sur aucun fondement, et tout dans l'Evangile parait y être contraire.
Luc Luc 8.2 mentionne pour la première fois Marie-Madeleine avec d'autres femmes que Jésus avait "délivrées de malins esprits et d'infirmités" et nous apprend, en particulier, que Madeleine avait été, plus que d'autres, en proie à la puissance des ténèbres. Or, rien, dans notre récit, ne montre que Jésus se trouve en présence d'une possédée dont il chasse le démon.
Luc ajoute que Marie-Madeleine était au nombre de ces femmes qui suivaient Jésus et ses disciples et "les assistaient de leurs biens." La pécheresse pouvait-elle être admise à jouer un tel rôle ? Non, l'Evangile a tût, par délicatesse, le nom de cette femme. L'exégèse ne peut faire mieux que de respecter son silence.
Quels mobiles furent assez puissants pour amener cette femme dans une maison étrangère, où elle savait bien qu'elle ne rencontrerait qu'un orgueilleux mépris ? Ce n'était probablement pas sa première rencontre avec Jésus. Pressée par le remords, animée d'une vraie repentance, elle avait cherché déjà à le voir, à l'entendre, et sans doute, par la parole ou par le regard, le Sauveur lui avait témoigné une compassion qui avait été pour elle la révélation de la miséricorde divine. Un rayon d'espérance avait pénétré dans son âme ; il fallait qu'elle revit, qu'elle entendit encore
Celui dont elle avait reçu ce premier soulagement, qu'elle reçût de lui le pardon seul capable de la sauver de sa misère. Elle va donc, trop humiliée devant Dieu pour craindre d'être humiliée devant les hommes, et elle apporte avec elle ce parfum par lequel elle témoignera à Jésus sa reconnaissance et sa vénération.
- On comprend mieux le courage qu'eut cette femme de s'approcher de Jésus au sein d'une telle société, si l'on se souvient qu'en Orient on prend le repas du soir"sous le porche de la maison, dans une cour ouverte à tout venant. Ce fait explique bien des traits de l'Evangile qui ne s'accorderaient guère avec nos habitude européennes."(F. Bovet, Voyage en Terre-Sainte, p. 402.)