Les entrailles (rachamim) sont le siège des émotions profondes, et, chez les Hébreux, spécialement des émotions de compassion ou de tendresse. Le διά (avec l'accusatif), à cause de, porte sur l'idée du pardon des péchés qui précède, et indirectement sur tout le contenu des v. 76 et 77, puisque toute la venue de Jean est destinée à préparer ce pardon. - Le salut est attribué à la miséricorde de Dieu lui-même, comme dans la parole de Jésus : « Dieu a tant aimé le monde… » (Jean.3.16). - Au lieu de la leçon byz. et occidentale ἐπεσκέψατο, a visités, les alex. lisent ἐπισκέψεται, visitera. Et, à l'exception de Tischendorf, les modernes, Weiss, Keil, Hofmann, etc., se décident en faveur de cette dernière leçon. Mais on ne comprend pas pourquoi Zacharie, après avoir parlé de l'avènement du Messie au passé, v. 68 et 69, en parlerait tout à coup comme d'un fait à venir. Cette leçon est probablement le résultat de la réflexion banale que le Messie n'avait pas encore paru. - Selon Weiss et Hofmann, le sujet du verbe visiter serait Dieu et le mot ἀνατολή serait une apposition : « Dieu nous visitera en tant que lever d'en-haut. » Mais ce serait là une locution bien étrange. Il est plus naturel de faire d'ἀνατολὴ le sujet du verbe : « Un astre se levant d'en-haut nous a visités. » Le verbe ἀνατέλλειν, se lever, s'emploie soit d'un germe qui pousse de terre, soit d'un astre qui paraît au ciel. Dans Es.4.2 ; Zach.3.8 ; 6.12, et plusieurs fois dans Jérémie, le Messie est comparé à un rejeton qui pousse de terre ; il est même appelé tsémach, germe, et on pourrait être conduit par là à préférer ici, pour le verbe ἀνατέλλειν le premier des deux sens indiqués. Mais le régime ἐξ ὕψους, d'en-haut, et les termes ἐπιφᾶναι, éclairer, et κατευθῦναι, diriger, conviennent à l'image d'un astre, mais non à celle d'une plante. Dans les LXX, le verbe ἀνατέλλειν désigne le lever de la lune (Es.60.19), du soleil de justice (Mal.4.2), de la lumière du salut (Es.9.1), de la gloire de Jéhova (Es.60.1). Le substantif ἀνατολή est employé dans les classiques pour désigner le lever du soleil, de la lune, des étoiles, puis le côté même de l'orient, ou, comme nous disons, du Levant. Ce sens est ici le seul admissible : « Un lever d'en-haut, » pour dire : un être qui se lève d'en-haut. Sans doute le mot d'en-haut étonne en parlant d'un astre que l'on se représente au contraire montant à l'horizon ; et par cette raison quelques interprètes ont fait dépendre le régime d'en-haut du verbe a visités. Cependant il est plus naturel de voir dans ce régime le déterminatif du mot rare et étrange ἀνατολή qui avait besoin d'être qualifié : un astre d'en-haut nous visitant, sur la terre. Il veut dire que cet être apparaissant ici-bas est d'origine supérieure. Zacharie connaissait par Marie le caractère miraculeux de la naissance de Jésus. Bleek a trouvé ici un jeu de mots : les deux images de germe et d'astre seraient combinées dans le mot ἀνατολή ; et, comme il n'existe pas en hébreu de mot qui réunisse ces deux sens, il résulterait de là que nos deux chapitres ne reposent nullement sur un original araméen et ont été primitivement composés en grec. Avec cette supposition tombe naturellement l'authenticité du cantique. Mais tout cela n'est qu'un jeu d'imagination. Il est évident que l'auteur ne peut avoir donné à ἀνατολή le sens de germe, puisque ce sens est incompatible avec toutes les autres expressions du passage.