Se réveillant comme d'un songe, Pierre, au moment où il lève la tête, rencontre le regard de Jésus (Luc). Comment le Seigneur pouvait-il se trouver là ? C'était le moment où, après l'interrogatoire chez Anne, on le conduisait à la séance du Sanhédrin chez Caïphe. Il traversait précisément la cour qui séparait les deux corps de logis ; et c'est ce que veut faire comprendre Jean, en introduisant à ce moment du récit la remarque Jean.18.24 : « Or Anne envoya Jésus lié chez Caïphe. » - On comprend l'effet profond que produisit sur le disciple la vue de son Maître lié et le regard qu'il lui jeta en passant. Marc omet ce détail ; Pierre ne le racontait pas, sans doute, dans ses prédications. Marc dit seulement : ἐπιβαλὼν ἔκλαιε (l'imparfait) : se précipitant dehors, il pleurait, pleurait sans cesser. Les autres évangiles emploient simplement l'aoriste : il pleura. Ce fut alors qu'il fut gardé du désespoir et de ses conséquences par l'intercession de son Maître : « J'ai prié pour toi… » L'exaucement de la prière de Jésus eut lieu en partie au moyen même de ce regard, regard de pardon en même temps que de reproche, qui releva le pauvre disciple, tout en achevant de le briser. Ce fut par là que Dieu soutint sa foi et l'empêcha de tomber dans un état semblable à celui de Judas.
On reconnaît dans les trois récits synoptiques le caractère de la narration traditionnelle en ce qu'ils réunissent les trois reniements en un seul tableau ; c'était ἀπομνημόνευμα, le récit, du reniement. Jean, comme témoin oculaire, a rendu au fait historique ses articulations naturelles. - Mais, malgré leur type commun, chaque récit synoptiques a aussi ses nuances délicates et ses traits particuliers qui empêchent de le déduire de la même source écrite que les deux autres. Matthieu est celui qui fait le mieux ressortir la gradation des trois reniements, comme, à Gethsémané, celle des trois prières de Jésus.
2o Versets 63 à 65. Les mauvais traitements :