Il est souvent question dans l'A. T. du Kikkar hajarden, le cercle du Jourdain (Gen.19.18 etc.). C'est l'expression à laquelle répond ici le terme de περίχωρος ; les environs, qui désigne la contrée riveraine du fleuve, surtout depuis l'endroit où la vallée s'élargit, un peu au-dessus de son embouchure. Matthieu parle du désert de Juda ; ce terme désigne, ordinairement les plateaux montagneux et stériles situés plus au sud à l'occident de la mer Morte. Mais comme l'eau était indispensable pour le baptême, le premier évangéliste comprend sans doute aussi dans cette expression la plaine située au-dessus de l'embouchure du fleuve ; elle est en grande partie stérile. Marc dit tout court : dans le désert ; c'est la reproduction du nom d'Araba, ordinairement donné à cette vallée. - La forme ἦλθεν εἰς, il vint dans, implique qu'il ne restait pas stationnaire, mais qu'il parcourait la contrée. - Cette indication des synoptiques, surtout sous la forme où elle se trouve dans Luc, s'accorde avec Jean.10.40, où la partie de la Pérée arrosée par le Jourdain est désignée comme ayant été le théâtre initial du ministère de Jean. - Le terme κηρύσσων, publiant, désigne un appel adressé à la population israélite.
Le rite du baptême était une innovation en Israël. Pour les Juifs, la loi ne prescrivait que de simples lustrations. Quant aux prosélytes païens, il ne paraît pas que la cérémonie du baptême leur ait été appliquée avant la ruine de Jérusalem. Le surnom de Baptiste, donné à Jean, prouve bien que ce fut lui qui introduisit ce rite ; comp. aussi Jean.1.25, où les députés du Sanhédrin lui demandent de quel droit il baptise, s'il n'est ni le Messie, ni l'un des prophètes, qui seuls étaient compétents pour faire une semblable innovation ; une mission divine leur paraissait nécessaire pour introduire un pareil rite. Jean.3.26, les disciples de Jean font un crime à Jésus de s'emparer d'une innovation qui selon eux devrait rester le monopole de leur maître. - Le baptême appliqué aux Juifs avait pour eux quelque chose de très humiliant. Car il représentait non pas seulement une purification partielle comme celles que prescrivait la loi, mais un renouvellement total, et supposait ainsi, non quelque faute isolée, mais une souillure complète. Aussi Jésus appelle-t-il le baptême une naissance d'eau (Jean.3.5). Cet acte rappelait les promesses d'Ezéchiel.36.25 et de Zacharie.13.1, par lesquelles ces prophètes avaient caractérisé l'ouverture du temps messianique.
Le complément μετανοίας, de repentance, désigne l'acte moral qui doit accompagner le rite extérieur et qui seul lui donne sa valeur. Il indique un changement complet dans la manière de voir et de sentir. Dieu, l'homme, le péché, apparaissent à la conscience sous un jour nouveau. Ce changement trouvait son expression dans un fait positif qui, d'après Matthieu et Marc, précédait le baptême : la confession des péchés, l'ἐξομολόγησις. - Mais, comme toute cérémonie divinement instituée, le baptême ne renfermait pas seulement la profession de l'homme ; il renfermait aussi, en vertu de son institution même, une promesse divine, l'assurance d'une grâce, pour celui qui le célébrerait avec la disposition voulue. Comme le dit Strauss, de la part de l'homme, c'était une déclaration de renonciation au péché ; de la part de Dieu, c'était une déclaration de pardon des péchés. Le régime pour le pardon dépend non de κηρύσσων, mais de la notion collective baptême de repentance. Il est dans l'essence de cet acte de procurer le pardon.
Verset 4. L'exégèse moderne admet assez généralement que la prophétie Es.40.1-11 se rapporte directement au retour de l'exil, et qu'elle décrit la rentrée du peuple dans la Terre-Sainte à travers le désert de Syrie, sous la conduite de Jéhova. Cette interprétation me paraît insoutenable et Hofmann est du même avis. Le peuple n'est nullement représenté dans tout ce tableau d'Esaïe comme rentrant dans sa patrie ; il est établi dans ses villes. Jéhova ne revient point avec son peuple, il vient auprès de son peuple ; et celui-ci forme si peu son cortège qu'il est au contraire invité à lui préparer les chemins dans la contrée qu'il habite et où son Dieu vient le visiter. Le désert auquel le prophète compare l'état moral du peuple, ce sont les plateaux incultes et rocailleux de la Palestine, la partie du pays non labourable. Ce sont là les landes dans lesquelles il faut se hâter de dresser des routes. Car la suprême visite de Jéhova, son avènement messianique, approche. L'image est empruntée à l'usage oriental, d'après lequel un souverain qui veut visiter ses Etats, se fait précéder d'un courrier, qui invite les populations à préparer les routes.
Le texte dit littéralement : Une voix d'un criant ! Il n'y a pas de verbe fini ; c'est une exclamation. Le messager importe si peu que sa personne se confond avec son message. - Les mots : dans le désert, peuvent, en hébreu comme en grec, être liés à ce qui précède : « crie dans le désert, » ou à ce qui suit : « préparez dans le désert. » Peu importe ; l'ordre retentit là où il doit s'exécuter. La préparation consiste à enlever les obstacles intérieurs qui empêchent que Jéhova ne se manifeste dans les cœurs et qu'ils ne participent au salut qu'il apporte. Ces obstacles sont énumérés figurément dans ce qui suit. - L'hébreu et les LXX disent, au lieu de ses sentiers, les sentiers de notre Dieu. Et comme la forme abrégée, substituée par Luc, se retrouve chez Marc et Matthieu, les partisans du système qui établit une relation de dépendance entre nos synoptiques, trouvent ici une preuve décisive en faveur de cette opinion. Mais on comprend fort bien qu'en face de la personne humaine de Jésus, on ait substitué le pronom αὐτου, de lui, à l'expression prophétique : de notre Dieu. Cette forme s'était fixée dans la narration traditionnelle. Car, comme le dit Weizsäcker[1] c'était ici l'un des textes dont on faisait fréquemment usage dans la démonstration messianique et l'on s'était habitué à le citer ainsi, en l'appliquant à la personne de Jésus.
Notes
[1] Untersuchungen, p. 24, note.