Le caractère de toute action de l'Esprit saint est d'élever l'homme au-dessus de ses impressions personnelles pour faire prédominer en lui la préoccupation des intérêts divins. C'est là le trait saillant de l'allocution d'Elisabeth. Avant tout, Marie et le fils de Marie (v. 42 et 43) ; après cela seulement, elle-même et son enfant (v. 44), pour revenir aussitôt à Marie et à son bonheur (v. 45). Nous retrouverons une marche analogue dans le cantique de Zacharie. Ainsi se justifie la parole de Luc à l'égard de l'un et de l'autre : Elle fut remplie, il fut rempli du Saint-Esprit. Des trois leçons indiquées dans la note critique, celle du Sinaïticus a contre elle le terme de φωνῇ, voix, qui vient après celui d'ἀναβοᾷν, pousser un cri, et paraît affaiblir la notion du verbe. Celle du T. R. est suspecte, en raison de l'expression tautologique ἀναφωνεῖν φωνῇ. Il faut donc s'arrêter à celle du Vaticanus. - On ne doit pas traduire : Sois bénie ! mais : Tu es bénie. C'est la constatation du fait, non un vœu. La forme superlative : bénie entre, est usitée aussi dans le grec classique : « Si parmi les femmes il y en a une de bénie, c'est toi. » Le parallélisme poétique apparaît ici à mesure que le sentiment s'exalte. - Il résulte des expressions : le fruit de ton sein, la mère de mon Seigneur, que l'incarnation était déjà à ce moment un fait consommé. On doit le placer entre les versets 38 et 39. - La conjonction ἵνα, afin que, ne perd point entièrement son sens naturel : « Qu'ai-je fait afin que ce bien m'arrive ? » La plupart des interprètes ne voient dans ce ἵνα qu'une périphrase de l'infinitif, en abandonnant toute notion de but. - Plus Dieu a élevé Elisabeth, plus elle met sa joie à s'abaisser devant celle qu'elle reconnaît comme plus grande qu'elle.