C'est ici le tableau de l'adolescence de Jean ; et d'abord, au point de vue physique : il croissait ; puis, quant à son développement spirituel, c'est-à-dire religieux, moral et intellectuel : il se fortifiait en esprit. L'esprit n'est point ici l'Esprit divin. C'est l'esprit de Jean lui-même ; il faut seulement se rappeler que l'esprit, l'organe religieux dont est douée l'âme humaine, ne s'épanouit que sous l'action de l'Esprit divin, comme l'œil ne se développe qu'au contact de la lumière. Le terme de κραταιοῦσθαι, se fortifier, a trait à cette force morale par laquelle l'esprit avait chez lui la domination sur les instincts du corps et les penchants naturels. Dès ses jeunes années, le jeune homme se préparait à sa mission par une vie austère, pleine de privations, vouée à la méditation : il était dans les déserts. Il s'agit du désert de Juda à l'ouest de la mer Morte, ce plateau profondément crevassé, dont les gorges donnent passage à quelques ruisseaux qui descendent dans cette mer. Riche en grottes, cette contrée donna de tout temps asile à des anachorètes. Au temps de Jean-Baptiste se trouvaient dans ces solitudes un grand nombre de communautés esséniennes. L'on a conclu de là que Jean avait été instruit et formé par ces cénobites. Non seulement cette supposition va à l'encontre de l'intention de notre texte qui est d'attribuer à Dieu seul et au commerce intime avec lui l'initiative du développement de Jean-Baptiste, mais elle est en opposition directe avec les faits. Ceux-ci prouvent en tout cas que, si jamais Jean a été en contact avec ces solitaires, l'unique parti qu'il a tiré de leurs enseignements a été de prendre sur tous les points le contrepied de leurs idées et de leur conduite. La doctrine essénienne faisait abstraction complète de l'élément messianique dans le judaïsme ; l'âme de la vie de Jean et de son ministère a été l'attente du Messie et la préparation du règne qu'il devait fonder. Les Esséniens faisaient de la matière le principe du péché ; Jean, par ses énergiques appels à la conversion, montre assez qu'il place cette origine dans la liberté. Les Esséniens, plongés dans leurs contemplations mystiques, renonçaient à toute action sur la vie nationale ; Jean, au signal d'en-haut, se jette hardiment dans la mêlée et prend jusqu'à la fin une part active et courageuse aux affaires de son pays. Le rapport de Jean aux Esséniens est analogue à celui de Luther aux mystiques du moyen-âge. Il n'y a eu de commun entre le précurseur et cette secte que le sentiment de la dégénération morale du peuple qui les entourait. Les moyens employés par eux pour y remédier furent opposés. - Le mot ἀνάδειξις, que nous traduisons par manifestation, désigne proprement l'installation d'un employé dans sa charge, sa présentation officielle. L'auteur sous-entendu de cet acte est Dieu. La parole de Jean-Baptiste, Jean.1.31-33, fait comprendre qu'une communication directe d'en-haut, une théophanie, semblable peut-être à celle qui ramena Moïse du désert en Egypte, fut pour lui le signal de commencer son œuvre. Mais les évangélistes ne nous ont conservé aucun récit de cette vocation mystérieuse ; ils n'inventent pas ; ils racontent ce qui leur a été transmis.
V.
La naissance de Jésus (2.1-20)
Nous assistons à l'accomplissement de la promesse faite à Marie. Un être pur apparaît au sein de l'humanité viciée. C'est une seconde création, un fait dont les conséquences doivent embrasser à la longue la terre et le ciel. Le regard de Dieu repose sur ce nouveau-né avec une satisfaction sans mélange, et les intelligences célestes, que Dieu associe à l'exécution de son plan, célèbrent cet événement qui va faire pénétrer la lumière divine jusqu'aux derniers confins de l'univers moral. - Trois sections :
- Jésus naît, v. 1-7 ;
- les anges célèbrent sa naissance, v. 8-14 ;
- les bergers la constatent et la publient, v. 15-20.
Versets 1 à 7 : La naissance de Jésus.
Ce morceau retrace les circonstances qui ont amené la naissance de Jésus à Bethléem (v. 1-2) ; le voyage (v. 3-5) ; et la naissance de Jésus (v. 6-7).