La résurrection des morts avait bien été annoncée par Esaïe.26.19-21 et plus complètement, encore par Daniel.12.2. Mais les sadducéens devaient, si possible, être réfutés par une parole de Moïse. Les scribes du parti pharisien s'étaient, sans doute efforcés souvent de découvrir une trace de ce dogme dans le Pentateuque, mais sans y parvenir, pour découvrir ce diamant précieux, il fallait creuser plus profond qu'ils ne savaient le faire. - L'expression ἐπὶ τῆς βάτου, désigne le morceau biblique où se lit ce récit du buisson ardent (Ex.3). - Le choix du terme μηνύω prouve que Jésus distinguait parfaitement lui-même entre une déclaration expresse et, un simple indice, tel que celui dont il s'agit ici. Il ne veut pas dire que cette parole de Moïse prouve l'immortalité ; mais seulement que si Moïse n'y avait pas cru, il ne se serait pas exprimé connue il le fait. Lorsque l'ange de l'Eternel se sert de cette expression : Dieu d'Abraham…, il y avait des siècles que les patriarches étaient morts pour la terre ; l'étaient-ils aussi pour Dieu ? Cela est impossible ; dans ce cas, Dieu ne pourrait s'appeler encore leur Dieu. L'Eternel ne saurait être le Dieu de ce qui n'est pas. Au fond de cette argumentation se trouve cette idée : qu'une relation intime avec Celui qui est (absolument parlant), telle que celle qu'implique l'expression : « son Dieu » garantit à l'homme l'immortalité. C'est dans l'ordre théocratique (celui de la foi au Dieu vivant) une preuve analogue à celle de Platon dans l'ordre métaphysique, quand il prouve l'immortalité du sage par sa participation au monde des idées, ces principes éternels des choses. Comme le dit Hofmann : La mort étant la séparation d'avec Dieu, là où il y a communion avec Dieu, elle est exclue. Il est vrai que cet argument garantit à la personne humaine l'impérissabilité, mais non directement la résurrection corporelle, que Jésus voulait démontrer. On répond parfois à cette objection que la survivance de l'âme a pour complément nécessaire la restauration de l'organe corporel, par lequel seul l'âme peut agir. M. Bruston proteste avec raison contre cette manière détournée d'emporter le point décisif. Mais ce qu'il ne faut point oublier, c'est que, les sadducéens rejetaient l'immortalité personnelle aussi bien que la résurrection du corps ; et cela, parce que selon eux l'esprit ne pouvait avoir une existence indépendante de celle du corps. Or, aux yeux de ceux qui raisonnaient de la sorte, la survivance personnelle avait pour condition la restauration du corps. Tout argument prouvant celle-là, prouvait par conséquent celle-ci. Pour nous, il est certain que la preuve n'est valable qu'en tenant compte de cette idée non exprimée que l'existence consciente et personnelle de l'esprit fini implique la possession d'un organe d'activité. - L'expression Dieu d'Abraham, etc., désigne une double relation : celle par laquelle l'Eternel prend Abraham sous sa garde spéciale, et celle par laquelle Abraham fait de l'Eternel l'objet unique de son adoration et de son recours. - Le datif αὐτῷ, pour lui, ne signifie pas : dans sa pensée, mais : en relation avec sa personne. Ils ne vivent plus, il est vrai, en rapport avec les hommes existant sur la terre, mais ils n'en vivent pas moins réellement en communion avec Dieu Le πάντες, tous, dans le contexte ne peut désigner que tous ceux qui sont avec Dieu dans une relation semblable à celle des patriarches, tous ceux dont Dieu est devenu le Dieu (voir Hofmann). Le γάρ, car, porte sur ζώντων, vivants ; il constate la relation logique entre ce terme et le mot ζῶσι : Dieu de vivants. - On cite, comme parole analogue à celle de Jésus, cette réflexion qui se trouve dans l'écrit appelé parfois Quatrième livre des Maccabées (16.25) : « Sachant (les sept fils martyres) que ceux qui meurent pour Dieu vivent à Dieu (ζῶσι τῷ θεῷ), comme Abraham et Isaac et Jacob et tous les patriarches. » Mais une ressemblance aussi littérale fait déjà présumer une imitation ; et le savant qui a traité en dernier lieu de cet écrit, souvent attribué à Josèphe, Freudenthal, croit pouvoir l'intituler : « Une prédication du premier siècle après Jésus-Christ. » Voir Schürer, Lehrb. der Neutest. Zeitgesch., p. 650.
Versets 39 et 40. Conclusion historique :