Westcott observe que la transition naturelle à cette invitation si brusque en apparence se trouve peut-être dans les derniers mots de la femme : « afin que je ne passe plus ici pour puiser, » qui faisaient penser aux gens de sa maison pour lesquels elle s'acquittait de cette tâche. - Faut-il chercher le but de la demande dans l'effet moral qu'elle devait produire sur la femme, en donnant à Jésus l'occasion de lui prouver son savoir prophétique (Meyer, Reuss, etc.) ? Non assurément, car il y aurait là un miracle d'exhibition, qui ne répondrait pas à la simplicité ordinaire de Jésus. L'invitation doit se légitimer par elle-même. D'autres pensent que Jésus se proposait de réveiller chez cette femme le sentiment de sa vie de péché (Tholuck, Luthardt, Bonnet, Weiss, etc.). Mais encore sous cette forme le moyen a quelque chose de détourné qui ne paraît pas absolument conforme à la parfaite sincérité du Seigneur. La vraie raison me semble être plutôt celle-ci : Jésus ne voulait pas agir sur une personne dépendante sans la participation de celui auquel elle était liée, d'autant plus qu'appeler celui-ci pouvait être le moyen d'étendre son action. Meyer objecte la nature de la relation qui les unissait. Mais l'arrivée de cette femme, à une heure si peu ordinaire, avait sans doute été pour Jésus le signal d'un travail à faire ; et rien ne prouve qu'en adressant à la femme cette invitation, il eût déjà présents à son esprit ses antécédents. Le terme ton mari pourrait-il même se justifier parfaitement dans cette supposition ? La vue prophétique a pu ne s'éveiller chez lui qu'à l'ouïe de cette réponse qui le frappe : « Je n'ai pas de mari » - Elle avait été mariée cinq fois ; et maintenant, après ces cinq unions légitimes, elle vivait dans une relation illicite. Le fait qu'elle n'ose pas appeler son mari l'homme avec lequel elle vit note chez cette femme une certaine droiture.
La réponse de Jésus n'est pas exempte d'ironie. L'assentiment partiel qu'il donne à la réponse de la femme a quelque chose de mordant. Il en est de même du contraste que Jésus fait ressortir entre le nombre cinq et le : « Je n'ai pas ! » - La position accentuée du pronom σοῦ devant ἀνήρ implique peut-être cette antithèse sous-entendue : « non pas le tien, mais celui d'une autre. » Il résulterait de là qu'elle aurait vécu en adultère. Cependant il n'est pas absolument nécessaire de presser autant le sens de cette construction. - La critique moderne depuis Strauss (voir en particulier Keim et Hausrath) rapproche cette partie de l'entretien du fait que la nation samaritaine était formée de cinq peuplades orientales qui, après avoir apporté chacune son dieu, avaient adopté de plus Jéhova, le Dieu du pays (2 Rois 17.30-31). La femme avec ses cinq maris et l'homme avec lequel elle vivait maintenant comme sixième, serait le symbole du peuple samaritain tout entier, et nous aurions là une preuve du caractère idéal de ce récit. On s'appuie spécialement sur cette parole de Josèphe (Antiq. IX, 14, 3) : « Cinq nations ayant apporté chacune son propre dieu en Samarie. » Mais 1o Dans le passage de l'A. T. (2 Rois 17.30-31), il est question de cinq peuples sans doute, mais en même temps de sept dieux, deux peuples en ayant importé deux. 2o Ces sept dieux étaient tous adorés simultanément, et non point successivement, jusqu'au moment où ils firent place à Jéhova, ce qui détruit la correspondance des situations. 3o Serait-il concevable que Jéhova fût comparé au sixième mari, qui d'après la parole de Jésus n'était pas même un mari ? - Si la leçon six d'Héracléon a rapport à l'ancienne religion samaritaine, il aura voulu par là arriver au nombre de sept maris, correspondant au nombre des sept dieux orientaux énumérés 2 Rois 17.30.