Grec : le mammon de l'injustice. (Voir, sur ce mot, Matthieu 6.24, note.)
C'est ici proprement l'application de toute la parabole dont Jésus a déjà indiqué le sens moral par la déclaration qui précède. Il faut donc l'interpréter à ce point de vue : le vrai emploi des richesses.
Mais qu'est-ce que ces richesses injustes ? et quels sont les amis que nous devons nous faire par leur moyen ? La raison pour laquelle Jésus appelle injustes les biens de ce monde, a été expliquée de manières fort diverses.
C'est, a-t-on dit, parce qu'il y a presque toujours, de près ou de loin, quelque injustice dans la manière dont ils ont été acquis, ou dans l'usage qu'on en fait.
D'autres ont voulu donner au mot injuste le sens de biens faux, trompeurs. (Comparer "la tromperie, ou la séduction, des richesses" Matthieu 13.22)
Ces interprétations sont étrangères au contexte. Le vrai sens du mot doit être demandé à la parabole elle-même. Or, le mammon de l'injustice correspond exactement à l'économe injuste. (verset 8)
Comment donc cet économe a-t-il été injuste ? D'abord, en dissipant le bien de son maître ; (verset 1) puis en en disposant pour son profit personnel. (versets 6,7)
Voilà précisément comment la plupart des hommes rendent injustes les richesses que Dieu leur confie. Au lieu de se considérer comme des administrateurs qui lui en rendront compte, ils s'en constituent les vrais possesseurs et, oubliant leur responsabilité, ils accumulent ces biens dans leur avarice, en font étalage pour nourrir leur orgueil, ou bien les dissipent pour satisfaire passions.
Quel est alors l'usage que le Seigneur leur conseille de faire de ces biens, devenus injustes dans leurs mains ? La parabole donne la réponse. Le moment approche où tout homme sera appelé à rendre compte de son administration ; (verset 2) il doit donc imiter l'économe, qui s'est empressé de profiter d'un dernier sursis pour s'assurer des amis qui le recevront dans leurs maisons. Et moi je vous dis : Faites-vous des amis.
- Ici se pose notre seconde question : Quels sont ces amis ? On a répondu de manières fort diverses.
L'un dit : l'ami suprême que nous devons nous assurer, c'est Dieu lui-même en employant à son service les biens qu'il nous confie.
Un autre (Olshausen) : c'est le Seigneur Jésus, qui regarde comme fait à lui-même le bien que nous faisons au plus petit de ses frères. (Matthieu 25.40)
Un troisième (Meyer) veut que ces amis soient les anges, que Jésus lui-même nous représente comme chargés d'introduire les justes dans le royaume de Dieu, (Luc 16.22 ; Matthieu 24.31 ; Marc 13.27) et qui s'intéressent avec amour à ceux qui le servent. (Luc 15.10 ; Matthieu 18.10)
Mais l'interprétation la plus généralement admise consiste à entendre par ces amis, les hommes : ignorants à instruire, malheureux à soulager, pauvres à secourir. Il faut se les attacher par la bienfaisance, par une vraie charité chrétienne. Leur reconnaissance subsistera jusque dans le siècle à venir. (Voir la note suivante.)
Le texte reçu porte : lorsque vous manquerez, ou cesserez, c'est-àdire quand vous mourrez. La variante de Sin., B, A, suppose que c'est "ce mammon de l'injustice" qui manquera, disparaîtra à l'heure de la mort.
Le sens des deux leçons est donc au fond le même, mais la dernière convient mieux à la parabole, puisque ce sont les biens qu'il administrait qui tout à coup manquent à l'économe.
- C'est alors, dans ce jour solennel, que les amis que vous vous serez assurés vous recevront dans les tabernacles éternels.
Ce mot de tabernacle ou tente est une allusion à la vie des patriarches qui, étrangers et voyageurs, plantaient leurs tentes pour un jour. Dans l'économie future elles seront éternelles ; ce seront les "demeures de la maison du Père," (Jean 14.2) "l'édifice qui n'a pas été fait de main d'homme, mais qui est l'ouvrage de Dieu." (2Corinthiens 5.1)
- Comme ces amis sont des pauvres et des malheureux secourus, il ne faut pas entendre ce mot recevoir comme si c'étaient eux qui faisaient entrer dans le ciel leurs bienfaiteurs ; ils se bornent à les accueillir avec reconnaissance et avec amour. Dans certains cas aussi ces pauvres assistés peuvent devenir pour ceux qui leur viennent en aide les instruments de leur salut. C'est là certainement une douce et belle pensée, capable d'augmenter la joie du ciel elle-même.
- Dira-t-on que ce trait de la parabole ainsi interprété, parait peu conforme à l'Evangile, que ce rôle attribué aux pauvres pourrait, d'une part, favoriser l'idée de l'intercession des saints, et d'autre part, celle du mérite des œuvres pour le salut ?
A cela on peut répondre qu'une parabole n'est pas un cours de dogmatique, que ce dernier trait répond incidemment à celui du verset 4, et que, du reste, cette morale n'est pas en désaccord avec celle que Jésus enseigne ailleurs. (Matthieu 25.34-46)