Le précurseur n'est point mentionné ici comme représentant soit l'ensemble de l'économie juive, soit le prophétisme en particulier, ainsi que le pensent les interprètes qui s'efforcent de trouver un plan historique dans le prologue. L'apôtre parle du précurseur uniquement quant à sa personne et au point de vue de sa relation avec celle du Sauveur. - La mention si particulière du précurseur en cet endroit est, comme l'observe Weiss, un trait caractéristique de l'apôtre Jean, à qui le Baptiste avait servi de guide pour le conduire à Christ. - Le terme ἐγένετο, devint, parut, indique un fait historique et pourrait faire ainsi contraste avec les verbes ἦν, était, qui désignaient, v. 1, l'existence éternelle de la Parole ; mais entre eux sont survenus les ἦν du v. 4. Le mot ἄνθρωπος, un homme, pourrait également être l'antithèse du sujet divin, seul mis en scène jusqu'à présent ; cependant, rien ne l'indique assez positivement. - La forme analytique ἐγένετο ἀπεσταλμένος fait mieux ressortir l'importance du personnage de Jean que le simple ἀπεστάλη, qui ne se rapporterait qu'à sa mission. C'était depuis longtemps le premier personnage prophétique suscité de Dieu. - Sur le terme d'envoyé, comparez 3.28 : « Parce que je suis envoyé devant lui, » ainsi que Malachie 3.1, d'où cette expression est certainement tirée. - Le nom de Jean (Dieu fait grâce) signalait le caractère de l'ère qui allait s'ouvrir. Cependant ce n'est pas par cette raison que l'évangéliste rappelle ici ce nom. Il veut dire simplement : « Cet homme dont je vous parle, était celui qui est connu de vous tous sous le nom de Jean. » Il est remarquable que l'évangéliste emploie tout court le nom de Jean, sans ajouter l'épithète de Baptiste, qui était devenue de bonne heure inséparable de ce nom, comme on le voit par les synoptiques et même par l'historien juif Josèphe[1]. Meyer (Intr. p. 31) n'a-t-il pas raison de conclure de cette omission que l'auteur de notre évangile devait avoir connu le précurseur autrement que par la tradition générale de l'Eglise ? S'il l'avait réellement connu avant que la voix publique lui eût donné ce titre, il était naturel qu'il le désignât par son nom tout simple. Credner a pensé que, le titre de Baptiste ayant servi dans l'Eglise à distinguer le précurseur d'un autre personnage du même nom (Jean l'apôtre), celui-ci a omis ce titre pour ne pas attirer par contraste l'attention sur lui-même ; observation ingénieuse, mais moins bien fondée peut-être que la précédente. - Après avoir introduit ce personnage, l'auteur décrit son rôle :
Notes
[1] « Jean surnommé le Baptiste. » Antiq. XVIII, 5, 2.