Comment est-il possible que l'on ait méconnu le sens de cette louange au point de l'étendre à l'infidélité de l'intendant ? Le maître en limite expressément l'application à l'habileté du procédé employé. Bien plus, il blâme lui-même ce procédé au point de vue moral, comme cela ressort de l'expression « l'intendant injuste. » Il est vrai que Schleiermacher a fait dépendre ce complément τῆς ἀδικίας, d'injustice, du verbe il loua. Mais le ὅτι suivant ne s'accorde pas avec ce sens, non plus que l'expression μαμωνᾶς τῆς ἀδικίας du v. 9, qui est en relation logique évidente avec celle du v. 8. Comp. aussi l'expression analogue κριτὴς τῆς ἀδικίας, 18.6. La louange du maître doit donc se paraphraser à peu près comme suit : « C'était vraiment un habile homme. C'est dommage que sa probité n'égalât pas son savoir-faire ! »
En quoi consistait ce savoir-faire loué parle maître ? A avoir su si bien profiter du court temps (ταχέως, promptement, v. 6) durant lequel il pouvait encore disposer des biens de son maître, pour pouvoir en retirer le bénéfice même quand il n'en disposerait plus. L'application à la bienfaisance chrétienne saute aux yeux. Si Weizsæcker prétend retrancher de la parabole cette louange du maître, cela prouve seulement qu'il n'a point compris la parabole. Il est très évident que la réflexion suivante sur la conduite des enfants de ce siècle et de ceux de lumière, envers les gens de leur espèce respective, reproduit réellement une déclaration de Jésus. - Le second ὅτι porte sur φρονίμως : il a agi prudemment, vu qu'en effet la prudence caractérise d'ordinaire les enfants de ce siècle. Par cette sentence générale, Jésus étend à tous les mondains le témoignage d'habileté que le maître vient de donner à l'intendant. Le terme ὁ αἰὼν οὗτος, ce siècle-ci, désigne la période de l'histoire, ainsi que tout le train de vie humain, qui précède le royaume de Dieu. Φῶς : le domaine de la vie supérieure, où Jésus introduit ses disciples et qu'éclaire la révélation de la vérité divine. Ces deux sphères ont chacune leur population, de sorte que chaque habitant soit de l'une, soit de l'autre, vit entouré d'un certain nombre de contemporains, moralement semblables à lui, et qui forment sa γενεά, sa génération. Autant ceux de la première sphère savent en général, comme cet intendant, profiter de tous les moyens de resserrer, dans leur intérêt, les liens qui les unissent à leurs contemporains de même trempe, autant ceux de la seconde sont disposés à négliger cette manière d'agir pleine de prévoyance. Ainsi au lieu de se servir, sans tarder, des biens de Dieu pour contracter, avec ceux de leurs contemporains qui partagent leurs sentiments, des liens d'amour dont ils retireraient un jour le profit, ils en jouissent égoïstement ou les accumulent stupidement, jusqu'à ce qu'ils leur soient ôtés. Il y a, comme souvent, double forme de comparaison (le comparatif de l'adjectif et la préposition ὑπέρ), pour accentuer fortement la supériorité de savoir-faire des enfants du siècle. Le εἰς, envers, se rapporte à la conduite de chacun envers la classe de personnes à laquelle il appartient (leur propre génération). Cette parole, tout en rapprochant le procédé recommandé au fidèle de celui de l'intendant, les distingue profondément en faisant ressortir le contraste entre les deux sphères auxquelles ces deux personnages appartiennent.
Verset 9. Conseil donné aux disciples en application de la parabole :