Le contenu de l'allocution indiquée par le πα'λιν δὲ προσεφώνησε, et il s'adressa de nouveau à eux, v. 20, n'est pas mentionné ; mais il résulte de ces mots : « cherchant à le délivrer. » Cependant Pilate est interrompu, avant d'avoir énoncé toute sa pensée, par les cris des Juifs, v. 21. Sa réponse (v. 22) respire l'indignation. Par le τρίτον, pour la troisième fois, Pilate fait allusion aux deux déclarations v. 4 et v. 14-15. Le car porte sur l'idée de crucifixion, v. 21 : « Le crucifier ? Car il a fait… quel mal ? » Malheureusement l'indignation de Pilate est accompagnée d'une lâcheté qui la paralyse. Encore une fois, pourquoi faire fouetter celui qu'on reconnaît innocent ? Cette première faiblesse est appréciée et promptement exploitée par les Juifs. C'est ici que doit se placer la scène de la flagellation, telle qu'elle est racontée par Jean qui nous en a laissé le tableau le plus saisissant et qui, lui aussi, la place précisément en ce moment. Mais d'après Matthieu et Marc, la flagellation n'aurait eu lieu que beaucoup plus tard, après le prononcé de la sentence, et, conformément à l'usage romain, comme préambule du supplice du crucifiement. En effet, Jérôme dit : « Il faut savoir que Pilate obéissait aux lois romaines qui ordonnaient que ceux qui étaient crucifiés fussent auparavant battus de verges[1]. » Il est vrai que, dans cette circonstance, Pilate n'obéissait pas à la loi, puisque Jésus n'était pas encore condamné. Il offrait aux Juifs la flagellation comme compensation du crucifiement qu'ils réclamaient, espérant qu'à la vue de Jésus pâle et sanglant, les plus modérés seraient satisfaits et que le dernier acte ne serait pas exigé de lui (voir Jean). Les mots καὶ τῶν ἀρχιερέων, et des grands sacrificateurs, sont peut-être tirés des parallèles.
Le v. 23 est le résumé de toute une série de négociations dont Jean seul nous a conservé les phases variées (Jean.19.1-12). Jésus, couvert de sang, paraît devant le peuple. Mais les chefs et leurs gens parviennent à étouffer dans cette foule la voix de la pitié. Pilate, qui avait compté sur l'effet de ce spectacle, est révolté de cet excès de dureté. Il les autorise à exécuter eux-mêmes la crucifixion à leurs risques et périls. Ils s'y refusent ; ils entendent que ce soit lui qui leur serve de bourreau. Pour l'obtenir, il leur reste encore deux moyens. Changeant tout à coup de tactique, ils réclament la mort de Jésus comme blasphémateur : « Il s'est fait Fils de Dieu. » Mais à l'ouïe de cette accusation, Pilate se montre encore beaucoup moins disposé à condamner Jésus, dont la personne lui inspirait dès le commencement une crainte mystérieuse. Les Juifs se décident enfin à employer l'arme qu'ils avaient réservée pour la dernière, probablement comme la plus ignoble à leurs propres yeux, celle de l'intimidation personnelle. Ils le menacent de l'accuser auprès de l'empereur, comme ayant pris un rebelle sous sa protection. Pilate sait combien Tibère sera prompt à accueillir un pareil grief. A l'ouïe de cette menace, il comprend que, s'il veut sauver sa place et sa vie, il ne lui reste plus qu'à céder. C'est à ce moment que se réunissent de nouveau les quatre récits. Pilate monte pour la seconde fois sur son tribunal, qui était dressé en un lieu élevé sur la place située devant le prétoire. Il se lave les mains (Matthieu), et, répudiant une dernière fois toute participation au meurtre judiciaire qui va se commettre, il livre Jésus à ses ennemis.
Versets 24 et 25. La sentence :
Notes
[1] Comp. Cicéron, in Flaccum, §10.