On pourrait supposer qu'après les paroles relatives à la Parousie, Jésus revient au point de départ et au sujet principal de tout le discours, à la ruine de Jérusalem. Dans ce cas, l'expression votre délivrance désignerait l'affranchissement de l'Eglise judéo-chrétienne du pouvoir hostile du Sanhédrin, et la venue du règne de Dieu (v. 31), la propagation de l'Evangile chez les païens. La parole du v. 32 : Cette génération ne passera point…, s'appliquerait ainsi tout naturellement à la ruine de Jérusalem, et le τούτων ἀρχομένων, ces choses commençant, porterait sur tout ce qui a été annoncé dès le v. 20 (ainsi Hofmann et Keil). Cette explication, qui fait disparaître bien des difficultés, n'est malheureusement pas admissible. Le fait de la Parousie, une fois mentionné, est trop solennel pour être traité sous forme de simple parenthèse. Cette expression : le règne de Dieu, paraît plutôt dans ce contexte devoir désigner l'établissement définitif du règne messianique, et le terme la délivrance (v. 28) se rapporter à l'affranchissement final de l'Eglise par le retour du Seigneur (la délivrance de la veuve, 18.1-8). S'il en est ainsi, le τούτων, ces choses, désigne naturellement le contenu des v. 25-27, sans qu'il soit possible de remonter jusqu'au v. 20 ; ainsi Bleek, Meyer, Weiss, Schanz, etc. - De vous-mêmes (v. 30) : « Sans que quelqu'un vous le dise. » il n'est pas nécessaire qu'une proclamation officielle annonce aux populations qui voient les arbres verdir, que l'été est proche. - C'est vers le milieu de mars que les fruits commencent à se montrer sur les vieilles branches du figuier printanier ; ils atteignent leur maturité avant la pousse des feuilles. La première récolte se fait en juin.
Mais, si c'est là le sens des v. 30 et 31, comment expliquer le v. 32 ? Jésus aurait-il attendu sa Parousie dans un temps aussi prochain ? On a essayé, pour échapper à cette conséquence, de donner au mot γενεά, génération, les sens d'espèce humaine (Jérôme), ou d'Eglise chrétienne (Chrysostome), ou de race des élus (Cremer, ou de nation juive (Dorner, Riggenbach) ; mais dans ce contexte, où Jésus veut donner une détermination chronologique (est proche, v. 31), le sens des mots : cette génération, ne peut être que temporel : l'ensemble des hommes vivant au moment dont il s'agit. Klostermann accepte ce sens ; mais il l'applique, non aux contemporains de Jésus, mais aux hommes qui vivront au moment où commenceront à éclater les signes annoncés ; ils seront, témoins et du commencement et du terme de cette courte crise. On sent combien cette explication est forcée. Le seul sens naturel est de rapporter les mots ἡ γενεὰ αὕτη, à la génération contemporaine de celui qui parle ; comp. Matth.11.46 ; Luc.7.31 ; 9.41 ; 11.29, etc. C'est cette génération qui, ayant versé le sang du Messie et de ses envoyés, doit porter la peine non seulement de ce meurtre, mais de tous les crimes, avant-coureurs de celui-là, qui ont été commis depuis le commencement du monde, depuis le meurtre d'Abel ; comp. 11.50 (Matth.23.36), parole qui fixe indubitablement le sens de la nôtre. L'école de Tubingue, sentant bien que l'auteur, qui, selon elle, prophétisait après coup, au commencement, du second siècle, n'a pas pu commettre une pareille erreur, a voulu étendre la durée d'une génération à toute une vie d'homme, à environ un siècle (Hilgenfeld, Volkmar). Mais ce terme désigne chez les écrivains grecs (Hérodote, Héraclite, Thucydide) un espace de trente à quarante ans. On compte d'ordinaire trois générations par siècle. La parole d'Irénée relative à la composition de l'Apocalypse, où il déclare « que cette vision a été vue non longtemps avant, son époque, mais « presque du temps de notre génération, vers la fin du règne de Donatien, » ne prouve nullement le contraire, comme le prétend Volkmar ; car Irénée dit expressément : σχεδόν, presque, sentant bien qu'il étend au-delà de sa valeur ordinaire la portée du terme de génération. cette parole doit donc, comme celle de 11.50-51, s'appliquer à la ruine de Jérusalem. Mais alors comment peut-elle se trouver placée dans ce discours à la suite d'un passage relatif à la Parousie ? Nous avons déjà constaté bien souvent que les paroles de Jésus avaient été conservées sous forme de fragments détachés et se trouvaient ainsi dans les différents comptes rendus soit placées très diversement, soit privées des transitions qui dans le discours original en déterminaient clairement le sens. Il doit en avoir été ainsi dans ce cas-ci. Preuve en est la parole qui suit immédiatement dans Marc et Matthieu : « Quant à ce jour et à cette heure-là, personne ne les connaît…, » parole qui ne peut se rapporter qu'à la Parousie. Ces deux déterminations chronologiques contradictoires ne sont séparées que par un seul verset dans ces deux écrits, et cependant elles se rapportent évidemment à deux événements différents. Le document dans lequel Luc a puisé et auquel il ne s'est pas permis de rien changer, souffrait donc aussi d'une altération semblable à celle qui, comme nous le verrons, a affecté le compte rendu de ce discours dans les deux autres évangiles. Ce qui avait été dit par rapport à la Parousie n'avait pas été suffisamment séparé dans la tradition de ce qui avait été dit à l'égard de la ruine de Jérusalem.
Verset 33. Le temple de l'univers visible, édifice plus solide que ceux qu'on voulait faire admirer à Jésus (v. 5), est plus fragile pourtant que les menaces et les promesses du Maître qui leur parle.
Versets 34 à 36. Au point de vue de la vigilance chrétienne :