A l'ouïe de cette réponse prompte et sublime, les scribes, qui avaient en vain cherché ce que Jésus venait de mettre si aisément au grand jour, ne peuvent s'empêcher de lui témoigner leur joyeuse surprise ; et comprenant dès ce moment que chaque piège qui lui sera dressé, sera l'occasion d'une manifestation nouvelle de sa sagesse, ils renoncent à continuer ce genre d'attaque. Sans doute Marc et Matthieu parlent encore d'un scribe qui interroge Jésus sur le premier et grand commandement (Marc.12.28 ; Matth.22.35). Mais on voit par la déclaration expresse de Marc que ce qui l'engageait à interroger ainsi, c'était l'admiration pour les réponses de Jésus qu'il venait d'entendre, et non le désir de lui tendre un piège. Matthieu, moins précis, dit sans doute : πειράζων αὐτόν. Mais cette expression n'implique pas nécessairement une intention malveillante ; comp. Jean.6.6, où elle est employée de Jésus interrogeant Philippe. Elle signifie seulement qu'il voulait faire une nouvelle épreuve de sa sagesse, à l'occasion d'un sujet qui lui tenait à cœur. Nous avons vu que ce fait n'est point le même que celui qui est raconté par Luc.10.25. Il l'a ignoré ou omis comme étant sans importance pour ses lecteurs païens. Le γάρ, car, des alex. au commencement du v. 40, soutenu par Tischendorf et Weiss, et dont Hofmann cherche à tirer parti, n'a absolument aucun sens. Il est abandonné même par Westcott et Hort.
6. La question de Jésus. (20.41-44)
Jésus trouve bon de jeter à son tour un défi à ses adversaires. D'examiné il se fait examinateur. Est-ce pour faire contraster sa sagesse avec leur ignorance ? Ce procédé serait peu digne de lui. S'il les met dans l'embarras, ce n'est pas pour le plaisir facile de-triompher d'eux ; c'est afin de les faire réfléchir et, s'il est possible encore, de les instruire. Il s'était appelé tout à l'heure dans la parabole des vignerons le Fils, en opposition aux serviteurs, les prophètes. Il veut leur faire comprendre que ce n'est pas à la légère qu'il s'est attribué ce titre. Les trois synoptiques ont conservé, avec quelques différences sans gravité, le souvenir de cette interrogation remarquable (Matt.22.41 et suiv., et Marc.12.35 et suiv.).