Il y a plusieurs sortes d'héroïsmes féminins ; celui de Marie les surpasse tous. Elle offre à Dieu en sacrifice ce qui est plus cher à la jeune fille que la vie, son honneur. Nous voyons ici quels fruits avait produits chez les vrais Israélites le long travail de l'Esprit divin durant le cours de l'ancienne alliance. Le mot voici n'exprime point dans cette parole la surprise ; c'est l'offrande de tout son être, comme lorsqu'Abraham répond à Dieu, au moment du plus grand des sacrifices : « Me voici » (Gen.22.1). Le présent γίνοιτο eût signifié : « Que cela m'arrive en ce moment même ! » L'aoriste laisse à Dieu le choix du moment.
Quelle dignité, quelle pureté, quelle simplicité, quelle délicatesse dans tout ce dialogue ! Pas un mot de trop, pas un de trop peu. Une telle narration n'a pu émaner que de la sphère sainte dans laquelle le fait lui-même avait eu lieu. Une origine postérieure du récit, se fût trahie par quelque élément étranger et légendaire, ou du moins par quelque léger faux ton. Qu'on en juge par le récit du Protévangile de Jacques, qui date pourtant des premiers temps du second siècle : « L'ange dit à Marie : Ne crains pas ; car tu as trouvé grâce devant le Maître de toutes choses, et tu concevras par sa parole. Ayant entendu cela, elle douta et dit en elle-même : Concevrai-je du Seigneur, du Dieu vivant, et enfanterai-je comme toute femme enfante ? Et l'ange du Seigneur lui dit : Non, pas ainsi, Marie ; car la puissance de Dieu viendra sur toi, etc. »
III.
La visite de Marie à Elisabeth (1.39-56)
Ce récit comprend :
- la rencontre des deux femmes (39-41) ;
- la salutation d'Elisabeth (42-45) ;
- le cantique de Marie et son retour (46-56).
Versets 39-41 : La rencontre.