Les uns ne voient dans cette question de la femme qu'un essai de faire diversion au trouble de sa conscience, « une ruse de femme » (de Wette) dans le but d'échapper à un sujet pénible. « Elle détourne l'attention de son existence en lui proposant un point de controverse » (Astié). Mais Jésus répondrait-il comme il le fait à une question posée dans un tel esprit ? Besser, Luthardt, tombent dans l'extrême opposé : cette question est à leurs yeux l'indice d'une conscience bourrelée qui, soupirant après le pardon, veut connaître le vrai sanctuaire où elle peut aller faire l'expiation de ses fautes. C'est plus forcé encore. Reuss, avec une ironie qui atteint l'évangéliste lui-même : « Si elle interroge ainsi, c'est uniquement pour amener la déclaration du Seigneur que nous allons lire. » Westcott dit avec raison : « C'est ici la question toute naturelle d'une âme qui se trouve face à face avec un interprète de la volonté divine. » Cette femme a reconnu en Jésus un prophète ; elle a trouvé en lui de la largeur de cœur. Les deux réponses, v. 17 et 19, ont prouvé que malgré ses fautes elle ne manque pas de droiture. Il ressort même du v. 25 que les préoccupations religieuses ne lui sont point étrangères, qu'elle attend le Messie et qu'il lui tarde de recevoir de lui l'explication des questions qui l'embarrassent. Le fait d'un prophète juif, présent devant ses yeux, lui inspire des doutes sur le bon droit religieux de sa nation. N'est-il pas tout simple que dans cette situation, après que sa conscience a été sérieusement remuée, ses pensées se portent sur la grande question religieuse qui sépare les deux peuples, et qu'elle en réclame la solution ? C'est une anticipation de l'enseignement plus complet qu'elle attend du Messie. - Par le terme : nos pères, elle entend peut-être les Israélites du temps de Josué, qui, d'après la leçon du Pentateuque samaritain (Deutéronome 27.4), auraient élevé leur autel sur le Garizim et non sur l'Ebal ; en tous cas, elle comprend dans cette expression tous les ancêtres samaritains, qui avaient adoré sur Garizim depuis qu'un temple y avait été bâti du temps de Néhémie. Ce temple avait été détruit 129 ans avant J.-C, par Jean Hyrcan. Mais, même depuis cet évènement, ce lieu était resté un endroit sacré (Deutéronome 11.29), comme il l'est encore aujourd'hui. C'est là que les Samaritains célèbrent maintenant encore chaque année la fête de Pâques. Jérusalem n'étant nommée nulle part dans la loi, la préférence des Samaritains pour Garizim trouvait dans l'histoire patriarcale des raisons plausibles. La supériorité du sanctuaire juif ne pouvait se justifier qu'au point de vue des livres postérieurs de l'A. T. Or l'on sait que les Samaritains n'admettaient que le Pentateuque et les institutions mosaïques. - En disant : sur cette montagne, elle la montrait du doigt. Car le puits de Jacob est situé immédiatement au pied du Garizim. - Elle se borne à poser l'antithèse, pensant bien que Jésus comprendra la question qui en résulte.