Deux paraboles sur l'usage des biens de ce monde. Chapitre 16. 1 à 13
La parabole de l'économe infidèle.
Ses disciples : ce terme ne désigne point les apôtres seuls, ni exclusivement les adhérents dont Jésus était suivi dans ce voyage à Jérusalem, mais bien les divers auditeurs qui ont entendu les paraboles du chapitre précédent.
C'est ce que prouve déjà cette tournure si familière à Marc et à Luc : or il disait aussi, qui indique toujours une idée nouvelle, un enseignement nouveau, venant s'ajouter, dans le même discours, à ce qui a précédé. Jésus est donc encore entouré de ses disciples ordinaires, des pharisiens dont il a confondu les murmures (verset 14 ; comparez Luc 15.2), et des péagers qui s'approchaient de lui pour l'entendre. (Luc 15.1)
C'est à tout cet auditoire que Jésus adresse deux paraboles sur l'emploi des biens de la terre. Cet enseignement était nécessaire, soit aux pharisiens, qui, à l'orgueil, joignaient l'avarice ; (verset 14) soit aux péagers dont plusieurs possédaient des richesses acquises d'une manière plus ou moins injuste ; il présentait à tous l'esprit de la vie nouvelle, qui résulte de la réconciliation avec Dieu, dans son opposition avec une des principales tendances du pharisaïsme : (verset 14) l'amour de l'argent. Les versets 14-18, qui se trouvent entre les deux paraboles, ne sont qu'une sorte d'introduction à la seconde. (verset 19 et suivants)
- La parabole de l'économe infidèle qui va nous occuper d'abord, est, sans contredit, la plus difficile que Jésus ait prononcée. L'application qu'en fait le Sauveur (versets 9-13) présente elle-même des pensées dont le sens n'est pas évident. Aussi, si l'on en excepte l'Apocalypse, est-il peu de parties de l'Ecriture sur lesquelles les commentateurs aient émis des interprétations plus diverses. Nous nous bornerons à indiquer celles qui peuvent avoir quelque valeur, et à exposer ce qui nous paraît être la pensée de la parabole.
Dans le sens littéral, le récit qui s'ouvre par ces mots est simple et clair. (Voir l'analyse.) Mais il en est autrement, dès qu'on cherche sa signification religieuse et morale.
Ainsi, tout d'abord, que représente cet homme riche ? Selon tel interprète, il n'est là que comme personnage de la parabole et n'a pas d'équivalent dans la vie réelle (de Wette, Ebrard, Weiss) ; selon tel autre, ce serait l'empereur ou les Romains, pour le compte desquels les péagers administraient les impôts (Schleiermacher). Olshausen voit dans ce personnage le diable, Meyer en fait Mammon lui-même, dont l'économe doit quitter le service pour se donner au service de Dieu. (verset 13)
Ces exemples suffisent. A quelle hauteur on s'élève immédiatement, quel sentiment de responsabilité naît aussitôt dans le cœur, et quelle lumière se répand sur toute la parabole, si l'on voit, dans ce grand propriétaire, Dieu lui-même, la source et le dispensateur de tous les biens, celui à qui tout homme doit rendre compte !
- Il n'y a pas alors à se demander qui est l'économe (administrateur, intendant). C'est chacun de nous, qui doit se considérer devant Dieu, non comme le possesseur, mais comme l'administrateur de tous les biens qui lui sont confiés.
Jésus ne dit pas de quelle manière l'économe de la parabole dissipait les biens de son maître ; cela importe peu ; mais ce qui n'est pas douteux, c'est que tout homme qui s'approprie les biens qui lui sont prêtés, qui les fait servir à son égoïsme, à son orgueil, à ses plaisirs, en oubliant Celui qui est le vrai propriétaire, dissipe ce qui lui a été confié dans un tout autre but.