Voir sur la désignation du traître, Matthieu 26.21-25, notes, et comparez Marc 14.18-21 et Jean 13.21-30.
Il ne paraît pas que Luc observe ici l'ordre dans lequel les faits se succédèrent. Il semble bien plutôt se proposer de mettre en contraste l'amour du Sauveur, l'élévation sublime de ses pensées, avec les desseins odieux de Judas et même avec les sentiments encore si égoïstes des autres disciples. (verset 24)
En effet, il place l'incident relatif à Judas immédiatement après la célébration de la cène, en sorte que le traître, que Jésus allait dévoiler, l'aurait reçue de sa main, avec les autres.
Matthieu et Marc rapportent ce fait dès le commencement du repas de la Pâque ; et comme nous savons par Jean (Jean 13.30) que Judas s'éloigna immédiatement après avoir été désigné par Jésus comme étant celui qui allait le livrer, il ressort clairement de ces témoignages qu'il n'assista pas à la cène.
La vérité morale de la situation n'exige pas moins impérieusement cette conclusion.
Comment Jésus aurait-il donné les sceaux de son corps rompu, de son sang répandu pour les péchés, à celui qui, déjà en la puissance de Satan, s'était engagé à livrer son Maître ? (versets 3-5)
Comment le Sauveur aurait-il fait aux autres disciples une révélation qui les remplit de trouble et d'épouvante, aussitôt après avoir célébré avec eux le repas de son amour ? (verset 22, note.)
Non, Judas était sorti, et Jean nous rapporte l'immense soulagement que Jésus éprouva alors et qu'il exprima en ces mots : "Maintenant le fils de l'homme est glorifié !" (Jean 13.31) Dès ce moment, seul avec ceux qui l'aiment, il se livre tout entier aux saintes et intimes communications qu'il a à leur faire.
Ils sont donc dans l'erreur, les nombreux théologiens qui, depuis les Pères de l'Eglise jusqu'à nos jours, se fondent sur notre récit pour rejeter toute discipline tendant à exclure de la table du Seigneur les communiants indignes.
- Par des raisons semblables, quoique moins péremptoires, il parait que la contestation entre les disciples (verset 24 et suivants) eut lieu des le premier moment du repas de la Pâque et fut occasionnée par le rang auquel chacun prétendait en se mettant à table ; inspiration de l'orgueil, à laquelle Jésus répondit en s'humiliant lui-même jusqu'à laver les pieds de ses disciples.
Cet ordre des faits, assez clairement indiqué par les récits évangéliques et par la nature des choses, est aujourd'hui généralement adopté par les exégètes. M. Godet, dans ses Commentaires sur saint Luc et saint Jean, a cru pouvoir, par des raisons qui ne nous ont pas convaincu, défendre l'ordre du récit de Luc. Il pense toutefois que la distribution de la coupe, qui termina le souper, eut lieu après le départ de Judas.