Dans ce tableau, comme dans quelques autres, Jésus se sert de l'exemple des injustes pour stimuler le zèle des croyants. En effet, au milieu d'une conduite moralement blâmable, les méchants déploient souvent des qualités d'activité, de prudence, de persévérance, qui sont très propres à humilier et à encourager les justes. La parabole de l'économe infidèle est le chef-d'œuvre de ce genre d'enseignement. Nous allons en donner l'interprétation, telle qu'elle se motivera pour nous par le contexte même.
Selon Weiss, l'homme riche est un personnage appartenant uniquement au tableau de la parabole et auquel il ne faut point chercher un équivalent dans le monde réel. Mais comment un personnage auquel sont attribués des actes aussi effectifs que ceux de la destitution de l'intendant et de l'appréciation de sa conduite, serait-il un être qui ne représente rien ? D'ailleurs la relation entre les v. 8 et 9 prouve clairement que derrière ce personnage de la parabole, nous devons voir la figure du Maître du monde, du propriétaire universel, dont Jésus est lui-même ici-bas le représentant. Le κἀγώ, et moi aussi, et le langage mis dans la bouche de ce ἐγώ, moi, rappellent expressément le ὁ κύριος, le Seigneur du v. 8, ainsi que la parole qui lui est attribuée là au sujet de l'intendant. Le maître de la parabole est donc, dans le domaine du siècle présent où nous place cette scène, ce qu'est Dieu ou Jésus, son représentant, dans l'ordre de choses supérieur auquel appartiennent les enfants de lumière (v. 8) ou les disciples (v. 1). On objecte que Dieu ne pourrait louer une conduite aussi malhonnête que celle de l'intendant et que le renvoi de cet homme du service de Dieu ne saurait devenir le moyen par lequel il finit par entrer dans le royaume céleste. Ces objections reposent sur de purs malentendus, comme l'a bien démontré Keil, et comme nous le verrons plus tard. Olshausen a pensé que le maître qui louait un serviteur aussi infidèle que l'intendant, ne pouvait représenter que le diable, en tant que prince de ce monde. Mais cette application n'est compatible ni avec la destitution de l'intendant prononcée avec indignation par le maître, ni avec le compte que l'économe est appelé à lui rendre - où, dans l'Ecriture, l'homme est-il appelé à rendre compte au diable ? - ni enfin avec le v. 12 où le terme « fidèle dans ce qui est à autrui » ne peut signifier : fidèle dans ce que le diable nous a confié du sien. Aussi Meyer a-t-il modifié cette explication en entendant par le maître la richesse elle-même personnifiée, le Mammon. Mais comment un être abstrait, comme l'argent, entendrait-il dire, destituerait-il, louerait-il ? Non, comme l'ont bien compris les anciens et la plupart des modernes, c'est Dieu que représente ce maître. N'est-ce pas Dieu qui dit : « L'or et l'argent sont à moi » (Agg.2.8). « La terre et tout ce qu'elle contient est à moi » (Ps.24.1) ? Vis-à-vis de lui, le seul réel propriétaire de toutes choses, chaque homme n'est qu'un administrateur, un tenancier. Cette notion si grande et si simple, en détruisant le droit humain de propriété vis-à-vis de Dieu, lui donne sa vraie base, dans la relation d'homme à homme : chaque homme doit respecter la propriété de son prochain, précisément parce que c'est Dieu qui la lui a confiée. L'intendant représente tout, propriétaire et administrateur d'un bien quelconque.
Le rapport fait au maître sur les malversations de son intendant est l'emblème de la connaissance parfaite que Dieu possède de toutes les actions humaines. - Administrer fidèlement les biens que Dieu nous confie, ce serait, après avoir pris sur notre revenu ce qu'exige notre entretien, consacrer le surplus au service de Dieu et du prochain ; les dissiper, c'est dépenser ce surplus, comme s'il nous appartenait en propre, au service de notre orgueil et de nos plaisirs, ou les accumuler pour nous et les nôtres. Cette dernière manière de faire nous paraît légitime, mais nous avons ici le jugement de Jésus sur une conduite qui est à nos yeux toute naturelle : c'est celle d'un intendant qui se fait propriétaire. - Le mot διαβάλλειν répandre des bruits, s'applique le plus souvent à des rapports calomnieux, mais parfois aussi, comme ici, simplement défavorables, tout en étant vrais (voir Weiss).
Verset 2. Par ces paroles le maître n'invite point l'intendant à se justifier ; il le destitue ; car la culpabilité de celui-ci est à ses yeux bien établie. Le compte qu'il lui demande est donc l'inventaire de la fortune qui lui a été confiée, pour le transmettre à son successeur. A ce dépouillement du coupable répond dans la réalité le fait par lequel Dieu nous ôte la libre disposition des biens qu'il nous avait confiés, la mort. La sentence de destitution est renfermée pour chaque homme dans celle qui a été prononcée sur le premier homme en tant que premier pécheur : « Tu mourras de mort. » Mais elle n'arrive à la conscience du pécheur que lorsqu'il est saisi, dans quelque circonstance particulière, par la pensée de sa propre mort inévitable et prochaine et qu'il y reconnaît la punition de ses infidélités. Φωνήσας est plus fort que καλέσας : « Parlant d'un ton de maître. » Dans la locution τι τοῦτο, τί peut être pris comme exclamatif : « Comment arrive-t-il que j'entende cela ! » ou comme interrogatif, avec τοῦτο pour apposition : « Qu'entends-je dire de toi, à savoir ceci ? » L'accusation elle-même est sous-entendue. - Le présent δύνῃ, dans quelques alex., est celui du futur imminent.
Versets 3 et 4. La résolution subite :